Touadéra à la diaspora: « Rentrez souffrir avec nous, bande de critiques fainéants ». Quand le président se tire une balle dans le pied en direct
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
À Moscou, début mars 2026, Faustin-Archange Touadéra a tenu un discours qui pue la défaite. Au lieu de rassurer ou de promettre du concret, il a balancé des leçons de morale patriotique à des compatriotes qui fuient un pays qu’il dirige depuis dix ans. Résultat : un chef d’État qui accuse les absents d’être des lâches pendant qu’il admet lui-même le vide démographique, l’absence d’infrastructures et la galère quotidienne. Un suicide politique en public.
La visite officielle de Faustin-Archange Touadéra à Moscou, début mars 2026, avait tout pour être une belle vitrine : tête-à-tête avec Poutine, accords sécuritaires, coopération russo-centrafricaine. Mais le vrai fiasco s’est joué hors Kremlin, lors de la rencontre avec la diaspora centrafricaine. Devant des étudiants, des officiers en formation et des compatriotes installés en Russie, le président a lâché un discours qui restera dans les annales comme un modèle d’auto-destruction.
Dès les premiers mots : « C’est à nous, les Centrafricains, de prendre en main notre pays. Il faut être vaillant. Il faut être fort. » Vaillant et fort pour quoi ? Pour survivre dans un pays où les routes n’existent pas, où l’électricité clignote, où l’eau potable reste un luxe ? Il enchaîne sur les bourses et formations envoyées à l’étranger : « Elles ont précisément pour objet votre retour au pays. Il faut un peu de patriotisme. » Patriotisme comme sésame magique. Pas de jobs garantis, pas de sécurité assurée, pas de logements décents – juste « un peu de patriotisme ». Comme si aimer son pays suffisait à payer le loyer ou à éviter les balles perdues.
Le passage le plus insultant arrive vite : les exilés qui s’installent ailleurs sont des non-patriotes. « Quand on n’est pas patriote, on travaille à l’étranger, on vieillit là-bas, on s’y installe, on y fonde une famille. Les enfants grandissent dans ce pays d’accueil. Ils ne connaissent plus le pays d’origine. Ils n’en parlent plus la langue. » Traduction : vous trahissez vos racines en osant vivre mieux ailleurs. Chacun est « libre », dit-il du bout des lèvres, mais le message est clair – vous êtes des ingrats. Pendant ce temps, il répète que « nous, les patriotes, nous voulons que la Centrafrique avance ». Avance comment ? Avec quel argent ? Quelle vision ? Après dix ans, le bilan parle : exode massif, économie en miettes, dépendance totale à des mercenaires étrangers.
Puis le coup de massue démographique : « Nous ne sommes pas nombreux. […] Nous sommes sous-peuplés. Et ce sous-peuplement est lui-même un facteur de sous-développement. » Un président qui pointe le manque d’habitants comme cause du sous-développement ? C’est l’aveu pur et simple qu’il a échoué à retenir sa population. Pas un mot sur les raisons du vide : violence endémique, corruption généralisée, absence d’opportunités. Non, la faute va aux femmes qui font des enfants à l’étranger. « Si vous avez des enfants à l’étranger, il faut que ces enfants reviennent au pays et qu’ils travaillent pour son développement. » Comme si les gamins nés en Russie ou aux USA allaient rappliquer pour rebâtir un pays que leur propre dirigeant laisse pourrir.
Il oppose les « cerveaux » partis aux « intellectuels » restés qui « travaillent dur ». Et les critiques ? « Ils racontent n’importe quoi. Il n’y a pas de routes, il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’eau. » Balayé d’un revers. Ces plaintes sont du « n’importe quoi » pour lui. La réalité quotidienne – routes impraticables, coupures interminables, puits pollués – devient une fable inventée par des paresseux sur Internet.
La réponse aux indignés ? Une claque magistrale : « Si ces réalités vous font mal, si elles vous indignent sincèrement, alors rentrez au pays. Venez travailler à les changer. Ce n’est pas en restant sur Internet à accuser les autres que vous ferez avancer les choses. » Rentrez et réparez tout seuls. Pas de plan gouvernemental, pas de budget alloué, pas de lutte anticorruption sérieuse. Juste : descendez sur le terrain, montrez l’exemple. Comme si un retour individuel pouvait compenser l’État fantôme qu’il dirige.
Il finit par reconnaître la précarité : « Certains se demandent où dormir, comment s’organiser. C’est la réalité de votre pays. On ne renie pas son pays. Il faut rentrer. Il faut changer le pays. » Il liste les galères – où dormir ? comment s’organiser ? – et conclut par un appel patriotique creux. Rentrer pour dormir dehors, pour se laver à la bassine, pour risquer sa vie ? Et c’est lui qui parle de ne pas renier le pays ?
Ce discours n’est pas une invitation au retour. C’est une insulte aux exilés qui ont fui l’échec de sa gouvernance. Touadéra se tire une balle dans le pied en direct : il admet le sous-peuplement, minimise la misère, accuse les victimes plutôt que d’assumer ses responsabilités. La diaspora repart avec un message clair : Bangui reste un piège, et le président le sait très bien. Dix ans de pouvoir, et voilà le bilan : un appel désespéré à des « fainéants » pour venir souffrir avec lui.
Par Alain Nzilo
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