LE RETOUR DE FLAMME DU POUVOIR : COMMENT LES alliances D’HIER divisent AUJOURD’HUI LA MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE
Rédigé le 04 août 2026 .
Par : la rédaction de ,
Les divisions qui apparaissent aujourd’hui au sein de la majorité présidentielle trouvent leur origine dans des choix politiques opérés depuis plusieurs années, dont les effets se font désormais sentir jusque dans le premier cercle du pouvoir.
En effet, en politique, les victoires ne reposent pas uniquement sur les résultats des élections. Elles dépendent aussi de la capacité d’un pouvoir à préserver durablement les équilibres entre ses alliés, à gérer les divergences et à maintenir la confiance de ceux qui ont participé à son ascension. Lorsqu’un système privilégie l’éloignement des voix discordantes au lieu du débat interne, les conséquences ne sont pas toujours immédiates. Elles s’installent progressivement avant d’apparaître au grand jour, souvent au moment où les enjeux deviennent les plus importants.
Comme tout le monde le sait, depuis l’arrivée de Faustin-Archange Touadéra à la présidence de la République en 2016, le paysage politique centrafricain a connu une succession de recompositions. Des partis qui soutenaient le chef de l’État ont disparu de la majorité. Des personnalités autrefois considérées comme des piliers du régime ont quitté les cercles décisionnels. D’autres, qui occupaient des fonctions importantes, se sont progressivement éloignées avant de rejoindre les rangs de l’opposition ou de prendre publiquement leurs distances.
Au fil des années, une méthode de gestion politique s’est installée. Plusieurs responsables, universitaires, anciens ministres et observateurs estiment que toute personnalité exprimant un désaccord sur certaines orientations du pouvoir risquait de perdre rapidement sa place au sein de l’appareil d’État. Les critiques internes étaient de moins en moins tolérées. Les divergences d’opinion devenaient souvent incompatibles avec le maintien de responsabilités politiques importantes.
Cette manière de gouverner a contribué à modifier profondément les rapports entre le pouvoir et ses propres alliés. Au lieu de régler les désaccords dans le cadre d’un dialogue politique, plusieurs responsables ont été progressivement remplacés ou écartés. Cette pratique a installé une forme de prudence chez de nombreux cadres politiques, chacun comprenant que la moindre divergence pouvait entraîner une perte d’influence.
L’exemple de Charles Armel Doubane demeure l’un des plus souvent évoqués lorsqu’il est question de cette période. Ancien ministre des Affaires étrangères et figure politique connue, il faisait partie des personnalités disposant d’une visibilité nationale et internationale. Après avoir exprimé des réserves sur certaines orientations du régime, il a été chassé du gouvernement. Pour plusieurs analystes, cet événement a constitué un signal adressé à l’ensemble de la classe politique : la fidélité au pouvoir supposait également une adhésion aux principales décisions prises par le sommet de l’État.
Par la suite, d’autres personnalités ont connu un parcours comparable. Certaines avaient participé activement à la campagne présidentielle de 2016. D’autres occupaient des fonctions ministérielles ou administratives de premier plan. Avec le temps, leurs relations avec le pouvoir se sont dégradées. Les désaccords portaient sur la gouvernance, la répartition des responsabilités, la gestion des institutions ou encore la conduite des réformes politiques.
Ces départs successifs ont produit un phénomène particulier. Une partie des critiques les plus virulentes adressées au régime ne provenait plus uniquement des partis traditionnellement opposés au pouvoir. Elles étaient désormais formulées par d’anciens compagnons de route qui connaissaient de l’intérieur le fonctionnement des institutions et les mécanismes de décision. Le débat politique s’en est trouvé profondément modifié.Cette évolution a également changé les rapports de force dans l’opposition. Les anciens alliés du pouvoir disposaient d’une expérience gouvernementale, de réseaux administratifs et d’une connaissance détaillée des dossiers de l’État. Leur arrivée dans les rangs des contestataires a renforcé les critiques dirigées contre l’exécutif et alimenté un nouveau discours politique.
Parallèlement, la majorité présidentielle poursuivait son élargissement. Le Mouvement Cœurs Unis, devenu la principale formation soutenant le président Touadéra, attirait de nouveaux responsables politiques, des élus locaux, des opérateurs économiques et plusieurs personnalités désireuses de participer à l’exercice du pouvoir. Cette ouverture permettait au parti présidentiel de renforcer son implantation sur l’ensemble du territoire.
Cette croissance s’accompagnait néanmoins d’une multiplication des ambitions individuelles. Plus le nombre d’acteurs gravitant autour du pouvoir augmentait, plus les attentes en matière de responsabilités politiques devenaient importantes. Les nominations, les investitures électorales et les postes stratégiques faisaient désormais l’objet de nombreuses rivalités internes.
Pendant plusieurs années, ces désaccords sont restés relativement discrets. Les campagnes électorales donnaient l’image d’une majorité unie derrière le président de la République. Les différences d’appréciation étaient rarement exprimées publiquement. Beaucoup privilégiaient les discussions internes afin de préserver la cohésion de la coalition présidentielle.
Cette apparente unité reposait pourtant sur des équilibres fragiles. Derrière les déclarations officielles, plusieurs courants coexistaient déjà au sein de la majorité. Certains responsables cherchaient à accroître leur influence politique. D’autres souhaitaient préparer les échéances électorales futures en renforçant leur implantation locale. D’autres encore espéraient accéder à des responsabilités gouvernementales ou parlementaires.
Ces ambitions n’étaient pas nécessairement incompatibles avec le soutien apporté au chef de l’État. Elles devenaient plus difficiles à concilier lorsque plusieurs groupes poursuivaient les mêmes objectifs au sein d’un espace politique limité.C’est dans ce contexte que les débats institutionnels allaient prendre une importance considérable et modifier durablement les rapports entre le pouvoir, ses anciens alliés et une partie de la classe politique centrafricaine…
Par Ndoubalé
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