Wagner en Centrafrique : comment le pays est devenu le laboratoire du financement du terrorisme en Afrique

0
6

oupe Wagner ne constitue pas un simple prestataire de sécurité mais une organisation terroriste reconnue internationalement. Son implantation en Centrafrique a créé le modèle qui se reproduit désormais dans trois autres pays de la région sahélienne.

 

Ce statut d’organisation terroriste n’est pas une opinion mais un fait juridique établi par l’Union européenne et les États-Unis. Pourtant, le gouvernement centrafricain maintient sa collaboration avec cette milice russe, en toute connaissance de cause. Cette relation dépasse la simple imprudence diplomatique : elle transforme l’État lui-même en financeur direct du terrorisme. Chaque contrat signé, chaque concession accordée, chaque autorisation d’exploitation délivrée à Wagner alimente des circuits que les capitales occidentales combattent partout ailleurs dans le monde.

 

Wagner en Centrafrique : comment le pays est devenu le laboratoire du financement du terrorisme en Afrique
Pick-up militaire avec des mercenaires du groupe Wagner stationné devant l’ex mini-prix à Bangui. CopyrightCNC

Les dirigeants actuels savent parfaitement ce qu’ils font. Ils comprennent que le financement du terrorisme et de la criminalité bloque le développement du pays, asphyxie l’économie, détruit toute perspective d’avenir pour les populations. Mais leur calcul politique les pousse à accepter ce prix. Garder le pouvoir justifie à leurs yeux tous les compromis, y compris celui de livrer les ressources nationales à une milice étrangère classée terroriste par les États puissants du monde.

 

La mécanique mise en place en Centrafrique fonctionne avec une efficacité redoutable. Wagner contrôle l’exploitation des diamants, de l’or, du bois et d’autres richesses naturelles à travers des accords passés directement avec les plus hautes autorités. Les quantités extraites échappent à tout contrôle douanier sérieux, les revenus générés ne transitent jamais par les caisses publiques. On parle de centaines de milliards de francs CFA chaque année qui quittent le territoire sans laisser la moindre trace comptable dans les budgets officiels.

 

Cet argent ne disparaît pas dans la nature. Il finance les opérations de la milice russe sur place, rémunère ses mercenaires, achète des armes, entretient des réseaux logistiques qui s’étendent désormais bien au-delà des frontières centrafricaines. Une partie alimente aussi les comptes personnels du dictateur Faustin-Archange Touadera et de son clan  qui facilitent ce système, créant une chaîne d’intérêts qui rend toute remise en cause extrêmement difficile.

 

Le discours officiel préfère pointer des petits groupes armés, souvent désorganisés et dépourvus de moyens comparables à ceux de la milice russes Wagner. Cette stratégie de diversion permet de détourner l’attention du vrai problème. Les soi-disant autorités parlent de rébellions, de bandes criminelles, de menaces sécuritaires diverses, alors que la principale organisation terroriste opère librement, avec leur autorisation explicite, sous couvert de partenariat stratégique.

 

La Centrafrique a servi de terrain d’expérimentation pour ce modèle. C’est ici que Wagner a testé et perfectionné son système d’extraction des richesses couplé à une présence militaire qui intimide toute contestation. Une fois le dispositif calculé, il a été exporté au Mali, où les mêmes mécanismes se sont mis en place après le coup d’État. Puis au Burkina Faso, où les nouvelles autorités militaires ont reproduit le schéma centrafricain. Enfin au Niger, où la présence de Wagner commence à se structurer selon les mêmes lignes.

 

Dans chacun de ces pays, le même scénario se répète : un pouvoir fragile accepte l’implantation de la milice russe en échange d’un soutien militaire, puis laisse cette organisation ponctionner les ressources nationales sans aucune transparence ni aucun contrôle. Les populations assistent impuissantes à ce pillage organisé, pendant que leurs dirigeants justifient ces choix par des arguments de souveraineté et de lutte contre l’impérialisme occidental.

 

Les conséquences économiques de ce système dépassent largement la simple perte de revenus pour l’État. Quand les flux financiers illicites dominent les flux légaux, toute l’économie bascule dans une logique parallèle. Les entreprises légales ne peuvent pas concurrencer des structures qui ne paient ni taxes ni impôts. Les investisseurs étrangers fuient un environnement où les règles du jeu sont faussées par la présence d’acteurs échappant à toute régulation. Les partenaires financiers internationaux durcissent leurs conditions d’engagement, craignant d’être associés à des circuits de blanchiment.

 

Le Groupe d’action financière internationale surveille de près ces évolutions. Ses évaluations pénalisent les États où le financement du terrorisme prospère sans réaction des autorités. Une mauvaise notation limite l’accès aux marchés financiers internationaux, complique l’obtention de prêts, décourage les investissements productifs. La Centrafrique se trouve ainsi progressivement coupée des circuits économiques mondiaux, non pas à cause de sanctions formelles, mais par l’effet mécanique de la méfiance généralisée.

 

Cette marginalisation renforce la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. Incapable de mobiliser des ressources internes suffisantes puisque Wagner capte l’essentiel des richesses nationales, l’État centrafricain reste tributaire des bailleurs internationaux pour financer ses dépenses courantes. Mais ces mêmes bailleurs conditionnent leur aide à des réformes dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le gouvernement se retrouve pris dans une contradiction qu’il ne peut pas résoudre sans remettre en cause sa relation avec Wagner.

Rejoignez notre communauté

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 

 

 

Par Gisèle MOLOMA…