Pollution massive et ravages écologiques : l’exploitation aurifère chinoise de l’entreprise IMC dévaste la Nambéré

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Pollution massive et ravages écologiques : l’exploitation aurifère chinoise de l’entreprise IMC dévaste la Nambéré

 

 

 

Sur le chantier minier de Rondi, dans la Nana-Mambéré, avec les chinois qui dévastent massivement la forêt
Sur le chantier minier de Rondi, dans la Nana-Mambéré, avec les chinois qui dévastent massivement la forêt

 

Rédigé le 04 mars 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

L’extraction intensive d’or menée par la société chinoise IMC s’accompagne d’une destruction écologique inquiétant, combinant empoisonnement des rivières et déboisement massif sur l’ensemble de la préfecture de la Nambéré.

 

La sous-préfecture d’Aba connaît depuis plusieurs années une activité minière croissante portée par l’Industrie Minière de Centrafrique. Cette entreprise chinoise exploite de nombreux gisements aurifères répartis dans plusieurs localités, dont Gobolo, Rondji etc, employant des centaines de travailleurs et équipant ses sites d’installations imposantes. Les camions circulent quotidiennement entre les différentes bases, transportant matériel et production vers les site principaux dans la zone.

 

L’ampleur de cette exploitation nécessite l’utilisation de techniques industrielles sophistiquées pour extraire le précieux métal. Contrairement aux méthodes artisanales traditionnelles, les opérations menées par l’IMC font appel à des procédés chimiques complexes qui permettent d’accroître considérablement les rendements. Ces techniques modernes exigent toutefois l’emploi de substances hautement dangereuses pour parvenir à séparer l’or du minerai brut.

 

Le processus débute par l’arrosage de la terre ou de la roche concassée avec une solution de cyanure, un poison foudroyant capable de dissoudre l’or et de le transformer en liquide. Cette méthode appelée lixiviation représente le standard dans les grandes exploitations minières à travers le monde. Une fois l’or dissous dans cette mixture toxique, les mineurs ajoutent de la poussière de zinc selon le procédé Merrill-Crowe, permettant au métal précieux de redevenir solide et de précipiter au fond des récipients.

 

Parallèlement, certaines opérations de l’IMC font également usage de mercure pour former un amalgame grisâtre avec l’or. Les ouvriers chauffent ensuite cette pâte au chalumeau, provoquant l’évaporation du mercure qui retombe inexorablement dans l’environnement proche. Ces vapeurs toxiques contaminent l’air respiré par les travailleurs avant de se déposer sur les sols et dans les cours d’eau avoisinants.

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Sur le chantier minier chinois à Rondi, dans la Nana-Mambéré, avec des machines prêtes à l’emploi

 

C’est précisément l’utilisation combinée de ces produits chimiques qui a provoqué la catastrophe survenue début janvier à Gobolo. Des milliers de poissons ont péri dans la rivière Mambéré suite au déversement massif de ces substances dans les eaux. Les résidus toxiques chargés de métaux lourds et de restes de cyanure se sont écoulés directement depuis les installations minières vers le fleuve qui irrigue toute la région.

 

Cette hécatombe aquatique montre l’ampleur démesurée des opérations menées par IMC sur place. Alors que l’entreprise ne déclare officiellement que 98 grammes d’or extraits chaque jour, les informations crédibles obtenues par la rédaction du CNC indiquent une production réelle atteignant 10 lingots de 10 kilogrammes quotidiennement, rien qu’à Gobolo. Un tel écart entre les chiffres annoncés et la réalité mesurée explique pourquoi les quantités de produits chimiques employés dépassent toute norme raisonnable.

 

La rivière Mambéré constitue pourtant l’artère vitale de nombreuses communautés établies sur ses berges. Des villages entiers dépendent de ce cours d’eau pour leur approvisionnement quotidien en eau potable, la pêche qui nourrit les familles, l’hygiène corporelle et l’ensemble des activités domestiques. Le pont de Mambéré relie Bouar à Béloko en enjambant ce fleuve au niveau de Gallo.

 

Malgré la gravité de l’empoisonnement de la rivière Mambéré par l’entreprise IMC, aucun avertissement n’a été diffusé auprès des populations vivant en aval. Les habitants perpétuent leurs habitudes sans savoir qu’ils manipulent désormais une eau contaminée par des poisons violents. Le mercure présente un danger particulièrement insidieux car il s’accumule dans la chair des poissons rescapés, créant une chaîne de contamination qui remonte jusqu’aux consommateurs humains.

 

Face à cette catastrophe, le chef de groupement de Gobolo a tenté d’interpeller les responsables de l’entreprise. Sa démarche a provoqué une réaction menaçante du commandant Lamtagué qui l’a intimidé violemment, le menaçant même d’un passage à tabac s’il persiste. Terrorisé par ces menaces de l’officier, le chef du groupe a préféré abandonner toute réclamation et regagner son village en silence.

 

L’impunité dont bénéficie l’entreprise lui permet également de bafouer les règles élémentaires de remise en état des sites exploités. Le cahier des charges impose pourtant le comblement de toutes les excavations avant l’abandon d’une zone d’extraction. Cette obligation fondamentale demeure systématiquement ignorée, comme en attestent les cratères béants visibles jusque autour de la base de l’IMC de Gobolo.

 

Ces trous gigantesques parsèment désormais une forêt autrefois luxuriante, transformée en paysage désolé. Les arbres abattus par centaines laissent place à des étendues stériles où la végétation peine à reprendre racine. La terre retournée et lessivée par les pluies charrie vers les rivières des sédiments contaminés qui prolongent la pollution bien au-delà des zones directement exploitées.

 

Cette dévastation rappelle étrangement les événements survenus entre 2018 et 2019 à Bozoum, dans l’Ouham-Pendé. À cette époque, une entreprise chinoise avait commis des dégradations environnementales qui avaient soulevé la colère des populations locales. L’ampleur du scandale avait finalement contraint l’Assemblée nationale à lancer une enquête parlementaire approfondie sur les agissements de la société.

 

Les conclusions de cette investigation avaient révélé des manquements graves et conduit à la fermeture pure et simple de la coopérative chinoise dans cette province. Pendant ce temps, les activités des autres sociétés chinoises continuent la dégradation de l’environnement a repris ailleurs avec une intensité décuplée, comme si les leçons de Bozoum n’avaient jamais existé. Les secteurs de Gomignon à Yaloké, Gobolo, Rondji subissent aujourd’hui des ravages qui éclipsent largement ce qui s’était produit à Bozoum.

 

Les observateurs estiment que les dommages actuels représentent cent fois, peut-être même davantage, l’ampleur des destructions constatées lors du précédent scandale à Bozoum. La contamination atteint des niveaux qui dépassent l’entendement, affectant simultanément les eaux, les sols et l’air que respirent les communautés locales. Le mercure demeurera dans les sédiments pendant des décennies, rendant la terre et les rivières impropres à tout usage pendant des générations.

 

Par Gervais Lenga depuis Bouar

 

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