Du fer de Bambari à l’uranium de Bakouma : le Conseil des ministres qui enterre l’espoir de souveraineté économique nationale. Eh! Touadéra!
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
En une seule séance de moins de deux heures, le Conseil des ministres présidé par le dictateur centrafricain Faustin-Archange Touadéra a validé une série impressionnante de décrets qui livrent une partie significative du sous-sol centrafricain à des sociétés étrangères. Du fer de Bambari à l’uranium de Bakouma, en passant par l’or, le cuivre et le diamant, le message est clair : la RCA continue de vendre ses ressources naturelles au lieu de les transformer en véritable levier de développement souverain.
Le ministre des Mines et de la Géologie, le 24 mars dernier, lors du conseil des ministres, a présenté dix dossiers miniers. Parmi les plus emblématiques :
Quatre permis de recherche pour l’exploration du minerai de fer dans les régions de Bambari, Yaloké, Bozoum et Baboua, accordés à la société Poxine International Company.
Un permis de recherche pour l’uranium dans la région de Bakouma, au profit de Safir Energy.
Quatre permis de recherche pour le cuivre, l’or, le diamant et le minerai de fer dans les zones de Ngandé, Alindao, Karno et Bouka, confiés à la Société Générale des Mines (Sogé Mine).
Plusieurs permis d’exploitation industrielle de petites mines à Amto Mining Company, Anxine et Abeka Mining.L’agrément d’une raffinerie d’or à la société Fortifive de Saoudima.
Le Conseil a tout approuvé sans difficulté. L’argument officiel ? Les régions concernées ont déjà fait l’objet de travaux de reconnaissance dans le passé, mais ceux-ci restent « insuffisants ». Il faudrait donc des « méthodes modernes conformes aux standards internationaux ». Chaque société aurait payé les frais exigés par la loi n°24.008 du 21 août 2024 portant code minier. Fin de la discussion.
Ce qui frappe, c’est la récurrence de ce schéma depuis 2016. À chaque Conseil des ministres, ou presque, de nouveaux permis sont distribués. Pourtant, le secteur minier reste marqué par la fraude, la contrebande et l’artisanat sauvage. Le gouvernement lui-même l’admet en créant une direction générale de la police des mines (avec deux sous-directions : opérations et administratif-économique) pour tenter de juguler le fléau. On renforce la répression tout en continuant à ouvrir les vannes.
Parallèlement, le Conseil a validé la création d’un Secrétariat Permanent de Certification des Substances Minérales pour mieux tracer l’or, devenu la première source de recettes d’exportation. On parle aussi de démolir un ancien bâtiment du ministère (jadis affecté à l’Union nationale des coopératives minières) pour construire un nouvel édifice destiné aux nouvelles structures bureaucratiques (Sonaderme, Géminca, Fonds minier…). Symbole cruel : on rase pour bâtir plus d’administration, pendant que les populations des zones minières attendent toujours des routes, des écoles et des hôpitaux décents.
L’uranium de Bakouma et le fer de Bambari : promesses anciennes, résultats absents
Le cas de Bakouma est particulièrement révélateur. Ce gisement d’uranium est connu depuis des décennies. Des sociétés étrangères (dont Areva/Orano par le passé) s’y sont succédé, avec des études, des investissements initiaux, puis des abandons ou des reports liés aux prix du marché et à des difficultés techniques. Aujourd’hui, un nouveau permis est attribué à Safir Energy. Quelles garanties réelles pour que cette fois-ci profite à la RCA ? Aucune n’est explicitement mentionnée dans le compte rendu.
Même chose pour le fer de Bambari et les autres régions. Ces zones regorgent de potentiel, mais les populations locales y vivent souvent dans la précarité, parfois en proie à l’insécurité. Où sont les usines de transformation ? Où sont les emplois qualifiés massifs pour les jeunes Centrafricains ? Où sont les infrastructures financées par les revenus miniers ?
Pendant ce temps, la pauvreté s’aggrave
La réalité est implacable. Près de 70 % des Centrafricains vivent sous le seuil de pauvreté, selon les données récentes de la Banque mondiale. Les routes restent majoritairement des pistes, les hôpitaux manquent de médicaments et de personnel, l’accès à l’électricité et à l’eau potable reste dramatique pour l’immense majorité. L’or et le diamant rapportent des recettes, mais ces fonds servent davantage à entretenir l’appareil d’État qu’à bâtir un avenir collectif.
Au lieu d’une politique de souveraineté économique – qui passerait par une transformation locale forte, un contrôle rigoureux des contrats et une redistribution visible des bénéfices –, le régime multiplie les décrets d’attribution. Le nouveau code minier de 2024 devait théoriquement mieux encadrer le secteur. Dans les faits, il sert surtout à légaliser une nouvelle vague de concessions.
Ce Conseil du 24 mars 2026 intervient à la veille de l’investiture du 30 mars marquant le début d’un nouveau septennat. Pendant que l’on prépare gerbes de fleurs, hommages à Boganda et opérations de nettoyage « Coati-Codro », le sous-sol continue d’être morcelé.
Du fer de Bambari à l’uranium de Bakouma, l’espoir d’une souveraineté économique réelle s’éloigne un peu plus. La RCA reste riche sur le papier, pauvre dans la réalité. Tant que les ressources seront distribuées sans véritable stratégie de valorisation nationale, le grand dépeçage continuera, et avec lui, l’enterrement des aspirations du peuple centrafricain.
Par Alain Nzilo
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