Centrafrique : comment l’État condamne la jeunesse des villages du secteur Pama à l’analphabétisme total

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Les villages du secteur Pama, situés à environ 95 kilomètres de Bangui dans la région des Plateaux, n’ont aucune infrastructure scolaire digne de ce nom. Une situation qui pousse de nombreux jeunes, particulièrement les filles, à abandonner leur scolarité pour devenir très tôt mères.
“Pour devenir chef de village aujourd’hui, il faut être instruit. Même nos frères Peuls et Pygmées sont plus intelligents que nous”, déplore Philippe Boulibo, chef du groupe du secteur Pama 2, qui s’inquiète pour l’avenir de sa communauté.
Dans le village de Bio-Bomba, comme à Godoforo ou Yawara, seule l’Église catholique tente d’apporter une réponse d’urgence à travers une école de fortune abritée sous une paillote. “Les enfants quittent leur maison avec des tabourets pour s’asseoir par terre. C’est grâce à l’Église que quelques maîtres-parents peuvent enseigner”, explique le Père Oscar Urusimani de la paroisse Saint-Pierre-de Boali.
Ces conditions d’apprentissage précaires ont des conséquences dramatiques. De nombreuses jeunes filles abandonnent l’école prématurément, devenant mères à un très jeune âge. “Cette situation me déchire le cœur. Nos cadets souffrent, ils n’ont pas d’enseignants”, s’indigne Père Oscar Urusimani.
Les autorités locales multiplient les appels à l’aide. “Nous avons besoin de vrais bâtiments scolaires, pas de paillotes couvertes de feuilles de bananiers”, insiste le chef de groupe. Il interpelle directement le gouvernement du président Faustin Archange Touadéra, l’UNICEF et les ONG présentes dans la région : “Ne restez pas à Bangui, venez voir ce qui se passe réellement dans le secteur Pama“.
La région des Plateaux, dont dépend administrativement le secteur Pama, dispose pourtant d’un cadre légal favorable au développement de l’éducation. La Constitution de 2023 réaffirme dans son article 43 que “l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics”. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.
Le secteur Pama démontre à lui seul déjà les défis persistants auxquels doit répondre le gouvernement centrafricain en matière d’éducation : manque d’infrastructures, absence d’enseignants qualifiés, et déscolarisation massive des filles. Une situation d’autant plus préoccupante que l’éducation constitue un levier essentiel pour le développement du pays.
Sur la route nationale menant de Bangui à Boali, les véhicules des organisations humanitaires passent quotidiennement. Mais rares sont ceux qui s’arrêtent dans ces villages oubliés du secteur Pama, où toute une génération risque de grandir sans accès à une éducation de base.
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![Touadéra, regarde tes écoles à Birao, es-tu désormais content de ce naufrage ? Touadéra, regarde tes écoles à Birao, es-tu désormais content de ce naufrage ? Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Des salles de classe sans tables, des maîtres sans salaire, des filles qui abandonnent : à Birao, l’école préfectorale mixte donne à voir ce que l’État de Touadéra vaut réellement. Le directeur Chrispin Mbretizzi ne cherche plus ses mots. Son établissement tourne avec ce qu’il a, c’est-à-dire presque rien. Les enseignants contractuels ont dû descendre dans la rue pour toucher ce qui leur était dû, et même après ça, le compte n’y est pas. Les titulaires sont si peu nombreux que l’école fait appel à des maîtres-parents, des gens de bonne volonté sans formation, qui font ce qu’ils peuvent devant des classes entières d’enfants qui méritent mieux. C’est sur leurs épaules que repose aujourd’hui l’instruction publique à Birao. Les murs tiennent, mais l’intérieur est vide. Des élèves s’assoient à même le sol parce qu’il n’y a pas de tables-bancs. Les manuels disponibles couvrent à peine le français et les mathématiques, rien d’autre. Et le plus absurde dans tout ça : trois salles de classe ont été construites, elles sont là, debout, fermées à clé, inutilisables. Les tables-bancs promis pour les équiper ne sont jamais arrivés. Mbretizzi attend. L’école attend. Les ONG sont devenues le seul espoir réel d’obtenir un mobilier que l’État aurait dû livrer depuis longtemps. Ce qui inquiète le plus le directeur, c’est les filles. Elles partent. Pas toutes d’un coup, mais une par une, tirées hors de l’école par la pauvreté des familles et des mariages arrangés trop tôt. Mbretizzi le dit aux parents, il les interpelle, il insiste. Mais un homme seul face à une misère structurelle ne peut pas grand-chose. Tant que Bangui n’engage pas de moyens concrets pour financer les besoins de base et sécuriser la scolarité des filles en Vakaga, ses appels resteront sans écho. Par Ibrahim Moussa Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/05/eleves-Amdafock-218x150.jpg)