
Alors que la propagande officielle du pouvoir centrafricain célèbrent à tout va une prétendue « émergence » et un développement spectaculaire du pays, la réalité vient bousculer cette propagande. Les rapports de la Banque mondiale mettent en lumière une vérité dérangeante : l’État navigue totalement à vue, incapable de mesurer scientifiquement la pauvreté de sa population faute d’outils d’évaluation de base.
Face à ce constat accablant, le gouvernement choisit la stratégie de l’esquive et du déni, qualifiant de « faux chiffres » les données alarmantes publiées par les institutions internationales.

La propagande de la grandeur face au dénuement réel
Le contraste est saisissant entre la communication triomphante des autorités et le quotidien des ménages centrafricains. Sur les plateaux et dans les discours politiques, le pouvoir présente le pays comme une puissance régionale en pleine reconstruction. Pourtant, dans les faits, la pauvreté ne cesse de gagner du terrain.
Pour cacher cette régression sociale, le gouvernement utilise l’absence de données récentes comme un bouclier. En n’organisant pas d’enquêtes nationales sérieuses sur les conditions de vie des ménages, le pouvoir s’épargne la confrontation avec des statistiques officielles qui viendraient contredire ses récits de réussite.
Un pilotage à l’aveugle faute d’enquêtes statistiques
La Banque mondiale souligne que la République centrafricaine souffre d’un manque criant de recensements et d’études d’envergure sur la pauvreté. Les derniers indicateurs fiables remontent à plusieurs années, ce qui rend impossible l’élaboration de politiques d’aide ciblées et efficaces.
Pas de cartographie de la pauvreté : Les administrations ne disposent d’aucune donnée géographique précise pour savoir quelles préfectures ont le plus besoin d’aide d’urgence.
Des budgets alloués au hasard : Sans statistiques sur les revenus réels, les fonds publics et l’aide internationale sont distribués sans critères de priorité scientifique.
L’abandon de l’Institut national de la statistique : Les structures nationales chargées de collecter ces données sont laissées sans budget ni matériel informatique moderne, paralysant leur capacité d’action.
Le constat des experts : Refuser de mesurer la pauvreté ne la fait pas disparaître. Cela permet simplement au pouvoir de continuer à nier l’urgence sociale tout en distribuant les ressources de manière discrétionnaire.
Le déni des réalités internationales
Interpellé sur ces failles et sur le niveau de vie désastreux décrit par les institutions financières, le gouvernement centrafricain a choisi de disqualifier le messager. Les représentants de l’État comme Fidèle Gouandjika affirment régulièrement que les rapports de la Banque mondiale reposent sur de fausses estimations et que l’institution n’a jamais produit de telles analyses de manière objective.
Cette rhétorique du complot ou de l’erreur technique permet de rassurer une clientèle politique interne, mais elle fragilise grandement la crédibilité internationale du pays. Les partenaires au développement refusent désormais de libérer des enveloppes budgétaires basées sur de simples déclarations d’intention non vérifiables.
Tant que le pouvoir s’obstinera à nier l’évidence et à bloquer la modernisation des outils de collecte statistique, l’aide internationale restera gelée et la pauvreté continuera de croître dans l’ombre des discours officiels.
Par Alain Nzilo
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