
À Sido, dans l’Ouham-Fafa, des policiers sillonnent les quartiers pour contrôler l’entretien des concessions au nom de Kwati-Kodro. Les habitants dénoncent un système de racket.
Sido est une ville centrafricaine située à la frontière avec le Tchad. Elle fait face à Moyenne-Sido, de l’autre côté de la frontière. Depuis plusieurs semaines, des policiers parcourent les quartiers dans le cadre de l’opération Kwati-Kodro.
Cette opération lancée par le président Faustin-Archange Touadéra vise officiellement à nettoyer les villes. À Sido, son application prend une autre tournure. Les policiers se chargent désormais du contrôle des concessions et réclament directement de l’argent aux habitants.
5 000 francs CFA pour des herbes devant une maison
Dans plusieurs quartiers, les policiers inspectent désormais les concessions. Une maison entourée de quelques herbes suffit pour convoquer son principal occupant.
La personne est appelée à s’expliquer. Elle est ensuite conduite au poste et maintenue en garde à vue avant de payer 5 000 francs CFA.
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Les habitants dénoncent clairement ces pratiques comme du racket. Ils ne savent pas à quelle caisse publique sont destinées les sommes encaissées. Aucun mécanisme clair de perception n’est présenté aux personnes concernées.
Le problème prend une autre dimension lorsque les habitants quittent Sido pour rejoindre leurs champs. En cette période de pluies, de nombreuses familles restent plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, dans leurs exploitations agricoles.
À leur retour, elles retrouvent naturellement des herbes autour de leurs concessions. Les policiers leur ordonnent alors de payer pour le nettoyage jugé insuffisant.
Des agriculteurs obligés d’abandonner leurs champs
Les habitants vivent principalement de l’agriculture. Leur présence dans les champs constitue donc une nécessité économique.
Pourtant, les contrôles et les policiers les obligent désormais à interrompre leur travail agricole pour revenir nettoyer leurs concessions à Sido.
Certains parcourent plusieurs kilomètres pour éviter une sanction. Une fois sur place, ils débroussaillent les abords de leur maison avant de repartir vers leur champ.
Pour les habitants, cette méthode constitue un nouveau moyen de leur soutirer de l’argent. Ils dénoncent une stratégie de racket qui utilise Kwati-Kodro comme motif.
Des policiers transformés en agents municipaux pour racketter les habitants
À Sido, l’entretien des concessions relève traditionnellement de l’organisation communautaire. Les chefs de quartier et les chefs de village rappellent régulièrement les habitants à leurs obligations.
Chaque matin, des chefs de quartier utilisent leurs sifflets pour appeler les habitants et leur demander de nettoyer les abords des maisons et les espaces communs.
Cette organisation existait avant l’arrivée des policiers dans ces opérations de contrôle. Les habitants ne comprennent donc pas pourquoi les forces de l’ordre se chargent désormais de ces tâches.
Leur présence transforme une opération d’assainissement en activité de taxation illégale. Les policiers deviennent ainsi, de fait, des agents municipaux d’occasion acharnés à soutirer des taxes et à traquer les concessions à sanctionner.
Une nouvelle source d’argent pour abuser la population
Les habitants relient cette pratique aux difficultés financières auxquelles sont confrontées les forces de l’ordre sur les différents axes de la ville.
Aux barrières, les forces de l’ordre sont régulièrement accusées par les transporteurs et les commerçants de leur réclamer de l’argent. Les contrôles aux postes deviennent ainsi une autre source de revenus informels.
À Sido, les policiers disposent désormais d’un nouveau moyen pour récupérer de l’argent auprès de la population.
Le mécanisme est simple : une concession mal entretenue entraîne une convocation, puis une amende arbitraire de 5 000 francs CFA. L’argent est remis aux agents sans que les habitants connaissent précisément sa destination.
Les habitants demandent donc que les autorités précisent les règles de Kwati-Kodro, les personnes habilitées à infliger des sanctions et surtout la destination des sommes collectées.
Des dénonciations similaires circulent déjà sur les réseaux sociaux. La célèbre activiste Petit Piment, présentée comme chef d’état-major, fustige d’ailleurs haut et fort ces abus policiers et ce racket organisé.
À Sido, la question posée par les habitants est désormais directe : pourquoi des policiers sont-ils chargés de percevoir de l’argent auprès des familles au nom d’une opération d’assainissement qui relève normalement des autorités administrative et des responsables de quartier ?
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