L’école de la misère dans Lim-Pendé : Joseph-Désiré Boybessane démontre le sacrifice des filles de Taley

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L’école de la misère  dans Lim-Pendé : Joseph-Désiré Boybessane démontre le sacrifice des filles de Taley

L'école de la misère  dans Lim-Pendé : Joseph-Désiré Boybessane démontre le sacrifice des filles de Taley
Les enfants élèves dans une classe à Ouanda-Djallé. Photo CNC

 

 

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Le collège de Taley, dans la préfecture de Lim-Pendé  abandonne ses filles à leur sort. Le directeur Joseph-Désiré Boybessane formule un constat sans appel sur la disparition progressive des effectifs féminins de son établissement.

 

Le Collège d’enseignement général de Taley subit les contrecoups directs d’un dénuement économique global qui fragilise en priorité la population scolaire féminine. Joseph-Désiré Boybessane dresse le bilan d’une situation où l’école publique ne parvient plus à retenir ses élèves, devenant l’observateur impuissant d’une déperdition massive. Les adolescentes quittent définitivement les bancs de l’école sous la pression de logiques financières et sociales qui condamnent leur avenir intellectuel dès les premières années du cycle secondaire.

 

Le phénomène des mariages précoces constitue le premier obstacle majeur à la scolarisation. Le directeur confirme que des enfants à peine arrivées en classe de sixième se voient retirées du système éducatif pour être données en mariage par leurs familles. Cette pratique débouche sur des maternités précoces qui brisent toute possibilité de scolarité normale. L’absence d’information sur la santé et la gestion des cycles biologiques accentue cette vulnérabilité, contraignant les jeunes filles à assumer des responsabilités familiales incompatibles avec le statut d’élève.

 

Cette exclusion sociale se double d’une urgence économique qui touche l’ensemble des foyers de la région. Face à l’incapacité des chefs de famille à assumer les fournitures de base, le transport ou même l’alimentation quotidienne, les enfants doivent trouver des moyens d’autonomie financière. Les adolescentes quittent les salles de classe pour se livrer au petit commerce de survie ou pour s’employer sur des chantiers physiques particulièrement éprouvants.

 

La proximité des exploitations minières aggrave cette fuite des cerveaux. De nombreuses élèves abandonnent définitivement l’uniforme scolaire pour rejoindre les chantiers des mines d’or locales. Dans ces zones d’extraction, les adolescentes effectuent des tâches pénibles dans l’espoir de gagner de quoi subvenir à leurs besoins immédiats. Cette quête d’un gain financier rapide l’emporte sur l’éducation, car le système scolaire n’offre aucune perspective concrète ni débouché visible pour ces populations isolées.

 

Les carences matérielles du collège valident ce choix par défaut des familles. Avec seulement cinq salles de classe disponibles, les élèves doivent étudier dans des conditions de promiscuité extrêmes, prolongeant les cours jusqu’à la tombée de la nuit. Pour des jeunes filles résidant dans des localités situées à cinq ou dix kilomètres de l’établissement, ces horaires tardifs transforment le retour à la maison en un parcours à haut risque, augmentant l’insécurité et incitant les parents à mettre un terme définitif à leur scolarité.

 

La défection des pouvoirs publics laisse la communauté éducative totalement démunie. En dehors de quelques séances d’information menées par des contingents internationaux sur l’hygiène de base, l’institution scolaire ne propose aucun dispositif de soutien ou de maintien des filles à l’école. Joseph-Désiré Boybessane admet que la seule solution envisagée reste la sensibilisation des parents, un recours dérisoire alors que les structures manquent de tout, à commencer par des enseignants qualifiés et des manuels de lecture.

 

L’année scolaire se clôture ainsi sur des classes vidées de leurs éléments féminins, transformant le collège de Taley en une coquille vide. L’appel final du directeur pour obtenir des bâtiments supplémentaires, des enseignants de français ou de mathématiques, et un simple forage d’eau potable résonne comme l’aveu d’un abandon général, où les filles sont les premières victimes d’un naufrage collectif que l’administration centrale feint d’ignorer en attendant la rentrée suivante.

 

Par Fortuné Bobérang

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