Sikikédé : l’accord de paix de Ndjamena jugé hors sujet face aux violences venues du Soudan
Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
À Sikikédé, dans la préfecture de la Vakaga, l’accord de paix signé récemment entre le gouvernement centrafricain et les groupes armés comme les 3R et l’UPC laisse la population indifférente. Ici, l’insécurité quotidienne ne vient ni de ces groupes, ni des zones qu’ils contrôlent ailleurs dans le pays. Elle est provoquée par des hommes armés venus du Soudan voisin, que cet accord ne concerne en rien.
Depuis plus de deux ans, ces groupes soudanais franchissent régulièrement la frontière pour mener des attaques dans la préfecture de la Vakaga. Ils ciblent les villages, les convois marchands et les points de passage. Ils sont bien équipés, souvent mieux que les forces centrafricaines déployées dans la zone. Ces dernières, en nombre réduit et sans moyens suffisants, préfèrent rester cantonnées plutôt que de tenter des opérations contre ces combattants venus de l’extérieur.
Dans ce contexte, l’accord avec les 3R et l’UPC est perçu comme une mesure éloignée des réalités locales. Ces deux mouvements armés sont présents dans d’autres préfectures. Le 3R est principalement actif dans l’Ouest et le Nord-Ouest, notamment dans la Nana-Mambéré, la Mambéré-Kadéï, l’Ouham-Pendé, Lim-Pendé, en moindre mesure dans l’Ouham. Quant à l’UPC opère surtout dans la Ouaka, la Basse-Kotto, le Mbomou, la Haute-Kotto, et une partie du Mbomou. Dans la Vakaga, leur présence est quasi inexistante. Quelques éléments de l’UPC ont été signalés dans des localités comme Sam Ouandja ou Wanda-Jalé, près de la frontière tchadienne, mais cela reste très limité.
Pour les habitants de Sikikédé, la vraie menace ne vient pas de ces groupes signataires. Elle vient du Soudan, d’un conflit qui dépasse les frontières centrafricaines, et pour lequel aucune coordination n’a été mise en place entre Bangui et Khartoum. Aucun engagement bilatéral, aucun cadre de coopération sécuritaire ne permet aujourd’hui de freiner ces incursions.
Les habitants de la zone ne comprennent donc pas en quoi cet accord changerait leur quotidien. Pour eux, l’insécurité reste intacte. La présence de l’armée ne suffit pas, et l’État n’a pas pris les mesures nécessaires pour répondre à une situation qu’il connaît pourtant depuis longtemps.
Présenter cet accord comme une avancée pour la Vakaga, et plus particulièrement pour Sikikédé, revient à passer à côté du vrai problème. Sur le terrain, rien ne change. Les populations continuent de vivre sous la menace, sans protection réelle, tandis qu’on célèbre un accord qui ne concerne ni les groupes actifs dans la zone, ni les causes directes de l’instabilité locale.
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