Le départ des mercenaires russes du Haut-Mbomou ? Oui, des représentants de ladite préfecture exigent cela comme l’un des préalables avant tout dialogue avec le gouvernement d

Rédigé le 10 août 2026.
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans un document remis aux autorités centrafricaines, des représentants du Haut-Mbomou exposent les raisons profondes d’une colère longuement contenue.
Le texte, dont CNC a obtenu copie, s’ouvre sur trois conditions jugées non négociables avant toute négociation : un cessez-le-feu immédiat entre les belligérants, le retrait sans délai des mercenaires du groupe Wagner de la préfecture, et la libération des jeunes actuellement détenus à la prison de Ngaragba, à la SRI ou au camp de Roux. Ces trois exigences préalables, écrit-on, constituent des mesures de confiance indispensables à la tenue d’un dialogue sincère.
Pour comprendre l’épaisseur de ce grief, il faut remonter aux décennies d’abandon qui ont précédé. Depuis des années, la préfecture du Haut-Mbomou subit des incursions répétées de groupes armés étrangers : braconniers, combattants de la SPLA de John Garang, éléments de la LRA de Joseph Kony, et plus récemment, miliciens de l’UPC. Les villes de Zémio, Mboki et Bambouti ont été prises et occupées, les routes coupées, la préfecture coupée du reste du pays.
C’est dans ce vide laissé par l’État que les populations zandé ont fondé leur propre groupe d’autodéfense, l’AZANDE ANI KPI GBE — AAKG. Ce groupe a repris Bambouti aux éléments de l’UPC après de vifs affrontements, avant de remettre la ville aux autorités centrafricaines. Pourtant, au lieu d’être reconnus, les membres de l’AAKG sont désormais pourchassés par les FACA et les mercenaires Wagner.
Le document liste avec minutie les torts accumulés. Les structures sanitaires manquent de personnel, de matériel, de médicaments depuis des générations. Faute de soins, les habitants ont longtemps recouru à la médecine traditionnelle, avec des scarifications laissant des marques sur la peau. Or, selon le texte, tout Zandé portant ces cicatrices est aujourd’hui arrêté, battu, transféré à Bangui ou tué par les FACA ou Wagner — sans autre motif que l’apparence physique.
Le document pointe également une anomalie criante : aucun élément de l’UPC n’a été appréhendé malgré les massacres, les assassinats de onze maîtres-parents à Zémio et les pillages documentés. Pire encore, certains combattants de ce groupe rebelle ont été recrutés, formés et intégrés dans l’armée centrafricaine, puis déployés dans le Haut-Mbomou pour combattre les Azandé. Le texte le formule sans détour : les bourreaux d’hier portent aujourd’hui l’uniforme.
À ces violences s’ajoutent des décennies de relégation économique et politique. Les routes sont impraticables, un sac de ciment coûte 60 000 FCFA à Obo et à Zémio. Les cultures de rente — tabac, café — ont disparu faute d’acheteurs. La grande chasse et le safari, qui nourrissaient autrefois les communes, ont été ruinés par les incursions armées. En soixante-quatre ans d’indépendance, seuls quatre ministres originaires du Haut-Mbomou ont été nommés, dont un pendant une période de transition.
Les revendications portées par les auteurs du document vont au-delà des seuls préalables. Ils demandent la prise en compte des droits des ex-AAKG, la sécurisation de l’ensemble de la préfecture par les forces légales, le rejet de tout projet de couloirs de transhumance dans une zone classée d’intérêt cynégétique, la réhabilitation de la route nationale N°2, et la nomination d’un nouveau préfet. Ils réclament aussi, de façon plus large, le rétablissement des droits liés à l’appartenance à la République — c’est-à-dire une part réelle dans la gestion des affaires publiques.
Par Éric Nzapa
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