Abdoulaye Hissène : un héros du DDRR des groupes armés, maintenu toujours en prison, ses partisans demande sa libération

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Ancien ministre et ancien chef militaire du FPRC, Abdoulaye Hissène a joué un rôle clé dans le désarmement des groupes armés au pays. Pourtant, il est aujourd’hui incarcéré, poursuivi par une justice que beaucoup accusent de servir des intérêts politiques plutôt que la vérité.
En Centrafrique, l’arrestation d’Abdoulaye Hissène, ancien chef rebelle et ex-ministre, continue de faire des vagues, plus d’un an après son interpellation par l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB) à Bangui. Transféré à la Cour pénale spéciale (CPS) pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, son cas pose aujourd’hui de nombreuses questions. Ses partisans, mobilisés de la capitale jusqu’à Ndélé, dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, crient à une injustice et exigent sa libération immédiate, dénonçant ce qu’ils décrivent comme une manipulation politique pure et simple.
Une arrestation aux contours flous
Arrêté il y a plus d’un an par l’unité de police de l’OCRB, Abdoulaye Hissène est aujourd’hui au cœur d’un dossier qui, selon certains observateurs, manque de clarté. Officiellement, il est poursuivi pour des faits graves, mais les détails concrets peinent à convaincre une partie de la population. Beaucoup y voient plutôt une rivalité politique, alimentée par des jeux de pouvoir au sommet de l’État. Les regards se tournent notamment vers le ministre d’État à la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, que beaucoup accusent d’être le principal artisan de cette affaire. Dans les provinces comme à Bangui, son nom revient sans cesse, pointé du doigt comme celui qui aurait tout manigancé.
Les proches d’Abdoulaye Hissène, eux, vont plus loin. Pour eux, cette arrestation n’a rien à voir avec des crimes contre l’humanité. Ils estiment qu’en suivant la logique des accusations portées contre lui, une grande partie des anciens chefs rebelles – y compris ceux qui occupent aujourd’hui des postes au gouvernement – devraient aussi être derrière les barreaux. Le paradoxe est d’autant plus frappant qu’Abdoulaye Hissène est perçu comme l’un des rares à avoir réellement joué le jeu de la paix.
Un engagement massif dans le désarmement
Le programme de Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Rapatriement (DDRR) est au cœur de cette histoire. Selon un document officiel datant de 2021 et consulté par la rédaction du CNC, le groupe armé dirigé par Abdoulaye Hissène avait déjà désarmé plus de 600 combattants, un chiffre impressionnant à l’époque. Et ce n’était qu’un début : en 2023, ce nombre aurait grimpé à près de 1 200, selon ses proches et des sources locales. Ces efforts placent son mouvement loin devant beaucoup d’autres groupes armés en termes de participation au processus de paix.
Pour mémoire, voici le classement des groupes armés ayant pris part au désarmement en 2021, d’après les données de la présidence de la République :
- FPRC : 604 personnes
- AB Mokom : 364 personnes
- MPC : 315 personnes
- UFR-F : 279 personnes
- RPRC : 277 personnes
- 3R : 252 personnes
- AB Ngaïssona : 209 personnes
- RJ/Sayo : 171 personnes
- Seleka Renovée : 145 personnes
- RJ/Belanga : 128 personnes
- UFR : 116 personnes
- MLCJ : 87 personnes
- FDPC : 76 personnes
- UPC : 0 personne
En 2021, le FPRC dominait ce classement avec 604 démobilisés. Mais deux ans plus tard, en 2023, le groupe d’Abdoulaye Hissène aurait largement dépassé ce seuil, atteignant presque 1 200 combattants désarmés. Pourtant, pendant que lui croupit en prison, d’autres chefs rebelles, dont les groupes ont à peine désarmé 200 (RPRC de Djono Ahaba) ou moins de 100 éléments (MLCJ de Déya), occupent aujourd’hui des fauteuils ministériels – certains au Transport, d’autres à la Justice ou encore à l’Élevage.
Une justice à deux vitesses ?
Cette situation paradoxale alimente un sentiment d’incohérence. Comment expliquer qu’un homme ayant désarmé autant de combattants, avec des armes rendues en quantité, soit aujourd’hui traité comme un criminel, tandis que d’autres, impliqués dans des violences similaires voire pires, échappent aux poursuites ? L’exemple de Hassan Bouba, ministre de l’élevage, arrêté par la cour pénale spéciale puis libéré sous la pression des mercenaires russes du groupe Wagner avant de réintégrer le gouvernement jusqu’à ce jour, est souvent cité par les partisans d’Abdoulaye Hissène. Ces derniers demandent au président Touadéra de faire preuve de la même clémence envers leur leader.
À Bambari, par exemple, des affrontements impliquant des éléments de l’UPC, un groupe qui n’a désarmé personne selon les chiffres de 2021, ont marqué les esprits. Pourtant, des figures liées à ces violences circulent librement, parfois protégées par des interventions extérieures. Pendant ce temps, Abdoulaye Hissène reste enfermé, son sort suspendu à une CPS dont les décisions sont de plus en plus critiquées.
Une mobilisation croissante
De Bangui à Ndélé, la colère monte. Les soutiens d’Abdoulaye Hissène ne désarment pas et appellent à sa libération, dénonçant un acharnement organisé par le ministre de la Justice et une partie de l’entourage présidentiel. Pour eux, cette affaire n’est qu’un règlement de comptes déguisé en quête de justice. Et si les journaux locaux en parlent abondamment, le flou persiste sur les véritables raisons de son incarcération.
En attendant, l’histoire d’Abdoulaye Hissène reste un symbole émouvant : celui d’un homme qui, après avoir tendu la main à la paix, se retrouve pris dans un engrenage où la politique semble primer sur la vérité. Dans un pays où la réconciliation reste fragile, son cas pourrait bien laisser des traces durables….
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![À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Une dispute d’adultère dans un village à 45 kilomètres de Ndélé a ouvert une brèche entre la justice de l’État et l’autorité coutumière musulmane, et personne ne sait encore comment elle se refermera. En effet, tout est parti d’un jeune commerçant, propriétaire d’une boutique à 45 kilomètres de Ndélé, . L’homme avait dragué et noué des relations avec deux femmes mariées du village. Les deux maris, profondément blessés par le comportement de ce jeune garçon, ont porté l’affaire devant le sultan-maire Senoussi Ibrahim Kamoune, chef coutumier de la localité. Immédiatement, de son côté, le sultan a convoqué les parties en conflit, prononcé un jugement, exigé une amende et un serment sur le Coran pour le jeune boutiqué. Ce dernier a accepté le jugement et paye l’amende, puis est reparti dans son village. Mais les deux époux trempés n’ont pas digéré la sentence du sultan. Ils ont rattrapé le garçon dans sa boutique et l’ont agressé. Blessé, ce dernier a déposé plainte au tribunal. Invité à la radio locale nommée Ndélé pas loin, le Président du tribunal, interrogé sur l’affaire, a pris la parole pour dire, sans ambages, que le sultan n’avait pas qualité pour trancher une telle affaire, que ce rôle revenait exclusivement à la justice de l’État, et que la démarche du chef coutumier ne cadrait pas avec la loi centrafricaine. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Une partie de la communauté musulmane de Ndélé, ainsi que le Comité islamique de Bamingui-Bangoran, ont pris la défense du sultan, estimant que les propos du président du tribunal et du procureur constituaient une insulte envers leur chef et leur religion. Le sultanat du Dar el-Kouti, rappellent-ils, existait bien avant l’indépendance de la RCA, à une époque où ces magistrats n’étaient pas encore nés. Le président du tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ajouté publiquement que les mariages célébrés dans les quartiers — à la mosquée ou selon les rites coutumiers avec remise de dot aux parents — ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale, et que seul le passage à la mairie confère une validité juridique à une union. Des mots qui ont eu des effets immédiats : une femme a été convoquée au tribunal, son mari informé que leur mariage coutumier n’avait aucune valeur, ce qui a abouti à une séparation. Pour beaucoup d’habitants de Ndélé, cette succession de déclarations touche à quelque chose de plus profond que les règles de procédure. Ce que le président du tribunal présente comme une application normale du droit, la communauté musulmane le ressent comme un effacement délibéré de ses usages, de son organisation sociale, et de l’autorité de celui qui les incarne depuis des générations. Par Barthelemy Kossi Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Ibrahim-Kamoun-Senoussi-sultan-maire-de-Ndele--218x150.jpg)
