
« Aujourd’hui, sur 20 préfectures que compte la République centrafricaine, il n’y a aucun centimètre qui est occupé par les forces du mal. » Face aux caméras de la télévision de propagande russe RT en français, le ministre de la Sécurité publique, le général Bienvenu Zokoué, présente le contrôle intégral du territoire comme une réalité acquise. Alors, Bienvenu Zokoué est-il atteint d’une maladie ou il rêve seulement ?
Cette affirmation s’inscrit dans le récit sécuritaire défendu depuis plusieurs années par le pouvoir centrafricain et ses alliés russes : l’arrivée des forces russes aurait permis de reprendre le territoire aux groupes armés et de restaurer l’autorité de l’État.

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Les faits rapportés dans plusieurs régions du pays dressent une image beaucoup plus complexe. Des groupes armés continuent d’opérer dans certaines zones, des affrontements opposent encore la CPC aux forces soutenues par les Russes et des attaques ont lieu jusque dans les environs de Bangui.
Amdafock attaquée malgré le « contrôle total »
L’exemple d’Amdafock, dans la Vakaga, est récent.
Le 30 juin 2026, la localité a été attaquée par des combattants rebelles. Les événements qui ont suivi ont montré que le contrôle gouvernemental sur la ville n’était pas aussi absolu que le laisse entendre le ministre.
CNC a rapporté l’attaque, puis la reprise de la ville par les forces gouvernementales et leurs alliés russes. Le chef du détachement FACA présent sur place avait lui-même reconnu la présence de rebelles dans la localité. 
La chronologie suffit à poser une question au ministre : comment un territoire peut-il être présenté comme totalement contrôlé lorsqu’une ville peut être attaquée et tenue par des combattants armés avant d’être reprise par les forces gouvernementales ?
Le contrôle d’une ville après une opération militaire ne signifie pas nécessairement que l’ensemble de la zone environnante est durablement sécurisé.
Des affrontements encore signalés dans le pays
La Nana-Mambéré fournit un autre exemple.
CNC a rapporté deux affrontements récents entre des combattants de la CPC et des mercenaires russes dans le secteur de Bouar. Le plus récent, en août, aurait fait plusieurs morts dans les rangs des mercenaires russes. Ces informations montrent que des groupes armés disposent encore d’une capacité opérationnelle dans cette partie du pays.
Une situation difficile à concilier avec la formule utilisée par le ministre : « aucun centimètre ».
Le problème se retrouve dans d’autres zones. Des informations font état de la présence de groupes armés dans différentes parties du territoire, notamment dans le nord-est, le centre et le sud-est. Le contrôle administratif d’une préfecture ne signifie pas que chaque village, chaque axe routier et chaque zone forestière sont effectivement contrôlés par les forces de l’État.
Une attaque à 55 kilomètres de Bangui
La contradiction apparaît encore plus nettement avec l’assassinat, le 1er août, du géologue suisse Majineh Luka et de son garde du corps, un militaire centrafricain, au PK 55 sur l’axe Bangui-Damara.
Le lieu se trouve à environ 55 kilomètres de Bangui, selon les informations publiées par CNC.
Il s’agit donc d’une attaque meurtrière sur un axe proche de la capitale, dans une zone qui ne peut pas être présentée comme une région éloignée et inaccessible aux services de sécurité.
Plus important encore, les autorités centrafricaines ont elles-mêmes évoqué la piste de groupes armés.
Le ministre conseiller chargé des Grands Travaux à la présidence, Pascal Bida Koyagbele, s’est rendu à la morgue après le drame et a publiquement mis en cause le FPRC de Nourredine Adam ainsi que des responsables politiques de l’opposition. CNC a rapporté ces accusations. 
Le FPRC a par la suite rejeté toute responsabilité dans cette affaire. 
Cette séquence crée une contradiction au sein même du gouvernement.
D’un côté, le ministre de la Sécurité publique affirme qu’aucun centimètre du territoire n’est occupé par des groupes armés.
De l’autre, un membre du dispositif présidentiel attribue publiquement une attaque meurtrière près de Bangui à un groupe armé précis.
Si des groupes armés sont suffisamment présents pour être accusés d’une attaque à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, sur quelle base le ministre peut-il affirmer qu’il n’existe plus aucun centimètre occupé par eux ?
Le contrôle total devient un élément de communication
Cette contradiction ne concerne pas seulement Bienvenue Zokoué. Elle renvoie à un discours gouvernemental plus ancien présentant régulièrement le territoire national comme entièrement récupéré.
Le ministre reprend aujourd’hui la formule du « contrôle total ».
Dans les communications précédentes du pouvoir, des responsables avaient déjà avancé des affirmations similaires sur le contrôle intégral du territoire. CNC avait notamment rapporté les déclarations de l’ancien porte-parole du gouvernement Serge Ghislain Djorie sur un contrôle à 100 % du territoire grâce notamment à un dispositif satellitaire. 
Le vocabulaire change, mais le récit reste identique : les groupes armés seraient réduits à quelques éléments résiduels et l’État contrôlerait désormais l’ensemble du territoire.
Les événements de terrain compliquent cette présentation.
Des forces russes toujours engagées dans des combats
Un autre élément affaiblit ce récit.
Si aucun groupe armé ne contrôlait plus aucune partie du territoire, les forces russes déployées aux côtés des FACA ne devraient plus avoir à mener régulièrement des opérations contre des groupes rebelles.
Or les affrontements rapportés dans la Nana-Mambéré montrent précisément le contraire.
Les forces russes restent engagées dans des combats contre la CPC. Des mercenaires russes ont été tués dans ces affrontements selon les informations publiées par CNC.
Cette réalité pose une question au gouvernement : si le territoire est totalement contrôlé, pourquoi les forces présentées comme les garantes de cette reconquête continuent-elles de combattre des groupes armés plusieurs années après leur arrivée en Centrafrique ?
La promesse russe des trois mois face aux années d’insécurité
Le discours actuel doit aussi être replacé dans les promesses formulées au début du déploiement russe.
L’arrivée des instructeurs et mercenaires russes avait été présentée comme une étape décisive vers la restauration de la sécurité.
Pourtant, près d’une décennie après le début de cette présence russe, les affrontements persistent dans plusieurs régions.
La promesse d’une pacification rapide se heurte donc au temps qui passe.
Les Russes sont présents depuis des années. Les groupes armés sont toujours signalés dans certaines zones. Les forces russes continuent de participer à des opérations militaires. Des attaques meurtrières se produisent encore sur des axes proches de Bangui.
Le ministre face à ses propres contradictions gouvernementales
La déclaration de Bienvenue Zokoué aurait pu être limitée à un bilan optimiste de la situation sécuritaire. Il choisit une formulation absolue : « aucun centimètre ».
Cette expression rend son affirmation particulièrement facile à confronter aux faits.
Amdafock a été attaquée.
Des combats continuent dans la Nana-Mambéré.
Des difficultés sécuritaires persistent dans le Haut-Mbomou.
Une attaque meurtrière a été commise au PK 55, sur l’axe de Damara, à quelques dizaines de kilomètres de Bangui.
Et dans cette dernière affaire, un responsable du dispositif présidentiel a lui-même accusé des groupes armés.
Le général Bienvenue Zokoué ne peut donc pas simplement présenter le territoire centrafricain comme totalement débarrassé des groupes armés sans expliquer ces événements.
Son affirmation ressemble davantage à une déclaration de communication destinée à conforter le récit d’une victoire sécuritaire qu’à une description exhaustive de la réalité du terrain.
Par Gisèle MOLOMA
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