
Le gouvernement des bras cassés de la septième république annonce un plan pour faire passer le taux d’accès à l’électricité de 16,8 % à 50 % d’ici 2030. Le problème ? Ils n’ont pas l’argent. Ils affichent un besoin de 1 051 milliards de FCFA (1,75 milliard de dollars) et espèrent que le secteur privé et la Banque mondiale feront tout le travail.
Derrière les effets d’annonce de ce « Pacte National de l’Énergie » validé en Conseil des ministres, se cache une opération de haute voltige illusionniste organisée par le clan au pouvoir.

Un aveu de faillite nationale déguisé en exploit
Il aura fallu attendre la lecture fine de ce compte rendu du conseil des ministre du 11 juin 2026 pour obtenir un chiffre qui fait froid dans le dos : 16,8 %. C’est d’ailleurs un chiffre largement gonflé. De toute façon, c’est le taux misérable et officiel d’accès à l’électricité en République centrafricaine en plein cœur de l’année 2024/2026. Après des années de gouvernance et de promesses de rupture du Professeur-dictateur Faustin Archange Touadéra, plus de 83 % de la population vit encore dans l’obscurité totale, dépendante des lampes à pétrole ou du bon vouloir de groupes électrogènes hors de prix.
Au lieu de faire profil bas face à ce bilan catastrophique, le régime préfère fuir vers l’avant. Le “Pacte” promet de propulser ce taux à 50 % d’ici 2030, comme par enchantement. Mais l’arithmétique politique du pouvoir ne s’embarrasse pas de la réalité du terrain : pour allumer la lumière chez 2,4 millions de Centrafricains supplémentaires, il faut des infrastructures que le pays est aujourd’hui totalement incapable de financer lui-même.
L’art de faire la mendicité à l’échelle industrielle
La stratégie de financement de ce projet à mille milliards relève de la pure mendicité d’État. Le plan est divisé en cinq piliers stratégiques qui se résument en une seule phrase : « Que les autres paient à notre place ». Le texte stipule clairement que le régime compte sur la « Mission 300 » — une plateforme commune de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement — ainsi que sur la mobilisation de 30 % de capitaux purement privés pour combler le gouffre.
En clair, le gouvernement Touadéra signe des décrets, s’attribue le beau rôle dans les communiqués officiels, mais refile l’intégralité de la facture et de la mise en œuvre aux partenaires internationaux et aux investisseurs extérieurs. C’est le confort absolu : si le plan réussit, le clan revendiquera le miracle ; s’il échoue — ce qui est la norme —, la faute sera rejetée sur la frilosité des bailleurs de fonds.
Le cache-misère des foyers sans courant
Le summum de la diversion politique est atteint lorsque le rapport évoque triomphalement l’accélération de l’accès « aux solutions de cuisson propre », visant à faire passer ce taux de 17 % à 30 % pour toucher 100 000 personnes de plus.
Il y a une ironie à voir un Conseil des ministres disserter sur des réchauds améliorés et des techniques de cuisson alternative au moment même où la capitale et les provinces subissent un blackout chronique. À défaut de pouvoir fournir un réseau électrique stable, des usines compétitives et des compteurs qui fonctionnent, le régime offre aux Centrafricains une transition énergétique low-cost.
Le rayonnement par le virtuel
Ce Pacte National de l’Énergie n’est pas un plan de développement, c’est une liste de vœux pieux rédigée pour plaire aux institutions de Bretton Woods dans l’espoir de débloquer quelques subventions de passage. En chiffrant ses rêves à 1 051 milliards de FCFA sans disposer de la moindre garantie budgétaire propre, le clan Touadéra confirme sa spécialité : gouverner par l’illusion, pendant que les Centrafricains, eux, continuent de chercher la lumière.
Par Éric Nzapa
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