Centrafrique : Otage des Wagner, le pouvoir de Bangui répond à la détresse populaire en brandissant le spectre d’une déstabilisation de régime.

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La République centrafricaine forte de ses 623 milles kilomètres carrés avec une population qui avoisine 5 millions d’habitants est immensément riche en ressources naturelles, minières et forestières dont la valorisation peut contribuer au bien-être de sa population et au développement socio-économique.

 

Mais c’est le manque de transparence dans sa gestion, le défaut de reddition de comptes et l’absence d’un organisme de contrôle de l’exécution du budget la relègue au rang des États-mendiants.

 

Centrafrique : Otage des Wagner, le pouvoir de Bangui répond à la détresse populaire en brandissant le spectre d'une déstabilisation de régime.
Faustin Archange-Touadera sous la protection des mercenaires du groupeWagner en Russie

 

Déployés en Centrafrique à la fin de l’année 2017, les mercenaires du groupe paramilitaire de Wagner ont pris le contrôle de l’État et ont éjecté le Président de l’assemblée nationale du perchoir en octobre 2018 ouvrant ainsi un boulevard à la suppression de l’article 60 de la constitution du 30 mars 2016 qui imposait au gouvernement l’obligation de recueillir préalablement l’autorisation de l’assemblée nationale avant la signature de tout contrat relatif aux ressources naturelles ainsi que des conventions financières.

 

Ce phénomène associé à la mauvaise hiérarchisation des priorités budgétaires, à la corruption, au détournement de deniers publics, à l’attribution des permis miniers et les marchés publics de gré à gré, le pays s’effondre dans un cycle infernal de pauvreté.

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Asphyxié par la conjoncture initiale, le pouvoir de Bangui assène le peuple agonisant par la hausse unilatérale du prix des hydrocarbures.

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C’est dans ce contexte qu’un consortium de jeunes leaders de la société civile ont appelé pacifiquement la population à observer une journée “ville morte” suivie d’effets le lundi 12 octobre 2026.

 

Il apparaît important de rappeler que la crise des hydrocarbures qui a un effet domino sur la chaîne économique n’est que l’extériorisation d’un ras le bol, un signe révélateur de l’insuffisance ou de l’inefficacité de la politique publique.

 

Il faut souligner que pour une fois dans l’histoire de la République, la société civile, la population, les partis politiques de l’opposition et même le silence des partis affiliés qui équivaut à un message ont chanté le même credo.

 

Lorsqu’un peuple est asphyxié, agonisant et sous perfusion, toutes les formes de protestation démocratique voire sauvage sont autorisées ou tolérées.

 

En réponse à la revendication sociale qui a reçu une adhésion populaire, le pouvoir de Bangui a fait usage des manœuvres dilatoires en accusant contre toutes attentes les initiateurs de la “ville morte” de tentative de déstabilisation du régime.

 

Le peuple se plaint de la cherté de la vie née de la hausse brutale du prix des hydrocarbures, le pouvoir de Bangui parle un autre langage en évoquant une tentative de déstabilisation et d’intelligence avec les partis politiques de l’opposition et le BRDC comme quoi ces derniers sont des groupes terroristes et extrêmement dangereux où coopérer avec eux s’érige en infraction.

 

Par ailleurs, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bangui a tenté maladroitement de rattraper une procédure judiciaire qui a commencé sans ses ordres mais sur instructions fermes de la présidence.

 

L’exercice d’un droit constitutionnel se transforme ainsi de façon mécanique en complot et intelligence contre le régime alimentant de nombreuses controverses.

 

La dictature de Bangui confond ainsi la défense du régime et la défense de l’Etat car un pouvoir légitime soit-il est apte à recevoir des critiques et en répondre par des explications transparentes, des résultats ainsi que des réformes pour répondre aux aspirations du peuple.

 

Le peuple a ainsi le sentiment que leur préoccupation ne constitue pas une priorité pour les autorités et cela fragilise, erode le contrat social qui les lie car il y’a un décalage, un déphasage entre les promesses politiques et le vécu de la population.

 

L’on notera également que le succès de l’opération “ville morte” avec l’adhésion unanime de la population a laissé des traces car le pouvoir de Bangui se dévorait aussi de l’intérieur avec des voix discordantes non seulement en bas des étages mais aussi au sommet de l’État.

 

Ainsi dans la septième République de Touadera co-gerée par les mercenaires du groupe paramilitaire de Wagner, toutes les institutions républicaines et les proches collaborateurs du Président de la République doivent servir sa cause et non celle du peuple au risque de subir la foudre du roi à l’instar du ministre conseiller en matière de réforme juridique et de suivi du processus électoral.

 

Donner son opinion sur une cause d’utilité publique est devenu un délit voire un crime pourtant leur propre constitution imposée aux forceps garantit la liberté d’expression.

 

Choqué et hébété par les événements, le citoyen lambda s’interroge :

 

1- Pourquoi le pouvoir de Bangui tend-il à assimiler les revendications populaires à des tentatives de déstabilisation ?

 

2- Pourquoi toute contestation sociale est-elle systématiquement associée à des groupes armés, la CPC et l’opposition démocratique ?

 

3- Rien ne peut-il se faire dans ce pays sans une connexion mécanique avec l’opposition démocratique ?

 

4- Pourquoi cherchez-vous des groupes armés et criminels ailleurs alors qu’ils sont actifs dans le gouvernement ?

 

En tout état de cause, l’accusation de complot dépourvu de preuves tangibles est constitutif de manœuvres dilatoires destinées à détourner le débat des problèmes de fonds qui justifient le mécontentement de la population.

 

Au lieu de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques, de faire des revendications sociales une priorité budgétaire et de faire la promotion du dialogue politique avec la participation citoyenne, le pouvoir de Bangui s’enferme dans sa bulle coupée du peuple en transformant de manière ridicule la revendication sociale en complot ou intelligence contre l’empire de Touadera visiblement abois.

 

Décidément cette dictature avec corollaire une pensée unique voire un parti unique ne laisse aucune place au doute…ce pouvoir avance dans le brouillard c’est-à-dire en territoire inconnu et susceptible d’être surpris par un évènement quelconque et fatal.

 

Pour finir, il apparaît important de souligner que le Président de la République a raté une occasion de se taire lors de sa rencontre avec les leaders de la société civile.

 

Quand on reconnaît la légitimité d’une revendication citoyenne, on emprisonne pas, on résout le problème.

Face à la hausse des hydrocarbures qui asphyxie la population, la société civile et le BRDC appellent à une mobilisation pacifique à Bangui pour dénoncer la vie chère.

 

Nous sommes unanimes que le chef de l’État ne peut intervenir dans une procédure judiciaire en cours pour libérer les leaders emprisonnés mais ce dernier avait ordonné en 2021 la libération musclée de son actuel ministre de l’urbanisme incarcéré par la Cour Pénale Spéciale.

 

Cette sortie médiatique du Président de la République qui s’évertue à s’insurger contre la théorie du complot ne met pas le peuple en confiance…

 

L’on comprend in fine que c’est le signe de fin de règne.

 

les paisibles habitants de Limassa soutenus par les habitants de Mala, de Yalé, de Borossè et par extension tout le peuple vont prendre leur responsabilité devant l’histoire.

 

Il faut savoir à titre de rappel que la démission qui s’impose désormais n’est pas une faiblesse, un désaveu ni une fuite en avant mais un acte de noblesse, de responsabilité et de maturité politique.

 

Nous vous rappelons avec insistance que l’exil de nos jours est une prison dorée certes mais son essence est la souffrance, le calvaire, entremêlé de regret, de larmes, de remord et de la désolation…

 

Si je savais serait trop tard Monsieur le Président.

 

Mais attention, ne le dites à personne…

 

Si on vous demande, ne dites surtout pas que c’est moi depuis le royaume de Limassa.

 

Limassa le 24 octobre 2026.

 

Bernard SELEMBY DOUDOU.

 

Juriste, Environnementaliste.

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