Après les avocats, vient le tour des huissiers de justice de crier leur ras-le-bol

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Après les avocats, les huissiers centrafricains expriment leur exaspération face aux interférences dans l’exécution des décisions judiciaires. Pressions de magistrats et abus d’autorité, comme dans l’affaire ASECNA, menacent l’indépendance de la justice.
En Centrafrique, les huissiers de justice ne peuvent plus taire leur indignation. Réunis à Bangui le 17 avril 2025, à l’occasion de la visite du président de l’Union internationale des huissiers de justice, ils ont dénoncé les pressions qui paralysent leur mission. Brice Martial Baidou, président de la Chambre nationale des huissiers, a été sans détour : « On prend les huissiers à partie, et même nos collaborateurs, souvent des magistrats, nous bloquent, s’immiscent dans l’exécution des décisions de justice ». Il a pointé du doigt l’usage abusif de « messages portés », simples correspondances administratives sans valeur juridique, envoyées pour exiger l’arrêt de l’exécution d’un jugement. « Moi, je trouve ça anormal », a-t-il asséné, exprimant la frustration de ses pairs face à ces pratiques.
Le président de l’Union internationale des huissiers de justice a renforcé ces accusations. « Ce que dénoncent les huissiers est très réel. Les preuves sont claires », a-t-il affirmé, exhortant les autorités centrafricaines à garantir l’exécution des jugements, y compris par le recours à la force publique si nécessaire. Il a souligné un enjeu majeur : « L’économie et le droit sont étroitement liés. Si la Centrafrique veut attirer des investisseurs, il faut garantir que les jugements soient exécutés ». Ces interférences, souvent orchestrées par des magistrats ou des acteurs du ministère de la Justice, fragilisent la confiance dans les institutions et compromettent l’État de droit.
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large. Quelques jours avant ces déclarations, les avocats centrafricains avaient eux aussi dénoncé des entraves à l’exercice de leur profession, révélant un système judiciaire sous tension. Les huissiers pointent particulièrement le procureur de la République, Benoît Narcisse Fokpio, comme une source majeure de ces blocages. Ces pratiques, loin d’être généralisées à tous les magistrats, émanent d’individus précis qui cherchent à verrouiller les décisions contrariant des intérêts puissants.
Un cas emblématique explique ces dérives : l’affaire de la Cité ASECNA (Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar) à Bangui, relayée par des médias comme Corbeau News. Dans ce dossier, la Cour d’appel a donné raison à une plaignante, l’ancienne ministre et ancienne député, défendant ses droits sur une maison. Pourtant, l’exécution du jugement a été bloquée par une intervention du procureur de la République, Benoît Narcisse Fopio. Selon des témoignages, ce magistrat aurait ordonné à un huissier, Lucien, de ne pas appliquer la décision, menaçant même de déployer des militaires pour expulser la plaignante. « Tu exécutes, et je vais envoyer les militaires pour la chasser », avait -il déclaré. Cette attitude, venant d’un représentant de l’autorité judiciaire, est une atteinte directe à la justice.
Devant cette crise, il est urgent que les autorités centrafricaines passent des paroles aux actes. Les huissiers, comme les avocats, ne demandent qu’à travailler dans des conditions garantissant leur indépendance et leur sécurité. Les interférences, qu’elles viennent de magistrats ou d’autres acteurs, doivent cesser. Le procureur de la République, en particulier, doit être rappelé à ses devoirs : protéger la loi, non la contourner….
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![À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Une dispute d’adultère dans un village à 45 kilomètres de Ndélé a ouvert une brèche entre la justice de l’État et l’autorité coutumière musulmane, et personne ne sait encore comment elle se refermera. En effet, tout est parti d’un jeune commerçant, propriétaire d’une boutique à 45 kilomètres de Ndélé, . L’homme avait dragué et noué des relations avec deux femmes mariées du village. Les deux maris, profondément blessés par le comportement de ce jeune garçon, ont porté l’affaire devant le sultan-maire Senoussi Ibrahim Kamoune, chef coutumier de la localité. Immédiatement, de son côté, le sultan a convoqué les parties en conflit, prononcé un jugement, exigé une amende et un serment sur le Coran pour le jeune boutiqué. Ce dernier a accepté le jugement et paye l’amende, puis est reparti dans son village. Mais les deux époux trempés n’ont pas digéré la sentence du sultan. Ils ont rattrapé le garçon dans sa boutique et l’ont agressé. Blessé, ce dernier a déposé plainte au tribunal. Invité à la radio locale nommée Ndélé pas loin, le Président du tribunal, interrogé sur l’affaire, a pris la parole pour dire, sans ambages, que le sultan n’avait pas qualité pour trancher une telle affaire, que ce rôle revenait exclusivement à la justice de l’État, et que la démarche du chef coutumier ne cadrait pas avec la loi centrafricaine. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Une partie de la communauté musulmane de Ndélé, ainsi que le Comité islamique de Bamingui-Bangoran, ont pris la défense du sultan, estimant que les propos du président du tribunal et du procureur constituaient une insulte envers leur chef et leur religion. Le sultanat du Dar el-Kouti, rappellent-ils, existait bien avant l’indépendance de la RCA, à une époque où ces magistrats n’étaient pas encore nés. Le président du tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ajouté publiquement que les mariages célébrés dans les quartiers — à la mosquée ou selon les rites coutumiers avec remise de dot aux parents — ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale, et que seul le passage à la mairie confère une validité juridique à une union. Des mots qui ont eu des effets immédiats : une femme a été convoquée au tribunal, son mari informé que leur mariage coutumier n’avait aucune valeur, ce qui a abouti à une séparation. Pour beaucoup d’habitants de Ndélé, cette succession de déclarations touche à quelque chose de plus profond que les règles de procédure. Ce que le président du tribunal présente comme une application normale du droit, la communauté musulmane le ressent comme un effacement délibéré de ses usages, de son organisation sociale, et de l’autorité de celui qui les incarne depuis des générations. Par Barthelemy Kossi Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Ibrahim-Kamoun-Senoussi-sultan-maire-de-Ndele--218x150.jpg)
