À quelques mois de sa nomination, le directeur par intérim plonge l’ÉNERCA dans une faillite totale : vol, détournement, corruption, népotisme au quotidien

Rédigé le 26 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
L’ÉNERCA, société publique chargée d’alimenter la République centrafricaine en électricité, vit aujourd’hui une débâcle financière grave, pendant que Bangui continue de croupir dans l’obscurité totale.
Pour être clair, il faut comprendre que l’ÉNERCA n’a jamais été une société facile à diriger. Entre le manque d’infrastructures, les dettes accumulées et une clientèle parfois récalcitrante, la pression sur sa direction a toujours été forte. Mais ce que vit la société aujourd’hui dépasse largement les difficultés ordinaires d’une entreprise publique dans un pays sous- développé.
Depuis la nomination du nouveau directeur général par intérim, la situation a pris une tournure bien plus inquiétante. En quelques mois à peine, la société s’est retrouvée les caisses complètement à sec, incapable d’honorer ses engagements les plus élémentaires. Ce qui aurait dû être un redressement est devenu un naufrage total.
C’est dans ce contexte pesant que le mardi 25 février 2026, aux alentours de 6 heures du matin, le directeur général par intérim débarque en urgence au siège de l’ÉNERCA. Il ne monte pas dans son bureau. Il reste à l’entrée, et intercepte un à un chaque technicien qui arrive à la prise de service.
Ce geste inhabituel cache une réalité sombre que le directeur général va leur annoncer franchement. Réunis à la va-vite devant les locaux, les techniciens apprennent de leur propre Directeur général que la société n’a plus d’argent en caisse. Zéro franc dans les comptes bancaires. La direction ne peut plus payer, ne peut plus fonctionner normalement, et cherche une sortie de crise en urgence.
Face à ce vide financier d’urgence, la décision prise par le directeur général par intérim est aussi radicale qu’expéditive. Il a décidé ceci :
Tous les techniciens, sans exception, doivent descendre sur le terrain ce jour même pour forcer les clients mauvais payeurs à régler leurs factures en retard. Même les agents financés par la Banque mondiale dans le cadre d’un projet distinct sont embarqués dans cette opération.
Pour s’assurer que personne ne résiste, la direction mobilise en renfort des éléments de la police militaire. Techniciens et militaires partent ensemble dans les quartiers, en commençant par la zone commerçante derrière le stade 20 000 places de Bangui, où plusieurs marchands utilisent l’électricité depuis des mois sans payer. Une opération montée en quelques heures, sur fond de caisse vide.
Ce tableau suffit déjà à mesurer l’ampleur de la déroute. Mais ce qui rend cette affaire encore plus difficile à avaler, c’est ce qui se passe en parallèle du côté des dépenses. Car pendant que la direction crie à la pauvreté, elle a fait un choix financier que personne ne comprend.
Le site de Boali, situé à 95 km de Bangui et principal fournisseur d’énergie de la capitale, est en panne depuis un moment. Pour le réparer, l’ÉNERCA a sollicité des devis auprès de prestataires, conformément aux règles de passation de marchés. Deux sociétés ont répondu : la première a proposé 85 millions de francs CFA, la seconde a réclamé 283 millions de francs CFA.
Or, au lieu de retenir l’offre la moins chère, la direction a délibérément choisi celle à 283 millions. Aucun critère technique sérieux n’a été avancé pour justifier ce choix. Aucune explication officielle. Juste une décision prise dans l’ombre, qui creuse un écart inexpliqué de près de 200 millions de francs CFA.
C’est précisément cet écart qui nourrit aujourd’hui les soupçons les plus lourds. Dans un contexte où la société dit ne plus avoir un franc, choisir le devis le plus cher sans raison avouable ressemble moins à une erreur de gestion qu’à une manœuvre délibérée pour faire sortir de l’argent par la mauvaise porte.
Pendant ce temps, Bangui continue de vivre dans le noir. Les coupures d’électricité s’enchaînent, les ménages s’épuisent, les petits commerces perdent des revenus chaque jour. Et les techniciens de l’ÉNERCA, eux, patrouillent avec des militaires dans les rues pour renflouer une caisse que certains, visiblement, n’ont pas fini de ponctionner.
Par Gisèle MOLOMA
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