Félix Moloua salue la « victoire éclatante » du dictateur Touadéra après le coup d’État électoral

Rédigé le 07 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le Premier ministre Félix Moloua a choisi la flatterie plutôt que la lucidité lors du conseil des ministres du 23 janvier dernier, louant un scrutin que la quasi-totalité des Centrafricains rejettent comme un hold-up démocratique.
Au lendemain de la validation par le Conseil constitutionnel du coup d’État électoral de Faustin Archange Touadéra, Félix Moloua a livré un message de félicitations qui a révolté le pays. Le 23 janvier, devant les ministres réunis lors du premier conseil des ministres après la validation du coup d’État électoral, le chef du gouvernement a osé parler de « confiance incontestable » en brandissant les chiffres du scrutin : 77,9% de suffrages et 64,42% de participation.
Ces statistiques présentées comme preuves de légitimité ne trompent personne dans un pays qui a vécu ce hold-up en direct. Moloua affirme pourtant sans rougir que « la tenue périodique des élections depuis le retour à la légalité constitutionnelle en 2016 témoigne de la dynamique de notre modèle de démocratie et d’une vitalité institutionnelle inédite ».
Cette déclaration relève du mensonge d’État assumé. La Centrafrique a d’abord subi un coup d’État constitutionnel lorsque Touadéra a manipulé la loi fondamentale pour s’offrir un troisième mandat. Le scrutin du 28 décembre 2025 n’était que le prolongement logique de cette confiscation du pouvoir.
Le Premier ministre pousse le cynisme plus loin en évoquant des « pages nouvelles de la République » qui « pulvérisent des préjugés ». Les seules pages écrites sont celles d’un basculement définitif vers la dictature. Moloua ajoute que ces pages « pulvérisent des préjugés et des perceptions incitées par le pisme d’une époque révolue aux grandes âmes des obédiences politiques et géopolitiques réputées réfractaires aux idéaux de la démocratie ».
Derrière ce jargon incompréhensible se cache une tentative pathétique de légitimer l’illégitime. Le chef du gouvernement prétend ensuite que « sous le leadership éclairé du président, notre pays a transcendé des limites jadis supposées immuables pour partager au monde une expérience unique en matière de résilience ».
La réalité centrafricaine dément chaque mot de cette assertion. Le pays reste fragmenté, des pans entiers du territoire échappent au contrôle de Bangui qui a vendu cela au groupe Wagner, et la population survit dans des conditions déplorables. L’expérience unique partagée au monde est celle d’un régime qui s’accroche au pouvoir en piétinant toutes les règles démocratiques.
Puis arrive le moment le plus choquant du discours quand Moloua qualifie le bilan de Touadéra d’« inattaquable ». Le Premier ministre énumère : « l’autorité de l’État restaurée, l’administration redéployée, deux embargos levés, l’armée et la police remises sur une pente ascendante, les services sociaux et les infrastructures relevés de manière spectaculaire ». Un véritable voyou ce type.
Chacune de ces prétendues réussites s’écroule au contact de la réalité. L’autorité étatique reste théorique dans des régions entières où Bangui ne contrôle rien du tout, laissant place au groupe Wagner qui fait sa loi. L’administration redéployée fonctionne au ralenti, paralysée par le népotisme et les pénuries chroniques.
Les deux embargos levés n’ont rien changé au quotidien des Centrafricains qui manquent toujours d’eau, d’électricité et de soins de santé. Les infrastructures spectaculaires vantées par le gouvernement demeurent invisibles, si ce n’est que dans son propre rêve.
Le chef du gouvernement mentionne également « les salaires payés à terme échus grâce à des réformes financières courageuses ». Cette affirmation fait sourire amèrement les fonctionnaires qui connaissent la réalité quotidienne de leur travail et les montants dérisoires qui les obligent à chercher d’autres sources de revenus pour nourrir leurs familles.
Moloua ne s’arrête pas là et affirme que « l’éclatante victoire du président plébiscite la stature d’un grand homme d’État, certifie sa grandeur d’âme, approuve sa vision à long terme ». Grand homme d’État, celui qui manipule la Constitution pour se maintenir indéfiniment au pouvoir ?
La grandeur d’âme supposerait peut-être d’accepter l’alternance démocratique plutôt que de faire valider par des juges acquis un scrutin truqué. Le Premier ministre conclut son message en formulant « des vœux de plein succès pour le septennat qui s’annonce en faveur d’une Centrafrique émergente et prospère sous le magistère du président et par la grâce toute suffisante de Dieu ».
Invoquer Dieu pour bénir un coup d’État électoral constitue le sommet de l’hypocrisie. La Centrafrique n’avance pas vers l’émergence promise depuis des années mais s’enfonce chaque jour davantage dans l’autoritarisme et le clientélisme d’État.
Ce premier conseil des ministres après la validation du hold-up électoral par le Conseil constitutionnel le 19 janvier dernier révèle la vraie nature du régime. Pendant que Moloua et ses ministres se congratulent, les Centrafricains continuent de survivre dans la misère et l’incertitude.
Les jeunes dont le Premier ministre vante le « génie créateur » et « la capacité à opérer des ruptures novatrices » ne trouvent pas d’emplois et beaucoup choisissent l’exil. Le discours officiel parle d’« intelligence collective » alors que le régime étouffe toute initiative ne venant pas de lui.
Les « trajectoires d’émergence et de progrès durables » promises restent des formules creuses répétées depuis des années sans jamais se concrétiser. Le fossé entre les mots prononcés au sommet et l’expérience vécue par les gens ordinaires n’a jamais été aussi profond et continue de se creuser
Par Gisèle MOLOMA
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