Centrafrique : Bienvenu Zokoué brandit la menace de déstabilisation pour justifier les arrestations

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Le ministre de l’Intérieur, Bienvenu Zokoué, accuse des responsables de l’opposition et de la société civile de préparer une déstabilisation des institutions centrafricaines. Dans un communiqué publié le 18 octobre 2026, il invoque des messages téléphoniques et des documents saisis pour défendre les arrestations du 15 octobre, sans rendre publics les éléments précis de l’enquête.

 

À la veille de l’échéance fixée par les organisations de la société civile, le gouvernement centrafricain durcit son discours contre les contestataires. Les autorités ne présentent plus les opérations villes mortes comme une simple mobilisation contre les prix des hydrocarbures. Elles les décrivent comme une entreprise destinée à paralyser le pays et à déstabiliser les institutions.

Centrafrique : Bienvenu Zokoué brandit la menace de déstabilisation pour justifier les arrestations
Le général de la police Bienvenu Zokoué, ministre de la sécurité publique

 

Dans son communiqué, Bienvenu Zokoué affirme que les personnes arrêtées au Centre Saint-Jean-XXIII, à Bangui, préparaient de nouvelles actions pour le 19 octobre. Il accuse également le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) et d’autres responsables politiques de participer à cette stratégie.

 

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Cette prise de position intervient après l’arrestation de Quentin Ngouando, Elysée Nguemale, Stève Bendo Deny, Barry Mardios et Igor Mokpem. Des organisations de la société civile réclament leur libération sans condition et dénoncent les conditions de leur détention.

 

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Bienvenu Zokoué défend les arrestations par des accusations politiques

 

Le ministre présente les interpellations du 15 octobre comme une mesure destinée à empêcher une opération de déstabilisation. Selon son communiqué, les personnes arrêtées entretiendraient des liens étroits avec des responsables de l’opposition et prépareraient des actions susceptibles de perturber les activités publiques et privées.

 

Pour soutenir cette version, le ministère évoque des investigations portant sur des téléphones portables, des messages écrits, des audios échangés sur WhatsApp, des ordinateurs et d’autres documents saisis.

 

Le communiqué mentionne également les déclarations publiques de responsables du BRDC et de l’URCA, ainsi que la constitution d’un groupe d’avocats chargé de défendre les personnes arrêtées. Le gouvernement considère ces éléments comme des indices de coordination politique.

 

Toutefois, le document ne reproduit aucun échange téléphonique, aucun enregistrement audio ni aucun extrait de document saisi. Il ne détaille pas davantage les actes que les cinq responsables auraient personnellement accomplis pour préparer la paralysie des institutions.

 

Cette absence de précisions publiques empêche de vérifier les accusations formulées par le ministre. Les éléments annoncés peuvent faire partie d’une enquête, mais leur existence ne suffit pas à établir la culpabilité des personnes concernées.

 

La défense juridique présentée comme un indice contre les opposants

 

Dans son argumentation, le ministère cite la mobilisation d’une douzaine d’avocats pour assurer la défense des responsables arrêtés. Il rapproche cette initiative des communiqués publiés par des membres de l’opposition pour étayer sa thèse d’une coordination entre les partis politiques et la société civile.

 

Cette présentation appelle une distinction importante. Le recours à des avocats constitue une garantie essentielle pour les personnes privées de liberté. La participation de responsables politiques à une mobilisation publique ou leur soutien à des personnes arrêtées ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’une infraction.

 

Le gouvernement ne précise pas en quoi la constitution de ce groupe d’avocats établirait une participation à un projet de déstabilisation. Il ne fournit pas non plus d’éléments permettant de distinguer les activités politiques ordinaires des actes qu’il considère comme criminels.

 

En intégrant la défense juridique dans son argumentation, le ministère entretient un rapprochement entre les soutiens politiques aux personnes arrêtées et les soupçons pesant sur elles. Or, ces deux questions doivent être examinées séparément.

 

La responsabilité pénale doit reposer sur des faits précis et des éléments examinés dans le cadre légal, et non sur la seule appartenance politique ou sur le soutien apporté à des personnes interpellées.

 

L’ultimatum du 19 octobre met le gouvernement sous pression

 

Les organisations de la société civile ont fixé au lundi 19 octobre 2026 à 15h30 l’échéance de leur ultimatum. Elles exigent la libération des cinq responsables arrêtés ainsi qu’une réduction des prix des hydrocarbures à la pompe.

 

Dans leur déclaration du 17 octobre, elles menacent d’appeler à une nouvelle désobéissance civile si ces deux conditions ne sont pas remplies. Leur démarche intervient après la journée ville morte du 12 octobre, organisée pour protester contre les difficultés économiques et le coût des carburants.

 

Le gouvernement répond à cette mobilisation en dénonçant une tentative de paralysie des institutions. Bienvenu Zokoué affirme que les organisateurs cherchent à entraîner les élèves, les étudiants, les enseignants, les commerçants et les transporteurs dans leur mouvement.

 

Le ministère demande à ces catégories professionnelles de vaquer librement à leurs occupations et affirme que les forces de sécurité ont pris les mesures nécessaires pour maintenir l’ordre.

 

Le communiqué ne développe toutefois pas de réponse détaillée à la revendication portant sur les prix des hydrocarbures. La question économique qui a contribué à la mobilisation reste donc distincte des accusations de déstabilisation formulées par le gouvernement.

 

Le spectre de 2013 invoqué pour renforcer le discours sécuritaire

 

Bienvenu Zokoué compare les mobilisations actuelles à la stratégie qui, selon lui, avait été utilisée en 2013. Il rappelle les conséquences de cette période de crise et met en garde les personnes qui poursuivraient des actions susceptibles, d’après le ministère, de menacer la stabilité du pays.

 

Cette référence donne une dimension plus grave aux accusations gouvernementales. Elle associe une contestation sociale à la possibilité d’un retour aux violences et aux désordres qui ont profondément affecté la République centrafricaine.

Le ministre cible directement le BRDC et l’URCA, accusant les opposants d’exploiter la colère sociale liée aux prix des hydrocarbures pour paralyser les institutions.

 

Le souvenir de 2013 reste un argument puissant dans le débat politique centrafricain. Son invocation peut contribuer à présenter les mobilisations actuelles comme un risque sécuritaire majeur avant même que les accusations individuelles soient publiquement détaillées.

 

Pourtant, une comparaison historique ne constitue pas une preuve des intentions des organisateurs. Le gouvernement doit établir les faits qu’il reproche aux personnes arrêtées et préciser les fondements juridiques des mesures prises contre elles.

 

Le communiqué ne permet pas, à lui seul, de déterminer si les actions annoncées pour le 19 octobre visaient à commettre des infractions ou à exercer une pression politique par la désobéissance civile.

 

Les conditions de détention restent sans réponse précise

 

Les organisations signataires de la déclaration du 17 octobre affirment que les avocats, les familles et les collègues des personnes arrêtées n’ont pas accès à elles. Elles dénoncent également le dépassement présumé du délai légal de garde à vue et réclament leur libération immédiate.

 

Le communiqué de Bienvenu Zokoué ne répond pas précisément à ces accusations. Il ne fournit aucune information détaillée sur la durée de la détention des cinq responsables, leurs conditions d’accès à un avocat ou les éventuelles décisions judiciaires prises dans leurs dossiers.

 

Cette question demeure centrale. Les accusations de déstabilisation avancées par le gouvernement ne dispensent pas les autorités de respecter les garanties légales applicables aux personnes privées de liberté.

 

La transparence sur les motifs des arrestations, les actes reprochés à chaque personne et les suites de l’enquête permettrait de mieux comprendre les fondements de la position gouvernementale.

 

À l’approche de l’échéance du 19 octobre à 15h30, le pouvoir maintient ses accusations contre l’opposition et avertit les organisateurs de nouvelles mobilisations. Les organisations de la société civile, de leur côté, conditionnent la suite de leur mouvement à la libération de leurs responsables et à la baisse des prix des hydrocarbures. Le contenu des éléments d’enquête évoqués par le ministère et la réponse des autorités aux revendications économiques restent au centre du bras de fer.

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com