Quand le berger abandonne son troupeau : l’Église pentecôtiste centrafricaine au cœur d’un scandale qui divise

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Quand le berger abandonne son troupeau : l’Église pentecôtiste centrafricaine au cœur d’un scandale qui divise

Apottre Richard Mandazou
Apottre Richard Mandazou

 

 

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.

 

En Centrafrique, la Plateforme des Pentecôtistes vit des heures difficile depuis que son propre président, Richard Mandazou  a été mis sous sanction pour des raisons qui éclaboussent toute l’Église évangélique.

 

D’abord, tout commence bien avant le scandale lui-même. La structure qu’on appelle aujourd’hui Plateforme des Pentecôtistes de Centrafrique (PPC) s’appelait il y’a quelques années Union des Pentecôtistes de Centrafrique, l’UPC. Mais pour ne plus prêter à confusion avec l’Unité pour la Paix en Centrafrique, le groupe armé d’Ali Darassa, l’organisation religieuse a décidé de changer d’identité et de se rebaptiser sous son nom actuel.

 

C’est dans ce cadre rénové que Richard Mandazou, qui occupait jusqu’alors le poste de vice-président, a gravi les échelons pour prendre la tête de la plateforme. Pendant des années, cet apôtre a joui d’une réputation solide, reçu par des personnalités du pays, respecté dans les cercles religieux et civils à la fois.

 

Mais c’est là que l’histoire bascule. Sans procédure reconnue par son Église, Richard Mandazou a mis de côté sa propre épouse légitime pour entamer une vie commune avec une autre femme, issue de sa propre congrégation qu’il a d’ailleurs entretenu des relations discrètes durant des années. Ce choix personnel, fait dans l’ombre, n’est pas resté secret bien longtemps.

 

L’épouse abandonnée a porté son témoignage devant les figures d’autorité de la plateforme. Une enquête interne a été ouverte, des auditions ont eu lieu, et le verdict est tombé : Richard Mandazou avait agi seul, de manière unilatérale, en contradiction totale avec les valeurs qu’il était censé incarner devant ses fidèles.

 

Ce qui a particulièrement choqué les membres de l’Église, c’est moins la décision en elle-même que ce qu’elle dit du personnage. Un homme d’Église est regardé comme un exemple de vie. Lorsqu’il agit comme il l’a fait, les fidèles se retrouvent sans boussole, sans repère moral, et la question que tout le monde se pose devient difficile à esquiver : que dire aux croyants qui nous regardent ?

 

La plateforme n’a pas tardé à réagir. Les instances supérieures, celles qui chapeautent les apôtres et veillent à la bonne tenue de l’ensemble des communautés affiliées, ont convoqué Richard Mandazo et l’ont entendu. Le ministère de l’Administration du territoire a même été informé de la situation, signe que l’affaire a largement débordé le cadre purement religieux.

 

Au terme de ces démarches, Richard Mandazo a été placé sous sanction. La chute est vertigineuse pour un homme qui était, il y a peu, l’un des visages les plus respectés du paysage évangélique centrafricain.

 

C’est dans ce contexte précis que Michel Gbegbé, Premier Apôtre Centrafricain et Président de la Plateforme des Patriarches Centrafricains, a pris la parole publiquement. Sa déclaration, publiée sur les réseaux sociaux et largement relayée, ne cite personne par son nom, mais chaque mot semble avoir été pesé à la lumière de ce que vivait l’Église au moment où il écrivait.

 

Dans ce texte, Michel Gbegbé dresse un tableau sombre mais lucide de la crise qui ronge l’Église évangélique centrafricaine. Il parle de faux leaders qui ont transformé les lieux de prière en espaces de commerce, de responsables religieux qui s’agenouillent devant les puissants pour gagner en visibilité, au lieu de servir humblement leurs communautés.

 

L’exploitation financière des fidèles occupe une place centrale dans ses griefs. Michel Gbegbé dénonce la vente d’objets prétendument sacrés, le commerce des prophéties monnayées et les promesses de miracles échangées contre de l’argent. Ces pratiques, dit-il, prospèrent sur la fragilité des croyants et les maintiennent sous une emprise qui n’a rien de spirituel.

 

Mais ce qui l’indigne peut-être davantage, c’est la manière dont certains de ces responsables gèrent leur vie privée. Scandales amoureux, divorces précipités, doubles vies soigneusement dissimulées, refus de toute remise en question : le Premier Apôtre Centrafricain observe que ces comportements sont devenus presque banals dans certaines sphères religieuses, et que personne ne semble vouloir en répondre.

 

L’autoproclamation de titres religieux pompeux est un autre point que Michel Gbegbé ne peut pas laisser passer. Des hommes se déclarent apôtres, prophètes ou évangélistes sans formation sérieuse, sans appel reconnu, sans légitimité ecclésiale d’aucune sorte. Cette anarchie, selon lui, ouvre la porte à toutes les dérives et brouille les repères de milliers de croyants sincères.

 

À la racine de tout cela, Michel Gbegbé identifie une chose : la perte de la crainte de Dieu. Quand des responsables religieux enseignent une grâce déformée qui leur permet de justifier leurs propres excès, quand le péché est banalisé et la repentance jugée inutile, alors l’Église perd son âme et sa raison d’être au sein de la société.

 

Sa déclaration se veut pourtant un appel à la restauration, pas un réquisitoire. Michel Gbegbé s’adresse à l’ensemble des responsables religieux du pays, des apôtres aux aumôniers, en leur demandant de s’interroger honnêtement sur la sincérité de leur engagement. Il réclame un retour à la discipline biblique, à la transparence et à cette éthique de vie sans laquelle aucun ministère ne peut tenir debout longtemps.

 

Car selon lui, le jugement commence toujours par la maison de Dieu. Et tant que ceux qui sont censés montrer le chemin refusent eux-mêmes de le marcher, l’Église centrafricaine continuera de perdre, jour après jour, la crédibilité qu’elle a mis des décennies à construire.

 

Par Alain Nzilo

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