Ce n’est pas ma volonté, c’est celle du peuple : la leçon juridique de Professeure Danielle Darlan à son successeur Jean-Pierre Waboué

Rédigé le 19 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
L’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle explique comment elle a toujours placé la volonté populaire au-dessus de tout, même de ses propres convictions
Danielle Darlan a une conception simple de son rôle de juge : respecter la volonté du peuple centrafricain, pas la sienne, pas celle du président, pas celle de qui que ce soit d’autre. Cette ancienne présidente de la Cour constitutionnelle le dit sans détour : à chaque décision rendue par son institution, la question était toujours la même. Quelle est la portée de cette décision pour le peuple ? Est-ce que nous respectons ce qu’il veut vraiment ?
« C’est sa volonté que nous devions respecter », insiste-t-elle. Pas celle d’un homme seul qui décide pour tout un pays. Pas celle d’un pouvoir qui confond ses désirs avec l’intérêt national. La volonté du peuple, point final.
Cette position peut sembler évidente. Après tout, dans une démocratie, les institutions sont censées servir les citoyens, pas un individu. Mais en Centrafrique, comme Darlan le sait bien, cette évidence s’est transformée en exception. Le régime actuel fonctionne selon un principe inverse : la volonté d’une seule personne tient lieu de volonté populaire. Ce que veut le président devient automatiquement ce que veut le pays, comme si les deux étaient interchangeables.
Professeure Danielle Darlan refuse cette confusion. Elle explique qu’elle a essayé de maintenir une ligne claire pendant son mandat : même quand une disposition constitutionnelle ne lui plaisait pas personnellement, elle devait l’appliquer. Parce que son travail n’était pas d’imposer ses préférences, mais de faire respecter ce que le peuple avait décidé à travers la Constitution.
« Ce n’est pas ma volonté que je dois appliquer, ni la volonté de quelqu’un d’autre, c’est la volonté du peuple », répète-t-elle. Cette phrase résume toute la différence entre un État de droit et un régime personnel. Dans le premier, les règles s’imposent à tous, y compris aux juges qui doivent parfois appliquer des textes qui ne correspondent pas à leurs opinions. Dans le second, les règles se plient aux caprices d’un seul.
Le contraste avec la situation actuelle est frappant. Aujourd’hui en Centrafrique, le peuple est devenu une abstraction. Sa volonté se résume à celle du président. Quand Touadéra veut vendre la nationalité en ligne, c’est présenté comme la volonté du peuple. Quand il modifie la Constitution pour supprimer la limitation des mandats, c’est encore la volonté du peuple. Quand il cède des terres pour un siècle à des investisseurs étrangers via la cryptomonnaie, c’est toujours la volonté du peuple.
Mais qui a vraiment demandé tout cela ? Qui a réclamé qu’on vende le pays sur internet ? Qui a supplié qu’on abandonne les terres de Bossangoa pour cent ans ? Personne. C’est la volonté d’un homme qui s’est substituée à celle de millions de Centrafricains.
Danielle Darlan a tenté de résister à cette dérive pendant son mandat. Elle a annulé la vente de la nationalité. Elle a rappelé que certaines décisions doivent passer par le Parlement, pas par les envies présidentielles. Elle a essayé de maintenir cette distinction entre la volonté légitime du peuple et les projets personnels du pouvoir.
Cette résistance lui a coûté cher. Des pressions, des menaces à peine voilées, des tentatives pour la faire « rentrer dans le rang ». Parce qu’un juge qui rappelle que le président n’est pas le peuple devient vite un problème pour ceux qui confondent les deux.
Son message reste d’une actualité brûlante. Tant que la Centrafrique n’aura pas compris que la volonté d’un seul homme n’est pas la volonté d’une nation, le pays continuera à tourner en rond. Les institutions ne retrouveront leur sens que le jour où elles cesseront de servir un individu pour redevenir ce qu’elles doivent être : des outils au service du peuple.
En attendant, les mots de Danielle Darlan résonnent comme un reproche et un espoir. Un reproche à ceux qui ont transformé la République en monarchie déguisée. Un espoir que d’autres, un jour, reprendront le flambeau et rappelleront cette vérité simple : dans une démocratie, personne ne peut prétendre incarner à lui seul la volonté de tout un peuple.
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