Faustin Zaméto : « Les 1 500 enseignants et les 7 500 bacheliers sans université posent la question du modèle éducatif centrafricain »

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Sociologue et analyste politique, Faustin Zaméto analyse l’article de Me Crépin Mboli-Goumba consacré au recrutement annoncé de 1 500 enseignants. Il estime que cette mesure doit être accompagnée d’une réforme plus large de l’enseignement supérieur et de l’aménagement du territoire.

 

Dans sa tribune publiée le 20 septembre 2026, Faustin Zaméto distingue deux dimensions dans l’analyse de Me Crépin Mboli-Goumba. La première concerne les conditions du recrutement des enseignants. La seconde porte sur la capacité de la République centrafricaine à accueillir les milliers de bacheliers qui arrivent chaque année sur le marché de l’enseignement supérieur.

 

Faustin Zaméto : « Les 1 500 enseignants et les 7 500 bacheliers sans université posent la question du modèle éducatif centrafricain »
Faustin Zameto

 

Selon le sociologue, le recrutement de 1 500 enseignants ne peut pas être évalué uniquement à travers le nombre de personnes intégrées dans la fonction publique. Il doit aussi prendre en compte les conditions dans lesquelles ces enseignants exerceront leur métier.

 

Il cite notamment les salles de classe, les table-bancs, les tableaux, les logements et la régularité du paiement des salaires. Pour lui, recruter des enseignants sans prévoir ces moyens risque de limiter l’impact de la mesure sur la qualité de l’éducation.

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Faustin Zaméto reprend également la crainte exprimée par Me Mboli-Goumba concernant les modalités de sélection. Il estime que le recrutement doit permettre aux enseignants bénévoles qui travaillent depuis plusieurs années dans des zones éloignées de pouvoir accéder équitablement à la fonction publique.

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Une seule université pour tout le pays

 

La seconde partie de son analyse porte sur l’enseignement supérieur. Faustin Zaméto reprend le constat selon lequel plusieurs milliers de jeunes obtiennent chaque année le baccalauréat alors que l’Université de Bangui ne peut accueillir qu’une partie d’entre eux.

 

Il estime que cette situation crée un problème social qui dépasse la seule question de l’accès aux études. Les jeunes qui ne trouvent pas de place dans l’enseignement supérieur doivent rechercher d’autres possibilités, notamment dans les grandes villes, dans le secteur informel ou à l’extérieur du pays.

 

Le sociologue défend ainsi l’idée d’un réseau d’universités régionales. Il rappelle la proposition évoquée en 2020 avec le professeur Gaston Mandata Nguerekata, consistant à développer plusieurs pôles universitaires répartis sur le territoire national.

 

Le projet présenté dans la tribune prévoit une spécialisation des établissements selon les caractéristiques économiques et géographiques des régions.

 

L’Est pourrait être orienté vers l’élevage, la médecine vétérinaire et la gestion des ressources pastorales. Le Nord pourrait accueillir des formations dans les mines, la géologie et le pétrole. Le Centre serait davantage consacré à l’agriculture et à l’agronomie. L’Ouest pourrait développer les formations liées au bois, à l’environnement, à l’eau et aux forêts. Bangui conserverait les principales formations en médecine, droit, lettres et sciences.

 

Pour Faustin Zaméto, cette organisation permettrait de rapprocher l’université des étudiants et de développer les compétences directement dans les régions.

 

Des universités pour développer les villes

 

Le sociologue associe également la création d’universités à la transformation des villes de l’intérieur du pays.

 

Il considère qu’un campus universitaire entraîne progressivement l’installation de logements, de commerces, de transports, de services financiers et de nouvelles infrastructures. Il cite notamment les bâtiments universitaires, les logements des enseignants, les résidences étudiantes, les routes, l’accès à l’eau, l’électricité et les télécommunications.

 

Dans cette logique, l’investissement universitaire ne serait donc pas limité à la construction de salles de cours. Il participerait aussi au développement économique des villes qui accueilleraient les établissements.

 

Faustin Zaméto oppose cette approche à des projets urbains présentés essentiellement à travers des maquettes. Il défend plutôt des investissements directement utilisables par les populations et les étudiants.

 

Le brassage universitaire comme outil de cohésion

 

La troisième dimension développée dans la tribune concerne la cohésion nationale.

 

Faustin Zaméto estime que la concentration des étudiants dans une seule université limite les possibilités de brassage entre les différentes régions du pays. Il considère que des universités implantées dans plusieurs zones pourraient permettre à des jeunes issus de communautés différentes de vivre et d’étudier ensemble pendant plusieurs années.

 

Il prend l’exemple d’un étudiant originaire de Bossangoa qui pourrait poursuivre ses études à Ndélé. Cette mobilité lui permettrait de découvrir d’autres communautés, leurs langues et leurs habitudes, tout en créant des relations personnelles et professionnelles.

 

Pour le sociologue, ces échanges peuvent contribuer à renforcer les liens entre les populations et à réduire les distances sociales et régionales.

 

Faustin Zaméto propose enfin que le recrutement des 1 500 enseignants repose sur un concours écrit anonyme, la publication des résultats et des notes, ainsi qu’une affectation accompagnée de moyens matériels adaptés.

 

Pour les bacheliers qui ne trouvent pas de place à l’université, il suggère de commencer par créer deux établissements régionaux, à l’Est et à l’Ouest, avant d’étendre progressivement le réseau à d’autres régions. L’objectif, selon lui, est de traiter simultanément la qualité de l’enseignement primaire, l’accès à l’enseignement supérieur et le développement des villes de l’intérieur du pays. Actions disponibles

 

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