CENTRAFRIQUE : QUAND LA FRANCE SACRIFIE LA DEMOCRATIE SUR L’AUTEL DE SES INTERETS

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CENTRAFRIQUE : QUAND LA FRANCE SACRIFIE LA DEMOCRATIE SUR L’AUTEL DE SES INTERETS

 

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Par : la rédaction de ,  

Les puissances occidentales, au premier rang desquelles les États‑Unis, la France et plusieurs États européens, se sont érigées en maîtres de la leçon démocratique, distribuant sanctions et brevets de respectabilité au nom des droits de l’homme et de l’État de droit. Mais derrière ce vernis moral, la pratique raconte une autre histoire : celle de puissances qui parlent de principes tout en nouant des accords avec des régimes autoritaires dès lors que leurs intérêts stratégiques ou économiques sont en jeu.

 

La relation de la France avec le régime Touadéra en Centrafrique incarne cette schizophrénie : Paris proclame la démocratie à la tribune, mais ferme les yeux sur l’autoritarisme lorsqu’il sert son retour en influence.
J’accuse la France de parler le langage des droits de l’homme à New York et Genève, tout en s’acoquinant, à Bangui, avec un pouvoir qui verrouille le jeu démocratique et réécrit la constitution à son avantage.

 

Touadéra est au pouvoir depuis 2016, réélu dans des conditions contestées et désormais adossé à une constitution de 2023 taillée pour lui ouvrir la voie d’un maintien prolongé à la tête de l’État. Des opposants comme Anicet‑Georges Dologuélé dénoncent un chef d’État qui « a l’intention d’être président à vie » et des élections où « tout est fait pour que le scrutin ne soit pas transparent », au point que des plateformes comme le BRDC ont choisi le boycott.

 

La trajectoire est connue : concentration des pouvoirs, affaiblissement des contre‑pouvoirs, intimidation des voix critiques, instrumentalisation de la justice et alliances sécuritaires opaques avec des acteurs étrangers accusés d’exactions.
J’accuse le régime de Bangui d’avoir braqué les élections, torturé la constitution et confisqué la souveraineté populaire, en contradiction frontale avec les principes que la France prétend défendre.

 

En 2021, Paris suspend son aide budgétaire (environ 10 millions d’euros) et gèle sa coopération militaire avec Bangui, invoquant l’hostilité des autorités, l’influence du groupe Wagner et la campagne antifrançaise.

 

La France se drape alors dans la fermeté : sans respect des règles du jeu, la relation « ne peut plus être comme avant ». Mais en 2024, elle annonce la reprise de la même aide, à nouveau 10 millions d’euros via l’AFD, versée directement au Trésor centrafricain, en parlant de « nouvelle page » et de « feuille de route » commune, pendant que Touadéra multiplie les visites à Paris et à l’Élysée.
J’accuse la France d’avoir agité la bannière des principes pour mieux revenir à une relation « normale » avec le même régime, sans exiger un véritable retour aux standards démocratiques qu’elle proclame.

 

Officiellement, cette aide vise à « soutenir la gouvernance économique », résorber des arriérés, financer des dépenses sociales et contribuer à l’organisation des élections. Mais dans un système où l’exécutif tient l’appareil d’État d’une main de fer et où les scrutins sont décrits comme verrouillés, l’argent public devient un instrument politique. C’est le pouvoir en place qui arbitre et capitalise sur l’injection de ressources, dans un contexte post‑électoral taillé à son profit.
J’accuse la France de financer, sous couvert d’aide budgétaire et d’appui électoral, la consolidation d’un régime contesté, lui offrant une légitimité internationale qu’il brandira comme certificat de normalité démocratique.

 

Dans les enceintes multilatérales, Paris ne cesse d’afficher son attachement « indéfectible » aux droits de l’homme, à l’État de droit et aux élections pluralistes. Pourtant, la logique de son retour en Centrafrique tient moins à la défense d’un idéal qu’à la reconquête d’une influence érodée par la Russie et d’autres acteurs. Dans cette perspective, Touadéra n’est plus d’abord un président autoritaire contesté, mais un interlocuteur qu’il faut ménager pour ne pas laisser le terrain à Moscou.
J’accuse la France d’avoir substitué à l’exigence de démocratie un calcul d’influence : mieux vaut un allié autoritaire docile qu’un partenaire réellement souverain et comptable devant son peuple.

 

La Centrafrique n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un mal plus profond : la démocratie mondialisée comme instrument, non comme principe. On invoque l’État de droit pour sanctionner certains régimes et on ferme les yeux sur les mêmes pratiques chez des alliés. Ces doubles standards nourrissent un ressentiment profond dans les opinions publiques du Sud, renforcent la rhétorique anti‑occidentale et décrédibilisent la parole démocratique.
J’accuse la France et ses partenaires européens de vider la démocratie de sa substance en la traitant comme un outil diplomatique flexible, et non comme un socle de normes non négociables.

 

Dans ce contexte, le soutien n’est plus neutre : il devient complicité. Continuer à financer un État qui verrouille ses élections, intimide l’opposition et manipule la constitution, c’est accepter que l’« illibéralisme », devienne fréquentable tant qu’il sert certains intérêts. Pendant ce temps, les Centrafricains restent pris en étau entre dettes, mercenaires, dépendance aux bailleurs et confiscation du pouvoir par une élite politique.
J’accuse la France, l’Union européenne et les autres partenaires de participer, par leurs financements et leurs silences, à la perpétuation d’un système qui enchaîne les Centrafricains par la dette, la force et la peur.

 

Ce qui se joue en Centrafrique engage le crédit moral même de l’idée démocratique. En continuant à valider un régime qui manipule les urnes et réécrit la constitution pour se maintenir, Paris envoie le message que les valeurs sont négociables et les droits des peuples subordonnés aux calculs d’influence. Rompre avec cette entreprise infamante ne signifierait pas abandonner le peuple centrafricain, mais refuser d’être complice de sa mise sous tutelle politique.

 

J’accuse ceux qui, par leurs signatures, leurs financements ou leurs silences, participent à cette trahison de la démocratie, de la liberté et de la dignité des Centrafricains.

 

Par T BENGUEWE DAMARAS, contributeur actif

 

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