Atelier national de plaidoyer à Bangui, les 4 et 5 mars 2026 : la République centrafricaine appelle à des réparations durables pour les femmes meurtries par les conflits

Rédigé le 08 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Les 4 et 5 mars 2026, dans la salle de conférence de l’hôtel Ledger Plaza de Bangui, le Global Survivors Fund a réuni des survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, des membres du gouvernement et des représentants d’organisations internationales pour un atelier national de plaidoyer autour d’une question centrale : comment transformer une expérience pilote en un programme national de réparation pérenne en République centrafricaine.
Tout est parti d’un projet lancé en février 2023 à Dékoa, une ville de la préfecture de Kémo, marquée par les blessures du conflit. Ce projet de mesures réparatrices intérimaires, mis en œuvre avec plusieurs organisations dont la Fondation Dr Denis Mukwege et Women Act for Living Together, a accompagné 277 survivant.es, dont 17 hommes, à travers des soins médicaux, un suivi psychosocial, un appui pour l’obtention de papiers d’identité, et un programme de réinsertion économique.

C’est cette expérience de terrain que la ministre de l’Action Humanitaire, de la Réconciliation et de la Solidarité Nationale, Mme Josiane-Lina Bemaka-Soui, a tenu à saluer lors de son discours d’ouverture. Elle a rappelé que le retrait du financement du Global Survivors Fund ne marquait pas la fin d’un engagement, mais ouvrait plutôt une responsabilité historique pour l’État centrafricain : celle de reprendre le flambeau et de bâtir un mécanisme national structuré, ancré dans la souveraineté du pays.
La ministre a notamment insisté sur les enseignements tirés du projet de Dékoa, qu’elle avait personnellement visité quelques jours plus tôt pour la cérémonie de clôture. Elle a énuméré ce que cette expérience avait révélé d’indispensable : une approche qui place les survivantes au cœur de chaque décision, une coordination solide entre institutions, et une reconnaissance officielle des préjudices subis comme acte à la fois symbolique et réparateur.
Lors de son interview en marge de l’atelier, la ministre a tenu à préciser que l’objectif n’était pas de maintenir des aides ponctuelles, mais de pérenniser et répliquer le modèle dans d’autres régions touchées, comme Berberati, Bambari et d’autres villes centrafricaines. Elle a aussi rappelé qu’elle est le point focal du comité stratégique de lutte contre les violences sexuelles en période de conflit armé, mis en place par la présidence.
De son côté, Maya Shah, Directrice des Opérations du Global Survivors Fund, a mis en avant la méthode qui a fait la particularité de ce projet : la co-création avec les survivantes elles-mêmes. Selon elle, c’est précisément cette manière de travailler, en plaçant les survivant.es au centre de toutes les décisions et stratégies, qui a produit des changements profonds et durables dans leur vie. Elle a exprimé l’espoir que ces acquis méthodologiques puissent désormais être portés à l’échelle nationale par le gouvernement centrafricain.
Les débats de l’atelier ont également abordé la question des réparations dites transformatrices, celles qui ne se contentent pas de réparer un tort individuel, mais qui cherchent à corriger les déséquilibres structurels qui ont rendu possibles ces violences. La cohésion sociale, la prévention des conflits et la mémoire collective sont apparues comme des piliers incontournables de cette réflexion.
La question du financement durable est pourtant restée en suspens tout au long des échanges, comme un nœud difficile à dénouer. Construire un mécanisme national de réparation crédible suppose de trouver des ressources prévisibles à court, moyen et long terme, sans dépendre de la seule générosité des bailleurs extérieurs. Un appel a donc été lancé aux partenaires financiers pour qu’ils s’engagent dans la continuité de ce qui a été amorcé à Dékoa, afin que les femmes des autres préfectures du pays ne restent pas sans réponse.
Par Abdrahim NAFIO
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