Carnets de vaccination bidons, taxes imaginaires sur les bagages : l’aéroport international de Bangui M’Poko devenu guichet d’arnaque à ciel ouvert

Rédigé le 10 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Franchir les portes de l’aéroport international de Bangui M’Poko coûte désormais bien plus cher que prévu. Les voyageurs subissent un racket organisé sous couvert de réglementations fantaisistes.
Dès l’arrivée des voyageurs dans le hall de départ, les passagers font face à une première embuscade. Les agents réclament un carnet de vaccination, document qu’aucun autre pays au monde n’exige à l’entrée de son territoire. Cette particularité centrafricaine cache en réalité un stratagème bien connue.
Tout passager dépourvu de ce fameux carnet doit débourser entre 12 000 et 15 000 francs CFA sur-le-champ. L’absurdité de la manœuvre saute aux yeux quand on constate que les mêmes agents délivrent immédiatement de fausses cartes de vaccination contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Le voyageur paie donc pour obtenir à la hâte un document bidon censé attester d’une protection sanitaire inexistante. La logique sanitaire cède entièrement la place au profit rapide sans que personne n’y trouve à redire.
Les agents phytosanitaires ont poussé l’arnaque encore plus loin avec une technique qui défie toute logique administrative. Leur méthode consiste à taxer des produits qu’ils ne prennent même pas la peine d’examiner.
Un agent posté à l’entrée repère deux valises d’un passager et crie à son collègue posté à distance devant le comptoir le nombre de bagages suspects : deux valises divers! . Son collègue posté au comptoir rédige alors un papier officiel réclamant 20 000, 30 000 ou 40 000 francs selon son humeur du moment.
Les viandes boucanées, poissons séchés, feuilles de manioc et autres denrées qui sont dans le viseur de ces malfaiteurs. D’ailleurs sans même ouvrir les valises en questions, sans même savoir si la valise contient des viandes ou poisson, ils taxent indistinctement toutes les valises. Les agents justifient ces prélèvements en brandissant un document qu’ils prétendent reconnu mondialement dans tous les aéroports : les documents que nous délivrons sont reconnus partout dans le monde, même en Russie, aux États-Unis, au Canada, En France ou ailleurs, ce document va vous permettre de passer aisément avec tous vos colis.
Écoutez bien ce qu’ils racontent : ce officiel délivré ici à l’aéroport de Bangui garantirait le passage sans encombre de la viande de brousse grillée en Russie, en France ou au Canada. Eh! Mes frères, arrêtez un peu vos bêtises. Malgré tout, les voyageurs naïfs tombent dans le panneau et paient rubis sur l’ongle pour obtenir cette soi-disant sécurisation de leurs bagages.
Mais ces naïfs connaitrons bientôt la réalité dès qu’ils arrivent à la destination sur le sol européen ou américain. En France, ces produits sont purement et simplement incinérés dès leur découverte par les services douaniers.
Au Canada, les autorités infligent des amendes salées de plusieurs milliers de dollars à quiconque tente d’introduire ces marchandises. Le précieux document centrafricain délivré à Bangui n’a strictement aucune valeur légale nulle part ailleurs dans le monde.
Même les vols avec escale technique ajoutent une couche supplémentaire de tracas pour les malheureux voyageurs. Quand Air France fait étape au Cameroun avant de poursuivre vers l’Europe, parfois, les agents camerounais procèdent à un nouveau contrôle minutieux.
Ils ouvrent chaque valise et confisquent tout produit agricole ou viande trouvés à l’intérieur. Les passagers se retrouvent ainsi dépouillés de leurs marchandises après avoir déjà payé leurs taxes fantaisistes à Bangui pour des papiers inutiles.
À cela s’ajoute le ballet incessant des bambés , appelés également des porteurs qui se jettent sur les bagages des partants. Ces individus s’emparent des chariots et des valises sans demander l’avis des voyageurs puis réclament des sommes astronomiques pour un service non sollicité.
Le voyageur pressé de ne pas rater son vol se retrouve coincé entre le refus de payer et la menace de voir ses bagages retenus. Ces porteurs improvisés inventent des tarifs au gré de leur fantaisie sans aucun barème officiel affiché quelque part.
L’anarchie règne en maître absolu dans cet aéroport où chaque service applique ses propres règles. Le ministère de la Sécurité publique, celui de l’Élevage et celui du Tourisme se partagent ce terrain de chasse lucratif sans coordination aucune.
Ce qui a débuté comme de petites entorses aux règlements s’est amplifié au fil du temps. Devant l’absence totale de sanctions, les pratiques malhonnêtes se sont multipliées et banalisées jusqu’à devenir la norme quotidienne.
La chaîne de commandement semble avoir complètement disparu des radars des autorités compétentes. Le président de la République n’exerce aucune surveillance sur ces pratiques qui ternissent pourtant l’image du pays.
Les ministres concernés ferment les yeux sur ces dérives quand ils ne profitent pas eux-mêmes du système. Le directeur général de l’aviation civile trouve manifestement son compte dans cette pagaille généralisée qui enrichit tout le monde sauf les caisses de l’État.
L’opposant Anicet-Georges Dologuelé avait formulé dans l’une de ses déclarations une observation claire sur cet état de fait généralisé. Selon lui, le pays navigue sans capitaine à la barre pendant que chacun tire la couverture de son côté. Ceci dit, le pays n’est plus gouverné, tout est livré à l’anarchie totale.
Par Gisèle MOLOMA
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