
Donner la vie ne devrait jamais signifier risquer la sienne. Pourtant, en République centrafricaine, pour des centaines de jeunes femmes, la maternité se transforme en un engrenage fatal, marqué par la négligence institutionnelle et la faillite du système de santé publique. Derrière les discours officiels sur la santé maternelle se cache une réalité brutale : l’absence criante de suivi médical adéquat pendant la grossesse condamne de plus en plus de jeunes mères à des séquelles irréversibles, quand elles ne y laissent pas simplement la vie.
L’éclampsie et l’hypertension : des tueuses silencieuses ignorées par l’État
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Les données médicales sont sans appel : l’hypertension artérielle est devenue la première cause des maladies rénales graves dans notre pays. Chez les sujets jeunes de sexe féminin, cette hypertension destructrice survient majoritairement au décours d’une grossesse mal suivie ou marquée par des crises d’éclampsie non prises en charge.
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Faute de consultations prénatales accessibles, de matériel de tension dans les centres de santé de proximité et de personnel formé en nombre suffisant, des complications parfaitement évitables passent inaperçues. Quelques mois ou quelques années après avoir mis un enfant au monde, ces femmes voient leur tension exploser et leurs reins détruits de manière irréversible. L’accouchement, qui aurait dû être un moment de vie, devient le point de départ d’une condamnation à mort à bas bruit.
Un système de santé qui abandonne les femmes à leur sort
Comment tolérer qu’à notre époque, des jeunes femmes de 20 ou 25 ans se retrouvent en insuffisance rénale chronique terminale simplement parce qu’elles ont porté la vie ? La réponse réside dans l’incapacité de l’État à offrir une couverture sanitaire minimale sur l’ensemble du territoire.
Le manque cruel d’infrastructures médicales adaptées et le coût prohibitif des soins contraignent les populations les plus vulnérables à faire l’impasse sur le suivi médical. Les autorités préfèrent vanter des statistiques isolées plutôt que d’affronter l’ampleur du désastre : la prise en charge préventive des femmes enceintes est une coquille vide, et le prix de cette carence est payé au prix fort par la jeunesse féminine du pays.
Le calvaire de la dialyse : la double peine pour les jeunes mères
Pour ces mères frappées par la maladie rénale après leur grossesse, le quotidien se transforme en un combat épuisant pour la survie. Branchées trois fois par semaine aux machines du centre d’hémodialyse de Bangui, pendant quatre heures à chaque séance, comment peuvent-elles élever leurs enfants, travailler ou poursuivre leurs études ?
Cette prise en charge tardive représente un coût financier et humain exorbitant pour les familles, contraintes de s’endetter pour maintenir leur proche en vie. Plutôt que de financer une véritable politique de prévention et d’accompagnement prénatal, le gouvernement laisse s’installer un drame humain majeur. Il est temps d’exiger des comptes : protéger la santé des mères n’est pas un privilège, c’est un devoir régalien que l’État centrafricain continue de fouler aux pieds.
Le système de santé en République centrafricaine échoue à protéger les femmes, laissant les complications de maternité, comme l’hypertension, non prises en charge.
Par Gisèle MOLOMA
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