Enlevés à Obo puis transférés à Bangui par les mercenaires russes, le mystère persiste sur le sort de trois frères introuvables à ce jour
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Où sont passés les trois frères arrêtés à Obo ? Embarqués de force dans un hélicoptère russe le mercredi 20 mai dernier pour Bangui, les prisonniers ont été débarqués à Mboki et n’ont plus jamais donné signe de vie.
Le transfert manqué et l’incertitude totale sur leur survie
L’inquiétude est maximale concernant le sort de ces trois jeunes centrafricains. L’ainé, ancien milicien Azandé, formé et intégré dans l’armée nationale s’appelle Morata, l’autre frère cadet embarqué par les russes s’appelle Manassé, puis Gaël, Détenus initialement dans les locaux de la gendarmerie d’Obo pour une autre affaire. Les trois frères ont été extraits de leurs cellules par les paramilitaires de la milice Wagner, qui les ont contraints à monter à bord d’un hélicoptère militaire. Le plan initial prévoyait leur acheminement direct vers Bangui, la capitale, afin d’y être mis à la disposition des services de sécurité centraux.
Toutefois, le voyage a connu une interruption majeure. L’appareil russe a effectué une escale forcée sur la piste de Mboki. Selon les données disponibles, un avion de transport de type cargo devait atterrir dans cette localité pour prendre le relais et embarquer les prisonniers vers la destination finale. Ce cargo n’étant jamais arrivé à Mboki, l’équipage de l’hélicoptère a pris la décision de débarquer les trois frères sur place avant de faire demi-tour et de regagner sa base d’Obo. Depuis ce débarquement forcé, les trois victimes n’ont donné aucun signe de vie et ne sont jamais arrivées dans la capitale. Les investigations se poursuivent activement pour déterminer s’ils ont été déportés vers le camp de Berengo, vers le site des Wagner à l’aéroport international de Bangui Mpoko ou s’ils ont subi un sort bien plus tragique en cours de route.
Du front à la rupture : l’origine des tensions avec les FACA d’origine Azande
Pour comprendre les raisons de cet acharnement, il faut remonter à la genèse de la crise qui secoue le Haut-Mbomou. À l’origine, une alliance de circonstance s’était nouée à Obo entre les mercenaires russes et la milice locale Azande Ani Kpi Gbe. Venus pour la première fois dans cette région, les instructeurs russes ont proposé aux miliciens de les former et de les intégrer officiellement au sein des Forces armées centrafricaines (FACA). L’objectif affiché était d’obtenir leur appui pour reconquérir les territoires occupés par les rebelles de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC).
Deux vagues successives d’une centaine d’hommes chacune ont ainsi été formées et intégrées lors de cérémonies officielles. Sous l’encadrement des forces russes, ces nouveaux soldats FACA ont mené des offensives qui ont permis de reprendre le contrôle de plusieurs localités clés, notamment Obo, Mboki, Zémio, Bambouti et Djemah. Une fois ces zones sécurisées, les mercenaires russes ont réaffecté ces contingents sur d’autres fronts éloignés, notamment à Bozoum et Bocaranga dans l’Ouham-Pendé, à Bouar dans la Nana-Mambéré, ainsi que dans la Vakaga.
Le conflit ouvert a éclaté lorsque les forces russes ont arrêté deux des principaux chefs de cette milice intégrée. Depuis plus d’un an, ces deux leaders sont totalement introuvables, faisant craindre leur exécution. Ce double enlèvement a provoqué la colère des combattants Azande. En avril 2025, de violents affrontements ont éclaté, entraînant de nombreuses pertes humaines. Bien que les miliciens intégrés dans l’armée régulière n’aient pas pris part aux combats et soient retournés à Obo, le commandement russe les a accusés de complicité et a exigé le désarmement total de tous les FACA issus de la milice Azande.
Le piège de la forêt et la prise d’otages familiaux à Obo
Lors du processus de désarmement, les mercenaires russes ont uniquement récupéré les fusils d’assaut. Les munitions, les grenades et les tenues de combat sont restées entre les mains des hommes. Pour éviter des représailles ou la découverte de ces effets à son domicile d’Obo, l’un des jeunes FACA, ancien milicien, a décidé de cacher son équipement réglementaire, sa moto et sa carte d’électeur sous le hangar de son champ, situé en pleine forêt.
Lors d’une patrouille de reconnaissance, les hommes de Wagner ont découvert cette cache. Le jeune soldat, qui se trouvait sur place, a réussi à s’enfuir à leur approche. En fouillant le hangar, les mercenaires ont détruit la moto et saisi les grenades, les munitions ainsi que la carte d’électeur. Grâce à la photo et à l’identité inscrites sur ce document officiel, les Russes ont pu identifier le fuyard.
De retour à Obo, deux mercenaires russes, accompagnés du commissaires adjoints de la police à Obo, se sont rendus lundi 18 mai dernier au domicile familial où le jeune homme résidait avec ses parents. Pendant qu’un mercenaire fouillait l’intérieur de la maison, l’autre mercenaire russes ainsi que le commissaire adjoint encerclaient l’extérieur et filmaient avec leurs téléphones. Accompagnés par des éléments des FACA, les mercenaires ont exigé que le père et la mère ainsi que le jeune Manassé, montent à bord de leur véhicule pour un prétendu interrogatoire de routine à la brigade de gendarmerie. Une fois sur place, le couple ainsi que leur plus jeune fils ont été placés en cellule. Les geôliers ont clairement signifié aux parents qu’ils resteraient en détention tant que leur fils aîné, le soldat fugitif, ne se livrerait pas.
Torture électrique et détention clandestine : un dossier pour la justice internationale
Informé de la prise d’otage de son père, de sa maman et de son petit frère, le jeune militaire a décidé de se rendre à la gendarmerie d’Obo, muni de son attestation officielle de désarmement. Dès son arrivée, les forces russes l’ont jeté au cachot et ont relâché les parents. Cependant, la détention s’est élargie à ses deux autres frères : le premier, Gaël, était déjà écroué à la gendarmerie pour une affaire de viol, et le second, Manassé, est un jeune civil qui n’a rien à voir dans cette histoire.
Réunis dans les cellules d’Obo, les trois frères ont subi de graves sévices corporels. Les miliciens russes du groupe Wagner ont appliqué des décharges de courant électrique sur les prisonniers lors des interrogatoires. C’est à la suite de ces séances de torture que la décision a été prise de les transférer par les airs, débouchant sur la situation actuelle où ils sont introuvables. Face à ces méthodes qui bafouent les règles du droit international, la nécessité d’une saisine des juridictions internationales est de plus en plus évoquée par les défenseurs des droits humains pour faire la lumière sur ces agissements.
Par Éric Nzapa
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