Grève des avocats centrafricains : 8 jours dès le 2 avril pour crier leur colère

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Dès le 2 avril 2025, les avocats centrafricains lancent une grève de huit jours, poussés à bout par un régime qui les ignore. Leur colère, longtemps contenue, éclate face à des entraves intolérables à leur métier.
Le vernis de la démocratie et de l’État de droit tant vanté par les autorités centrafricaines s’écaille un peu plus chaque jour sur le terrain. Le communiqué de presse publié le 1er avril 2025 par le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, Me Jean-Louis Opalegna, est un uppercut porté au régime en place et à une justice qui semble avoir oublié ses propres principes. Ce texte, fruit d’une Assemblée Générale Extraordinaire tenue ce même jour, dénonce avec une clarté cinglante les entraves répétées au libre exercice de la profession d’avocat, notamment par l’Office Chargé de la Répression du Banditisme (OCRB) et les entités de police judiciaire. Mais au-delà d’un simple constat, c’est un réquisitoire contre un système qui bafoue les droits fondamentaux qu’il prétend défendre.
Le communiqué publié prouve une fois de plus une situation inquiétante : les avocats, pourtant “régulièrement constitués”, se voient interdire l’accès à leurs clients détenus préventivement dans les locaux de l’OCRB. Informé par “diverses sources, notamment les points de presse”, le Bâtonnier a tenté une démarche diplomatique dès le 26 mars 2025, en sollicitant une rencontre avec le Ministre d’État chargé de la Justice, de la Promotion des Droits Humains et de la Bonne Gouvernance. Le lendemain, 27 mars, des demandes similaires ont été adressées au Ministre de la Défense Nationale et au Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique. Résultat ? Un silence assourdissant, comme le souligne le communiqué : “Convaincu que ces demandes n’allaient produire aucun effet”, l’Ordre des Avocats a décidé de hausser le ton. Et comment leur donner tort ? Quand les plus hautes autorités du pays ignorent des requêtes aussi légitimes, c’est la preuve d’un mépris pour le dialogue et la loi.
Car la loi, parlons-en. Le communiqué cite les articles 48 et 49 du Code de Procédure Pénale, qui garantissent des droits aussi élémentaires qu’incontestables : un officier de police judiciaire doit informer le Procureur de la République d’une garde à vue, prévenir la famille du détenu, et surtout, permettre à ce dernier de choisir un avocat. “La présence d’un Avocat auprès de la personne gardée à vue détenue est de droit si cette dernière la réclame”, martèle le texte officiel. Pourtant, ces dispositions, gravées dans le marbre de la 7ème République qui “proclame le respect des Droits de la personne humaine”, sont foulées aux pieds sans vergogne. Le communiqué parle de “violations des dispositions ci-dessus reproduites, caractéristiques des dérives qui deviennent de plus en plus récurrentes”. Une phrase qui résonne comme une accusation : le régime et sa justice ne se contentent pas d’échouer, ils s’enfoncent dans une spirale autoritaire.
Devant cette dérive, les avocats ne restent pas les bras croisés. Le 1er avril 2025, ils ont décidé, selon le communiqué, de suspendre leur participation aux audiences pendant huit jours à compter du 2 avril – une grève qui n’est qu’un “avertissement”. Ils organiseront aussi des sit-in quotidiens, de 9h à 10h, en robe devant la Cour d’Appel, et prévoient une conférence de presse. Ces actions, loin d’être anodines, sont un cri de colère et un appel à la mobilisation. “Les Avocats au Barreau de la République Centrafricaine s’inquiètent de la propension que prennent ces dérives”, note le communiqué, ajoutant qu’elles “n’encouragent pas le soutien à la promotion des Droits Humains et aux droits à la défense”. Difficile de ne pas y voir une critique acerbe d’un gouvernement qui se drape dans les beaux discours sur la “Bonne Gouvernance” tout en laissant ses institutions piétiner les libertés.
Mais le texte va plus loin : il interpelle directement “les autorités politiques et judiciaires en charge de la Promotion des Droits Humains” pour que cessent ces entraves, et prend à témoin l’opinion nationale et internationale. “Les Avocats au Barreau de la République Centrafricaine prennent à témoin l’opinion internationale en général et nationale, en particulier sur les conséquences qui peuvent découler de l’inobservation des interpellations adressées aux autorités”, lit-on. C’est un avertissement solennel : si rien ne change, le pays risque de s’enliser dans une crise encore plus profonde. Et les avocats, lucides, “se réservent le droit de définir et d’exécuter de nouvelles actions”, laissant planer la menace d’une escalade.
Que dire d’un régime qui, en 2025, ne parvient même pas à respecter les droits les plus basiques inscrits dans sa propre Constitution de la septième république ? Que penser d’une justice qui, selon le communiqué, transforme les garde à vue en zones de non-droit, où l’accès à un avocat devient un privilège au lieu d’un dû ? Le silence des ministres sollicités, l’arrogance des entités comme l’OCRB, et l’inaction face aux “dérives récurrentes” dressent le portrait d’un pouvoir à la dérive, plus prompt à museler qu’à protéger. Les avocats, en sonnant l’alarme, ne défendent pas seulement leur profession : ils se battent pour ce qui reste de l’État de droit en Centrafrique. Reste à savoir si leurs cris seront entendus, ou si, comme le laisse craindre le communiqué, ils ne seront qu’un écho dans le vide d’un système déjà sourd….
CONTACTER CORBEAU NEWS CENTRAFRIQUE
Paoua-ce-jeudi/” data-wpel-link=”internal”>Corbeaunews Centrafrique
Tel/ WhatsApp : +236 75 72 18 21
Email: corbeaunewscentrafrique@gmail.com
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC
Le 1er avril 2025, les avocats centrafricains ont dit stop. Face à un gouvernement qui ignore leurs appels et à une police judiciaire qui bafoue la défense, ils appellent à une grève de 8 jours pour dénoncer cette dérive.



![À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Une dispute d’adultère dans un village à 45 kilomètres de Ndélé a ouvert une brèche entre la justice de l’État et l’autorité coutumière musulmane, et personne ne sait encore comment elle se refermera. En effet, tout est parti d’un jeune commerçant, propriétaire d’une boutique à 45 kilomètres de Ndélé, . L’homme avait dragué et noué des relations avec deux femmes mariées du village. Les deux maris, profondément blessés par le comportement de ce jeune garçon, ont porté l’affaire devant le sultan-maire Senoussi Ibrahim Kamoune, chef coutumier de la localité. Immédiatement, de son côté, le sultan a convoqué les parties en conflit, prononcé un jugement, exigé une amende et un serment sur le Coran pour le jeune boutiqué. Ce dernier a accepté le jugement et paye l’amende, puis est reparti dans son village. Mais les deux époux trempés n’ont pas digéré la sentence du sultan. Ils ont rattrapé le garçon dans sa boutique et l’ont agressé. Blessé, ce dernier a déposé plainte au tribunal. Invité à la radio locale nommée Ndélé pas loin, le Président du tribunal, interrogé sur l’affaire, a pris la parole pour dire, sans ambages, que le sultan n’avait pas qualité pour trancher une telle affaire, que ce rôle revenait exclusivement à la justice de l’État, et que la démarche du chef coutumier ne cadrait pas avec la loi centrafricaine. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Une partie de la communauté musulmane de Ndélé, ainsi que le Comité islamique de Bamingui-Bangoran, ont pris la défense du sultan, estimant que les propos du président du tribunal et du procureur constituaient une insulte envers leur chef et leur religion. Le sultanat du Dar el-Kouti, rappellent-ils, existait bien avant l’indépendance de la RCA, à une époque où ces magistrats n’étaient pas encore nés. Le président du tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ajouté publiquement que les mariages célébrés dans les quartiers — à la mosquée ou selon les rites coutumiers avec remise de dot aux parents — ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale, et que seul le passage à la mairie confère une validité juridique à une union. Des mots qui ont eu des effets immédiats : une femme a été convoquée au tribunal, son mari informé que leur mariage coutumier n’avait aucune valeur, ce qui a abouti à une séparation. Pour beaucoup d’habitants de Ndélé, cette succession de déclarations touche à quelque chose de plus profond que les règles de procédure. Ce que le président du tribunal présente comme une application normale du droit, la communauté musulmane le ressent comme un effacement délibéré de ses usages, de son organisation sociale, et de l’autorité de celui qui les incarne depuis des générations. Par Barthelemy Kossi Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Ibrahim-Kamoun-Senoussi-sultan-maire-de-Ndele--218x150.jpg)
