Passeports centrafricains : au ministère de l’Intérieur, une mafia de voyages et de frais de mission prospère depuis dix ans
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Passeports centrafricains : au ministère de l’Intérieur, une mafia de voyages et de frais de mission prospère depuis dix ans
Cinq fonctionnaires centrafricains vont passer 34 jours à Paris, Pékin, Montréal et Washington. Aux frais d’une société russe. Pour faire ce que les ambassades de la RCA dans ces mêmes villes auraient pu faire gratuitement, si on les avait laissées faire.
Michel Nicaise Nassin, ministre de l’Intérieur, a signé cet ordre de mission le 30 avril 2026. Le Commissaire Principal Kevin Ali, Directeur de l’Émigration-Immigration, prend la tête de la délégation. Parmi les quatre autres membres, deux viennent de la SEDOSEC, la société russe à qui l’État centrafricain a confié la production de ses passeports.
La répartition du voyage dit tout. Paris : deux agents, quinze jours, du 31 mai au 15 juin. Pékin : six jours. Montréal : cinq jours. Washington : six jours. La mission officielle est d’« enrôler des demandeurs de passeports dans les zones transcontinentales ». Traduction : aller chercher les dossiers là où vivent les Centrafricains de la diaspora. Sauf que la RCA a des ambassades dans chacune de ces quatre villes. Elles n’ont reçu aucune instruction pour s’en charger.
Ce n’est pas une lacune administrative. Depuis dix ans, les ambassades centrafricaines à l’étranger sont volontairement tenues à l’écart du traitement des passeports. Un Centrafricain installé à New York ne peut pas déposer son dossier à Washington. Un autre à Toronto ne peut rien faire à Montréal. Pour obtenir un passeport, il faut attendre qu’une délégation de Bangui fasse le déplacement. Et ces délégations, elles, ne manquent pas.
C’est là que la mécanique devient intéressante. Billets d’avion classe affaires ou économique, hôtels, perdiems sur quatre continents pendant plus d’un mois : tout cela est financé, d’après le document lui-même, par la SEDOSEC. Une société privée russe qui paie les frais de mission d’agents de l’État centrafricain. Ce que la SEDOSEC obtient en contrepartie n’est écrit nulle part.
La diaspora centrafricaine, elle, continue de payer son passeport, d’attendre des mois, et d’ignorer qu’elle finance par ricochet ces circuits de voyage. Le système tient parce qu’il a été pensé pour tenir : pas d’ambassades habilitées, pas d’alternative, pas de pression pour changer quoi que ce soit. Juste des délégations qui partent, des frais qui tombent, et des passeports qui arrivent quand ils arrivent.
Comme vous le savez, bloquer les ambassades crée le besoin de voyager. Le besoin de voyager justifie les frais. Les frais alimentent ceux qui ont intérêt à maintenir le blocage. La diaspora centrafricaine paie son passeport, attend des mois, et finance sans le savoir des tournées mondiales organisées en son nom.
Par Éric Azoumi
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