Avancées russes sur le continent africain : l’UE doit-elle s’en inquiéter ?

Publié le 17 février 2022 , 8:01
Mis à jour le: 17 février 2022 8:01

 

Bangui, 17 février 2022 (Corbeaunews – Centrafrique ) – Voilà, c’est dit : les forces françaises de l’opération Barkane ainsi que les forces spéciales Takuba, provenant d’une douzaine de pays européens, se retirent du Mali. Le président français Emmanuel Macron l’a annoncé ce jeudi, juste avant l’ouverture du sommet entre l’Union Européenne et l’Union Africaine (17 et 18 février), à Bruxelles, au lendemain d’un mini-sommet qui réunissait à l’Elysée, une trentaine de dirigeants africains et européens.

 

Ce départ, se fera au profit d’un redéploiement régional pour lutter contre le terrorisme au Sahel. Là où les mouvements affiliés à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l’élimination de nombreux chefs.

Les relations entre Paris et la junte au pouvoir à Bamako étaient devenues « exécrables ». Pour Emmanuel Macron, plusieurs lignes rouges ont été franchies : la volonté de discuter avec les djihadistes, la prise de pouvoir par une junte, le refus d’appliquer un calendrier de retour à l’ordre démocratique qui avait pourtant été annoncé et pour finir… le recours à une milice privée russe, la sulfureuse société Wagner.

Il faut dire que malgré la présence de ces multiples forces au Sahel – forces françaises, depuis neuf ans avec l’opération Serval puis Barkhane, et maintenant Takuba – qui accompagnent les forces régionales du G5 Sahel, la menace terroriste de groupes djihadistes ne faiblit pas. Les attaques se sont même répandues au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et maintenant au Bénin.

Vladimir Poutine dément tout lien entre l’Etat russe et les sociétés militaires privées (SMP). Certes, dans le tout-venant des miliciens recrutés, les Russes ne sont pas forcément légion. Certains viennent de pays arabes, d’autres du Caucase ou encore d’Europe de l’Est.

Mais personne n’est dupe. Pour Vincent Hugeux, grand reporter, auteur du livre « Tyrans d’Afrique » (Ed. Perrin), il y a peu de doute que Moscou soit aux manettes. « Les cadres de Wagner sont d’anciens officiers de l’armée de la fédération de Russie« , explique-t-il. « Son propriétaire, Evgueni Prigojine, surnommé le traiteur du Kremlin, parce qu’il est le fournisseur des dîners fins du Kremlin, est un intime de Vladimir Poutine. Quant à Dmitri Outkin, le cofondateur du groupe Wagner, lui, est un ancien officier du renseignement militaire russe« .

Quelle est la force du groupe Wagner ?

Pour autant, ces mercenaires russes qui sont dorénavant engagés aux côtés des forces armées maliennes (FAMA), ont-ils les moyens suffisants pour lutter contre le fléau djihadiste ?

Comparés à l’opération Barkhane (4300 Français au Sahel dont 2400 au Mali, selon l’Elysée) et à Takuba, les moyens de Wagner paraissent rudimentaires. « Ce sont des dispositifs au sol. Ils n’ont pas de drone, pas d’avion de combat…« , décrit Arnaud Dubien, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Et pour l’instant, ils n’interviennent que dans des zones les moins dangereuses, au centre du Mali et à Bamako. Pas au nord, ni dans la zone dite « des trois frontières » (Burkina, Mali, Niger), là où les djihadistes sont les plus offensifs.

« Là où Wagner s’est montré plus efficace qu’ailleurs, c’est dans le Donbass en Ukraine et en Syrie, lorsque les mercenaires avaient le soutien des forces russes« , nuance Arnaud Dubien, « Mais au Mali, ce n’est pas le cas. En revanche, ce qu’ils font bien, c’est assurer la sécurité des autorités locales, la formation, l’entraînement« .

Vincent Hugeux confirme, « Leur capacité opérationnelle à éradiquer un fléau djihadiste est limitée. Wagner doit encore prouver sa capacité à répondre à une conflictualité inédite de groupuscules qui sont parfaitement mobiles et maîtres d’une topographie compliquée« .

On se demande même s’ils sont taillés pour la course !

Par le passé, le groupe Wagner n’a pas brillé sur les champs de bataille. « On se demande même s’ils sont taillés pour la course ! », ironise Vincent Hugeux. En 2020, des mercenaires russes sont venus au Mozambique pour aider à combattre le mouvement al-Shabaab qui menait des attaques dans la province de Cabo Delgado, dans le nord du pays.

« Ils sont partis la queue basse, parce qu’ils étaient incapables de contenir le fléau djihadiste ». En 2019, en Lybie, des mercenaires du groupe Wagner s’étaient battus en soutien au général dissident Khalifa Haftar qui voulait entraîner la chute de Tripoli  » Ils avaient misé sur le mauvais cheval », note encore Vincent Hugeux. « Et là aussi, on ne peut pas dire qu’ils aient infléchi le cours de l’Histoire« .

Aujourd’hui, le groupe Wagner est présent dans une douzaine de pays en Afrique : Libye depuis 2017, où les mercenaires seraient au nombre de 2000 ; République centrafricaine (RCA), 900 à 1000 ; Mozambique, 300 miliciens ; Autant au Soudan, notamment pour assurer la protection de la prochaine base navale russe.

Par ailleurs, des contrats ont été signés entre le groupe Wagner et d’autres pays, comme la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda, l’Angola ou encore le Zimbabwe.

 

Par RTBF

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