Affaire Didacien Kossimatchi : Quand la justice à deux vitesses frappe ses propres créatures
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Pendant des années, il incarnait le bras armé verbal du pouvoir central, insultant sans retenue l’opposition, menaçant la société civile et défiant le barreau. Le 22 juillet 2026, le Tribunal de Grande Instance de Bangui a condamné Didacien Kossimatchi. Un verdict qui illustre avec une ironie mordante les rouages d’une justice politique à deux vitesses.Une condamnation inédite pour un « insulteur public »
C’est un retournement de situation qui n’a pas manqué de faire réagir à Bangui. Le 22 juillet 2026, le Tribunal de Grande Instance de la capitale centrafricaine a rendu son verdict dans le procès opposant le pouvoir à l’un de ses plus véhéments partisans : Didacien Kossimatchi.
Poursuivi pour « insulte publique, outrages et menaces contre des membres du gouvernement », notamment à l’encontre du ministre contrôleur général Roméo Gribingui, l’homme fort des réseaux sociaux a été condamné à :
4 mois de prison avec sursis ;
100 000 FCFA d’amende au profit du Trésor public ;
1 Franc symbolique de dommages et intérêts à la partie civile ;
6 mois d’interdiction de production de vidéos en direct (lives) sur les réseaux sociaux.
L’affaire remonte à juin 2026, lorsque Kossimatchi publiait une vidéo dans laquelle il qualifiait certains membres du gouvernement de « puants » et de « peu compétents ». Épinglé par ceux-là mêmes qu’il défendait naguère, il a été immédiatement traduit en justice, avant de former appel de la décision.
Des années d’impunité et d’excès sous le regard bienveillant du pouvoir
Ce qui choque profondément l’opinion publique et les observateurs de la scène politique centrafricaine, ce n’est pas la sévérité de la peine, mais bien le contraste saisissant avec l’impunité totale dont jouissait le personnage depuis des années.
Pendant très longtemps, Didacien Kossimatchi a joué le rôle d’insulteur public numéro un. Véritable fer de lance de la propagande et des attaques ad hominem, il ne s’embarrassait d’aucune limite. Opposition politique, leaders de la société civile, diplomates, journalistes : quiconque osait émettre une critique contre le régime devenait sa cible privilégiée.
Ses déclarations dépassaient fréquemment les simples invectives. On se souvient de ses menaces ouvertes d’« écraser », de « broyer » ou de « torturer » les manifestants et les opposants, de ses discours haineux et de ses appels à la répression. En 2022, ses dérapages verbaux avaient provoqué l’indignation du Barreau des avocats de Centrafrique. Le Bâtonnier de l’Ordre des avocats (le chef des avocats) avait vivement réagi et menacé d’engager des poursuites judiciaires fermes après que Kossimatchi s’en était pris directement à la profession d’avocat.
À l’époque, la justice était restée muette. Le régime au pouvoir fermait les yeux, trouvant en lui un bouclier commode et un exécuteur des basses œuvres médiatiques pour terroriser la contradiction.
L’arroseur arrosé : Quand le monstre échappe à ses créateurs
Tout a basculé lorsque la créature a fini par se retourner contre ses propres parrains. Grisé par des années de tolérance institutionnelle et de protection au plus haut sommet, Kossimatchi a franchi la ligne rouge en s’attaquant en juin 2026 aux membres de sa propre famille politique et aux ministres en exercice.
Dès lors que les insultes ont touché le pré carré des gouvernants, l’appareil judiciaire, si somnolent lorsqu’il s’agissait de protéger les droits des opposants ou des citoyens ordinaires, s’est brusquement réveillé avec une célérité déconcertante. En l’espace de quelques semaines, l’instruction a été bouclée, le procès tenu, et la sentence prononcée.
« Tant qu’il broyait l’opposition, menaçait les avocats et terrorisait la population, la justice fermait les yeux. Mais dès qu’il touche un ministre du régime, l’épée de la justice s’abat en un clin d’œil. »La preuve éclatante d’une justice instrumentalise et aux ordres
Cette affaire illustre les dérives du système judiciaire en Centrafrique, où la justice politique semble favoriser l’impunité, sauf quand des membres du gouvernement sont attaqués, comme dans le cas de la condamnation de Kossimatchi.
Cette affaire met à nu l’arbitraire et le caractère éminemment politique du système judiciaire en place. Elle fournit la preuve irréfutable que la justice souffre d’un mal profond : la sélectivité.
Quand les droits des opposants sont bafoués, quand des citoyens subissent des menaces publiques, la justice n’a plus ni yeux ni oreilles. Mais quand les intérêts ou la susceptibilité des membres du gouvernement sont effleurés, la machine judiciaire devient d’une efficacité redoutable.
L’affaire Kossimatchi restera comme le symbole de cette incohérence du régime : un système capable de tolérer les méthodes les plus violentes contre ses adversaires, mais qui se précipite pour appliquer la loi dès lors que ses propres instruments se retournent contre lui. Une leçon politique amère pour tous les zélateurs du pouvoir : dans un régime où la justice n’est pas indépendante, nul n’est jamais à l’abri, pas même ses plus fervents défenseurs.
Par Alain Nzilo
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