“On perd le rythme, on veut le tuer” : les voyous de l’impunité frappent encore en RCA
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
En République Centrafricaine, critiquer le pouvoir n’est plus seulement un acte courageux. C’est devenu, pour certains, un chemin qui mène droit vers une agression, une disparition, ou une morgue.
Elysée Nguémalé n’a pas parlé en théorie lors du débat Patara de février 2026 sur Radio Ndékè Luka. Il a parlé de sa propre peau. Agressé une première fois, puis une seconde fois au sein même d’une institution de la République, il attend encore aujourd’hui une déclaration officielle des autorités. Elle n’est pas venue. Elle ne viendra probablement pas. Et cette absence de réaction n’est pas un oubli administratif, c’est un message envoyé à tous ceux qui osent avoir une opinion différente de celle du cercle au pouvoir.
Ce qui rend la chose encore plus glaçante, c’est la séquence que Nguémalé a reconstituée devant les auditeurs. Avant son agression, le ministre de l’administration du territoire, Bruno Yapandé avait déclaré publiquement sur les ondes de la radio Ndékè-luka que Nguémalé serait responsable de ce qui lui arriverait. Peu après, un autre personnage proche du pouvoir avait lancé un appel à ses « Tonton Macoute » pour aller l’accueillir devant la Cour de cassation. Et l’agression a suivi. Le fil est là, visible, mais personne dans les cercles officiels ne semble vouloir le suivre jusqu’au bout.
Ce système fonctionne parce qu’il est organisé. Nguémalé l’a dit sans détour : le président s’est entouré de jeunes dont la mission est d’aller agresser ceux qui expriment des opinions divergentes. Ce ne sont pas des actes isolés commis par des individus incontrôlables. C’est un consensus, dit-il, une mécanique rodée pour faire taire, pour marginaliser, pour décourager quiconque voudrait élever la voix. Et quand personne en haut ne réagit, le message descend jusqu’au bas : frapper ne coûte rien.
Arletta Mamboui Abiali a posé la question que tout citoyen ordinaire se pose désormais avant de parler : si je dis quelque chose, si je fais quelque chose, est-ce qu’il y aura des représailles ? Cette question n’est pas rhétorique. Elle traduit un réflexe de survie qui s’est installé dans les esprits. Elle a aussi rappelé le sort de ceux qu’on enlève et dont on ne retrouve jamais le corps, ces disparus silencieux que personne ne comptabilise officiellement et dont les familles attendent sans savoir.
Steve Bendo-Ndeni a résumé tout cela avec une phrase qui devrait faire froid dans le dos à quiconque prétend que le pays va dans la bonne direction. Si jamais il venait à être arrêté, il demanderait à sa famille de ne pas chercher dans les commissariats ni dans les prisons. Il leur dirait d’aller directement à la morgue. C’est là qu’ils le trouveraient. Ce n’est pas une exagération de sa part. C’est ce qu’il observe, ce qu’il constate, ce qui se passe dans le pays en ce moment même.
Nguémalé a fermé la boucle avec une prédiction sobre et sans colère apparente : si demain quelque chose de grave lui arrive, il sait déjà qu’il n’y aura pas de déclaration officielle. Exactement comme pour le policier disparu en détention dont le corps a été retrouvé sans vie. Le silence du pouvoir face à ses propres actes est devenu si prévisible qu’on peut désormais l’anticiper avant même que l’événement ne se produise. Et c’est peut-être ça, le signe le plus inquiétant de tous : quand l’impunité devient aussi régulière qu’une habitude, elle n’étonne plus personne.
Par Gisèle MOLOMA
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