L’ancien député Mara affirme que “Le système scolaire hérité de la colonisation nous a fait perdre toutes les normes”

Rédigé le 03 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-CentrafriqueCorbeaunews-Centrafrique (CNCCNC).
Dans une critique radicale du système éducatif africain, l’ancien député de Mala Jean-Pierre Mara a lancé une accusation explosive lors de l’émission “Baron de Tibico” ce vendredi 17 octobre 2025. Selon lui, le système scolaire et universitaire hérité de la colonisation a détruit les normes africaines et produit des élites déconnectées des réalités de leur pays, incapables de comprendre les implications de leurs propres décisions.
Ces propos de Mara interviennent dans le cadre d’une réflexion plus large sur la problématique de la double nationalité et les aberrations juridiques qu’elle a engendrées en Centrafrique. Mais au-delà de cette question spécifique, l’ancien député pointe un problème beaucoup plus profond : le système éducatif africain forme des gens qui pensent comme des Occidentaux mais qui gouvernent des Africains.
“La question de la binationalité ou de la double nationalité renvoie à l’école”, commence Mara en établissant un lien direct entre les problèmes juridiques actuels et le système éducatif. “Je me félicite de ce que M. Foumou Ntoto a dit dans sa conférence. Le sujet c’est le système scolaire en Afrique doit changer. Moi j’ajoute que c’est le système scolaire et universitaire en Afrique qui doit changer.”
Jean-Pierre Mara fait référence ici à Foumou Ntoto, intellectuel africain qui a récemment donné une conférence critiquant le système scolaire africain hérité de la colonisation. Mara reprend et amplifie cette critique en insistant sur le fait que ce n’est pas seulement le système scolaire primaire et secondaire qui doit changer, mais aussi et surtout le système universitaire.
Pourquoi cette critique du système universitaire ? Parce que c’est l’université qui forme les juristes, les économistes, les administrateurs qui vont ensuite gouverner le pays. Et selon Mara, ces gens formés à l’université ne comprennent même pas les implications de ce qu’ils font.
“On se demande si ceux qui ont étudié le droit, qui font le droit, donc qui ont été auteurs de certaines de nos constitutions, ou bien ceux qui sont actifs, qui sont professeurs de droit à l’université de Bangui, se rendent compte parfois des implications de ce que nous faisons”, lance l’ancien député.
Cette interrogation est dévastatrice. Mara, qui a été député et qui a travaillé avec des juristes pendant des années, met en doute la compétence même de ceux qui rédigent les constitutions et enseignent le droit à l’université. Il ne dit pas qu’ils manquent de diplômes ou de connaissances théoriques. Il dit qu’ils ne comprennent pas les implications concrètes de ce qu’ils écrivent, qu’ils ne voient pas les contradictions et les absurdités qu’ils créent.
Le cas de la double nationalité en est l’exemple parfait. Des juristes ont rédigé une Constitution en 2023 qui interdit la double nationalité pour certaines fonctions. D’autres juristes ont déterré une vieille loi de 1961 pour l’appliquer à cette nouvelle Constitution. D’autres juristes encore ont déclaré que Dologuélé, qui a renoncé à la nationalité française, est quand même apatride. Tout cela crée un imbroglio juridique incompréhensible où plus personne ne sait quelle règle s’applique.
Et ces juristes, formés dans les meilleures universités, ne voient pas le problème. Ils continuent à produire des textes de loi contradictoires, à appliquer des règles incompatibles entre elles, à créer une insécurité juridique généralisée. Pourquoi ? Parce que leur formation les a déconnectés des réalités du pays.
C’est là que Mara fait référence à l’analyse de Foumou Ntoto : “Selon ce que nous dit Foumou Ntoto, le système scolaire que nous avons hérité de la colonisation nous a fait perdre toutes les normes.”
Cette phrase est capitale. Le système scolaire hérité de la colonisation a fait perdre aux Africains leurs propres normes. Les normes africaines de gouvernance, de résolution des conflits, d’organisation sociale ont été remplacées par des normes importées d’Europe. Mais ces normes européennes ne fonctionnent pas dans le contexte africain. Le résultat est un vide normatif où plus rien ne fonctionne correctement.
Les élites africaines formées dans ce système copient aveuglément les modèles occidentaux sans se demander s’ils sont adaptés au contexte africain. Elles rédigent des constitutions calquées sur les constitutions européennes. Elles votent des lois copiées sur les lois européennes. Elles créent des institutions imitées des institutions européennes. Mais tout cela reste en surface, sans jamais s’enraciner dans les réalités africaines.
“On fait tout pour avoir de grands diplômes, généralement les diplômes de droits ou d’économies, copiés sur le modèle occidental, juste pour être dirigeant, dirigeant pour faire quoi”, dénonce Mara.
Cette critique va au cœur du problème. Les jeunes Africains poursuivent des diplômes en droit ou en économie non pas parce qu’ils veulent vraiment comprendre ces disciplines et les appliquer pour améliorer leur pays, mais simplement parce que ces diplômes sont le passeport pour devenir dirigeant.
Et une fois qu’ils deviennent dirigeants avec leurs beaux diplômes, que font-ils ? Rien de concret. Ils reproduisent les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs. Ils rédigent des lois inapplicables. Ils créent des institutions dysfonctionnelles. Ils gèrent le pays comme s’ils géraient un pays européen, sans tenir compte des réalités culturelles, sociales, économiques centrafricaines.
Le système scolaire et universitaire hérité de la colonisation a créé une classe de dirigeants africains qui parlent français mieux que les Français, qui connaissent le droit romain mieux que les Romains, qui citent Montesquieu et Rousseau à tout bout de champ, mais qui sont incapables de comprendre leur propre société et de la gouverner efficacement.
Ces dirigeants ont perdu leurs normes africaines sans pour autant avoir vraiment intégré les normes occidentales qu’on leur a enseignées. Ils sont entre deux mondes, n’appartenant vraiment ni à l’un ni à l’autre. Ils sont devenus ce que Foumou Ntoto et Mara appellent des gens sans normes.
Et c’est cette perte de normes qui explique le chaos actuel en Centrafrique. Des lois sont votées mais pas appliquées. Des constitutions sont adoptées mais violées régulièrement. Des institutions sont créées mais ne fonctionnent pas. Des élections sont organisées mais truquées. Rien ne tient parce qu’il n’y a plus de normes partagées, plus de règles du jeu acceptées par tous.
Les anciennes normes africaines ont été détruites par la colonisation et par le système scolaire colonial qui les a présentées comme arriérées et primitives. Les nouvelles normes occidentales importées ne sont pas vraiment comprises ni intégrées, elles restent superficielles. Le résultat est un vide normatif où règne l’arbitraire.
La critique de Mara rejoint celle de nombreux intellectuels africains qui, depuis les indépendances, dénoncent l’inadéquation du système éducatif hérité de la colonisation. Ce système forme des “évolués”, des gens qui ont évolué vers le modèle occidental, mais qui ont perdu leur propre identité dans le processus.
Ces “évolués” méprisent souvent leur propre culture qu’ils considèrent comme arriérée. Ils préfèrent parler français plutôt que sango. Ils préfèrent le droit écrit européen au droit coutumier africain. Ils préfèrent les institutions importées d’Europe aux modes d’organisation traditionnels. Mais en méprisant leur propre culture, ils se coupent de leur peuple et deviennent incapables de le gouverner efficacement.
La solution que propose implicitement Mara, en reprenant l’analyse de Foumou Ntoto, est une réforme profonde du système scolaire et universitaire africain. Il ne s’agit pas de rejeter tout ce qui vient de l’Occident. Il ne s’agit pas de revenir à un passé précolonial idéalisé. Il s’agit de créer un système éducatif qui forme des Africains enracinés dans leur culture tout en étant ouverts au monde.
Ce nouveau système éducatif devrait enseigner le droit en partant des réalités juridiques africaines plutôt qu’en copiant le droit européen. Il devrait enseigner l’économie en partant des réalités économiques africaines plutôt qu’en appliquant aveuglément les théories néolibérales. Il devrait enseigner l’histoire en valorisant les contributions africaines plutôt qu’en présentant l’Afrique uniquement comme victime de l’histoire.
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