CENTRAFRIQUE: EXCLUSIVITE : DIEUDONNE NZAPALAINGA APPELLE A CREER DES CONDITIONS POSSIBLES POUR LE RETOUR DES REFUGIES

Publié le 21 décembre 2015 , 9:43
Mis à jour le: 21 décembre 2015 9:43
(Corbeau News Centrafrique)

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EXCLUSIVITE : DIEUDONNE NZAPALAINGA APPELLE A CREER DES CONDITIONS POSSIBLES

POUR LE RETOUR DES REFUGIES CENTRAFRICAINS

 

Bangui,(CNC), 12-21-2015

Après une visite effectuée aux réfugiés centrafricains en République démocratique du Congo, le constat du prélat Dieudonné Nzapalainga est tel qu’il faut créer les conditions propices pour le retour de ces réfugiés dans leurs familles respectives en République centrafricaine. Ainsi, suivez l’interview qu’il a accordée à notre rédaction

Corbeau News Centrafrique (CNC) : L’Archevêque de Bangui Dieudonné Nzapalainga, Bonjour !

Dieudonné Nzapalainga (DN): Bonjour !

CNC : Vous avez effectué un déplacement au Congo démocratique auprès des réfugiés centrafricains, quel est le sens de cette visite ?

DN : Comme vous le savez, le Saint-Père a foulé le sol centrafricain. Il est venu en messager de paix. Il nous a ramené la flamme de l’espérance. Il nous a incités maintenant à partir pour aller à la rencontre de l’autre, ne pas avoir peur. Et surtout, il a nous invités à la réconciliation. Car le Dieu en qui nous croyons, est un Dieu de miséricorde. Et sans plus tarder, j’ai décidé en collaboration avec l’Archevêque de Molègbè (Zongo RDC), Monseigneur Dominic Boulamoutari pour accompagner le représentant du Saint-Père, le Nonce apostolique que le Saint-Père lui-même a envoyé. De même que le Saint-Père a manifesté sa solidarité à l’égard des Centrafricains, en étant proche d’eux, en venant ici, en foulant leur sol, en touchant du doigt la réalité, il a envoyé son ambassadeur pour ne pas dire le Nonce apostolique qui est au Congo démocratique pour partir faire le tour où se trouvent les réfugiés centrafricains. C’est pour dire que le problème centrafricain tient à cœur le Saint-Père. Voilà pourquoi il se déploie, il s’engage pour qu’il y ait de solutions. Et nous aussi, nous ne pouvons qu’apportons notre premier pierre en allant aussi à la rencontre de nos frères et nos sœurs. Déjà le Saint-Père, au nom de Dieu, vient à notre rencontre, maintenant à nous de partir à la rencontre de nos frères.

CNC : Qu’est-ce que vous avez pu constater, une fois que vous arrivez sur les camps des refugiés centrafricains dans ce pays ?

DN : Et ce que nous avons vu, ce sont des scènes de tristesse et de désolation. Nos frères et nos sœurs qui sont sur le site de Transit de Zongo, un site prévu pour 300 personnes, il y a 1800 personnes. C’est la promiscuité. Et ça, nous ne pouvons pas dire que nous sommes heureux de voir nos frères qui dorment sous la pluie, dans la boue quand il pleut. Et ils mangent une fois par jour. Ça ce sont des situations qui sont difficiles à supporter. Nous avons vu également au Camp de Molé que pour certains est un rêve. Mais ceux qui sont là-bas, ils disent qu’ils traversent aussi des moments difficiles. Certes, ils sont à la charge de HCR, mais toutes les conditions ne sont pas réunies. La vie d’un réfugié à l’étranger, est difficile. Vraiment je supplie, je tends les genoux à tous ceux qui ont reçu comme vocation d’être politiciens d’avoir un projet de société pour que rapidement la réconciliation revienne. Car ce que j’ai vu de mes yeux, c’est inhumain. Dans une salle de classe, il y a plus de 150 élèves. Et Dieu seul le sait, ce qu’il y a comme enseignant. Quelqu’un qui est en classe de 5ème peut être enseignant ? Ça c’est vraiment une formation au rabais. Et je supplie à ce que nous puissions taire nos armes, que nous puissions nous réconcilier pour donner la chance à nos frères et sœurs de revenir. Nous avons vu nos frères et sœurs musulmans qui sont à Zongo. Ils ont construit les camps de fortune au tour de la Mosquée centrale de Zongo. Certes, ils sont bien accueillis mais c’est précaire ce que j’ai vu. Donc il est temps, la situation que je dresse ici, il interpelle à un sursaut pour qu’on puisse arrêter nos barbaries, arrêter nos guerres, nos violences, nos querelles intestines, nos intérêts égoïstes pour penser maintenant à nos frères et sœurs qui sont en train de mourir, de tomber malades, qui n‘ont rien même les habits pour porter. Il est temps, il est temps, il est temps ! Nous devons nous engager résolument vers la réconciliation pour avoir très vite une institution reconnue pour que la République centrafricaine sorte de cette ornière.

CNC : Vous apportez le message du Pape François aux Réfugiés centrafricains en RDC, qu’en est-il ces Refugiés centrafricains dans d’autres pays limitrophes?

DN : Le message de paix que le Saint-Père a transmis au Nonce de la RDC est adressé à tous les réfugiés centrafricains dans les pays limitrophes. Parce que le Saint-Père se préoccupe de Centrafrique, il est venu lui-même. Il a envoyé le Nonce comme un émissaire. Et maintenant le même message nous voulons prendre le relais pour le communiquer aux autres ; car il ne peut pas être partout. Mais ce qui est plus important, que chacun se saisisse. La paix reviendra en Centrafrique quand les Centrafricains décideront d’enterrer la hache de guerre, quand ils décideront de faire taire la guerre, quand ils vont décider de considérer l’autre pas comme un ennemi mais comme un frère. C’est là que la paix reviendra. La paix c’est la condition sine quoi none pour un nouveau développement. Et si nous ne pouvons pas nous mettre ensemble, comment le pays pourra se développer ? Nous serons les derniers des derniers. Parce que nos enfants ne peuvent pas aller à l’école. Nous sommes à l’air de numérique, mais beaucoup de nos enfants sont là à la maison. Et les autres enfants, aux alentours, continuent d’étudier. Je peine, je souffre avec tous ces enfants qui n’ont pas choisi d’être analphabètes. Et nous les adultes, responsables, il est de notre responsabilité de mettre fin, de donner la chance à ces enfants de rêver, d’être des médecins, instituteurs, des ministres et les dirigeants de demain. Nous n’avons pas le droit de leur fermer la porte. Le message du Pape François, est adressé à toute la sous-région, à tous les Centrafricains qui sont de par le monde. Mais en venant ici, il s’est préoccupé de notre sort et nous espérons que nous allons avoir un sursaut patriotique pour nous relever de cette situation.

CNC : Certains Réfugies du Centre de Transit de Zongo souhaitent leur relocalisation vers le camp de Molé, alors que d’autres veulent rentrer au bercail : comment voyez-vous cette situation?

Dans la vie de l’homme il y a toujours un rêve à avoir. Tous ceux qui sont au Centre de Transit rêvent d’aller à Molé car ils pensent que la prise en charge là-bas est meilleure. Mais une fois que vous arrivez à Molé, vous avez l’impression que vous êtes restés sur votre faim, que tout n’est pas acquis au niveau sanitaire, au niveau éducatif à plusieurs niveaux. Nous avons entendu les témoignages de ceux qui sont à Molé, ça montre que rien n’est satisfait. Mais in finé, ce que les Centrafricains devraient rechercher, c’est de créer des conditions nécessaires pour que nos compatriotes reviennent au pays. On n’est jamais mieux que chez soi. Nous devons créer des conditions nécessaires à travers les élections, à travers les rencontres bilatérales pour faire que la sécurité revienne afin donner la chance à nos compatriotes de revenir pour apporter leur contribution. Je crois que la solution n’est pas de rester à l’étranger. Le Pape nous a dit clairement : ne fuyez pas le pays, il a insisté. Il nous a dit de résister. Et nous devons résister par la prière, le pardon et la réconciliation. C’est là nos armes, mais pas avec de fusils, pas avec les machettes.

CNC : Comment appréciez-vous la cohésion sociale entre les Chrétiens et Musulmans réfugiés en RDC ?

DN : En écoutant les uns et les autres, ils ont donné une leçon. Là-bas à l’étranger, ils témoignent de la cohésion sociale. Il n’y a pas de problème entre musulman et chrétien là-bas. D’ailleurs, le problème centrafricain n’est pas un problème de chrétien et musulman, ni de religion. Non, c’est un faux problème. C’est un problème plutôt militaro-politique, on déplace pour instrumentaliser la religion. Le problème centrafricain, c’est de faire une bonne politique, la bonne gouvernance. Nous pensons qu’il faut cibler et voir ce problème en face. Il est de se retrouver comme des frères. . Boganda nous a dit dans la devise : Unité et ce n’est pas anodin. Malheur à l’homme seul. Et si nous sommes seuls, nous sommes condamnés à mort. J’ai vu des chrétiens et des musulmans centrafricains, j’ai attendu leur désire, tous aspirent à rentrer au pays.

CNC : avez-vous un message à dire ?

DN : Je lance un appel à tous ceux qui aide pour qu’ils puissent penser à créer des conditions possibles pour que nos frères et sœurs reviennent ici au pays. Et à nous aussi, de nous mobiliser d’aider tous ceux qui ont perdu leurs biens, en leur apportant des briques, des tôles pour qu’ils puissent reconstruire leurs maisons. Je crois que Dieu sera dans les cœurs Des uns et autres. C’est en nous mettant ensemble dans la solidarité à aider nos compatriotes démunis pour que nous puissions retrouver la cohésion sociale.

CNC : Monseigneur Dieuddonné Nzapalainga nous vous remercions !

DN : Je vous remercie !

Bangui, Interview réalisée par Eric NGABA

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