
À l’instar des autres sommets France-Afrique, États-Unis-Afrique et Chine-Afrique, le sommet Russie-Afrique s’est tenu du 28 au 29 octobre 2026 à Moscou et a enregistré la présence de plusieurs chefs d’État et chefs du gouvernement africain.
La pléthorique et budgétivore délégation centrafricaine était représentée par le Président de la République accompagné de quatorze membres du gouvernement sans compter les membres du cabinet présidentiel.

Après les deux premiers sommets de Sotchi en 2019 et de Saint Petersbourg en 2023, le troisième sommet Russie-Afrique de Moscou vise à renforcer l’influence de la fédération de Russie sur le continent africain, à attirer les investisseurs ainsi que des échanges commerciaux, à contracter des accords bilatéraux dans le domaine économique, militaire etc…
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Confronté à une urgence sécuritaire par le passé avec des incursions intempestives des groupes armés, le pouvoir de Bangui a signé des accords militaires et économiques avec la fédération de Russie qui a abouti à l’avènement des mercenaires du groupe paramilitaire de Wagner. Logiquement après huit années de coopération, l’heure est à l’évaluation et au bilan c’est-à-dire de voir ce qui a changé au cours des huit années de partenariat.
Le pouvoir de Bangui est ainsi légitime pour exiger des résultats et de rendre compte à la population. En conséquence de ce qui précède, ce troisième sommet devrait être celui de la mise en œuvre au lieu de se limiter encore à des annonces diplomatiques c’est-à-dire des accords, des promesses qui n’ont aucune incidence sur le quotidien du peuple en terme d’emploi, de construction des infrastructures sociales etc…
Au delà du fait que le sommet s’est epoumoné à fustiger le modèle de gouvernance des autres puissances, l’on a remarqué un décalage entre les accords bilatéraux avec le pouvoir de Bangui et les réalisations. Le partenariat russe a visiblement priorisé le volet sécuritaire au détriment des autres secteurs quand bien même que ce dernier n’a atteint l’objectif escompté car des groupes armés ne sont vraiment pas éradiqués mais ils sévissent encore.
Les rapports des organismes des droits de l’homme ont parallèlement relevé des violations des droits humains et des exactions sur la population. Les dividendes des ressources minières exploitées à échelle industrielle n’ont nullement profité à la population. À ce stade, il apparaît judicieux de souligner qu’outre la présence des russes qui a fait fuir d’autres partenaires et investisseurs étrangers, l’absence de transformation des accords en résultats palpables étouffe les acquis.
À l’origine, le partenariat russe a été initié autour de l’urgence sécuritaire sans transfert réelle de technologie ni de partage d’expérience et non sur fond d’un programme construit en adéquation avec les besoins de développement. Mais de nos jours, il est établi que notre armée nationale est toujours incapable de projeter, pour assurer à elle seule la sécurité de la population et de nos institutions, les problèmes d’eau et d’électricité sont inchangés et l’on enregistre peu d’emplois générés.
Ce qui est paradoxal c’est que le pays est extrêmement riche mais les rapports de la Banque mondiale d’octobre 2026 estime que 67% de la population vit dans l’extrême pauvreté. Hébété par le mensonge du pouvoir de Bangui et l’absence de reddition des comptes sur le partenariat russe, le citoyen lambda s’interroge :
Ce partenariat russe est-il gagnant-gagnant ou bénéfique pour le peuple centrafricain ?
2- Le partenariat avec la fédération de Russie a t-il amélioré les conditions de sécurité, de développement socio-économique et surtout du panier de la ménagère ?
3- À défaut, comment comprendre que ce partenariat ne se traduit de manière concrète dans la construction des routes, des hôpitaux, des écoles, de la création des entreprises et des emplois ?
4- La souveraineté politique et économique suffit-elle simplement de changer une puissance prédatrice par une autre ?
5- En d’autres termes, peut-on véritablement parler de souveraineté lorsqu’un État est privé de sa capacité à prendre des décisions de manière autonome, ne maîtrise plus l’exploitation de ses ressources naturelles et se trouve dans l’incapacité d’assurer le bien-être de sa population ?
En tout état de cause, loin de demander des comptes sur les grands projets annoncés en grande pompe tels les châteaux d’eau, la cryptomonnaie, la tokenisation, le chemin de fer, les champs solaires etc… L’on remarque que tout ce que ce pouvoir illegal entreprend échoue systématiquement car l’on relève que c’est la seule capitale en Afrique sans transport en commun, sans cimetière, sans service funéraire, sans stade homologué avec des routes délabrées, des hôpitaux et écoles vetustes, sans oublier les problèmes reccurents d’eau et d’électricité. ce partenariat russe avec des promesses illusoires et irréalisables est à l’image de la dernière inondation où la capitale centrafricaine s’est noyée sans assistance humanitaire.
Il faut souligner qu’un partenariat n’est bénéfique que lorsque les résultats se traduisent dans le quotidien du peuple. À défaut mille sommets Russie-Afrique ne serviront que la cause d’une opération de propagande stérile et infructueuse. S’agissant des initiateurs de l’opération ville morte arrêtés, lorsque le Président de la République reconnaît la légitimité d’une revendication citoyenne, on ne répond pas par des arrestations suivies d’empoisonnements, on ne déplace pas le problème mais on le résout par voie de dialogue citoyen.
Après huit années de coopération axée principalement sur la sécurité, le partenariat avec la Russie ne s’est pas traduit par un développement socio-économique concret pour la population centrafricaine.
En conséquence de ce qui précède, libérez les cinq héros de la société civile incarcérés injustement pour une cause légitime. Pour finir, nous proclamons notre soutien inconditionnel et sans réserve à la marche pacifique initiée par le BRDC pour la journée du vendredi 13 novembre 2026 dès 06h00 du matin. Par ailleurs, les paisibles habitants de Limassa soutenus dans leur combat par les habitants de Yalé, de Borossè, de Mofounga, de Kotissako et par extension tout le peuple vont prendre leur responsabilité devant l’histoire en réclamant votre départ du fauteuil présidentiel. Il faut savoir à titre de rappel que la démission qui s’impose désormais n’est pas une faiblesse, un désaveu ni une fuite en avant mais un acte de noblesse, de responsabilité et de maturité politique. La démission étant la seule et unique voie de sortie honorable au lieu d’un exil brutal et aussi difficile soit-il. Si je savais serait trop tard Monsieur le Président. Mais attention, ne le dites à personne… Si on vous demande, ne dites surtout pas que c’est moi depuis le royaume de Limassa.
Limassa le 31 octobre 2026.
Bernard SELEMBY DOUDOU. Juriste, Environnementaliste.
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