La RCA bascule-t-elle dans le jeu confessionnel ? Ce que cache l’inauguration de la mosquée du Camp Kassaï
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Jeudi 26 mars 2026, le dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadéra a inauguré en personne une nouvelle mosquée au cœur du Camp Kassaï, principal quartier général des Forces armées centrafricaines. Présentée comme un simple geste d’inclusion et d’unité républicaine, cette inauguration soulève en réalité des questions bien plus profondes sur les équilibres confessionnels au sein de l’armée et sur les contreparties géopolitiques qui l’accompagnent.
Lors de la cérémonie, le général d’armées Zéphyrin Mamadou, chef d’état-major des armées, a décrit l’édifice comme un lieu de recueillement dédié aux militaires de confession musulmane. Il l’a placé, dans son discours, aux côtés de la grotte mariale Notre-Dame des Armées et d’une chapelle protestante, composant ainsi l’image d’une armée respectueuse de toutes les croyances.
Pourtant, ce tableau d’équilibre ne résiste guère à l’examen des faits. Contrairement à ce qui a été affirmé, il n’existe pas d’église catholique ni de véritable lieu de culte protestant construit au Camp Kassaï. La grotte mariale et la modeste chapelle mentionnées ne constituent pas des équivalents structurels à une mosquée édifiée de toutes pièces. Le symbole d’une armée « multiconfessionnelle » apparaît donc largement asymétrique.
Derrière la cérémonie se dessine surtout une relation financière et politique de plus en plus dense entre Bangui et Doha. Depuis plusieurs années, le Qatar multiplie les engagements en Centrafrique, dans le cadre d’une stratégie d’influence qui touche une grande partie du continent africain. Des sources proches du dossier confirment que le président Touadéra a effectué plusieurs voyages à Doha, débouchant sur des financements substantiels en faveur de son régime. En échange, Bangui aurait accordé des facilités concrètes aux intérêts qataris, notamment autour de projets d’infrastructure comme un possible aéroport aux abords de PK-26, sur la route de Boali.
À ce volet qatari s’ajoute l’implication pakistanaise. Islamabad a financé la construction d’un dispensaire au sein même du Camp Kassaï. Discrète, cette réalisation s’inscrit dans la même logique : des États à majorité musulmane investissent directement dans l’enceinte de la principale garnison du pays, tandis que le pouvoir centrafricain leur offre une visibilité institutionnelle forte. L’inauguration en grande pompe de la mosquée en est l’illustration la plus visible.
Mais l’enquête du CNC va plus loin. Pour la première fois, des éléments mettent en lumière le rôle discret mais déterminant du Qatar dans la dynamique ayant conduit à la signature des accords de paix entre le gouvernement centrafricain et les groupes armés UPC et 3R à N’Djaména en avril 2025. Selon nos sources, Doha aurait exercé une pression financière sur le Tchad, qui l’a ensuite répercutée sur les dirigeants de ces deux mouvements, dont les chefs résident au Tchad. Le président Mahamat Idriss Déby aurait ainsi servi de courroie de transmission à une médiation dont le véritable moteur se situait dans le Golfe.
Touadéra a obtenu la « paix » dont il avait urgemment besoin pour consolider son pouvoir. Le Qatar, de son côté, a reçu les gages qu’il réclamait. Dans ce contexte, la mosquée du Camp Kassaï n’apparaît plus comme un simple symbole de cohésion nationale. Elle ressemble davantage au reçu officiel d’une transaction géopolitique et financière.
La RCA, pays à majorité chrétienne, est-elle en train de basculer, lentement mais sûrement, dans un jeu confessionnel où les lieux de culte deviennent des instruments de négociation internationale ? L’avenir le dira. Mais l’inauguration du 26 mars invite à regarder au-delà des discours officiels.
Par Alain Nzilo
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