Il a lancé un ultimatum de 48 heures aux miliciens Azandé pour libérer les otages de Bambouti : six mois plus tard, quelle est la suite de la déclaration pathétique du commandant de compagnie de gendarmerie du Haut-Mbomou ?

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Six mois après l’ultimatum de quarante-huit heures lancé précipitamment par le commandant de compagnie de gendarmerie du Haut-Mbomou pour libérer les otages de Bambouti, l’heure est désormais au bilan.

 

La gestion d’une crise exige de la part des responsables une rigueur, une retenue et un sens de la planification qui s’opposent aux réactions impulsives de la rue.

Il a lancé un ultimatum de 48 heures aux miliciens Azandé pour libérer les otages de Bambouti : six mois plus tard, quelle est la suite de la déclaration pathétique du commandant de compagnie de gendarmerie  du Haut-Mbomou ?
Les otages de Bambouti

 

Lorsqu’une autorité représente l’État et coordonne les forces de la loi dans une région sensible, chaque parole publique engage la crédibilité de l’institution tout entière. C’est cette exigence de lucidité qui aurait dû guider l’action militaire dans le Haut-Mbomou après les événements du 28 décembre 2025, lorsque la sous-préfète de Bambouti, le commandant de brigade de la gendarmerie locale ainsi que deux agents de l’Autorité nationale des élections ont été capturés par des miliciens d’autodéfense de l’ethnie Azandé.

 

Au lendemain de cette capture, le commandant de compagnie de la gendarmerie, basé à Obo, a choisi d’occuper l’espace numérique plutôt que d’organiser une riposte stratégique. Via l’application WhatsApp, cet officier a diffusé un message vocal et écrit particulièrement véhément, fixant un ultimatum strict de quarante-huit heures aux ravisseurs. Dans cette déclaration, le chef de compagnie exigeait la libération immédiate des prisonniers, manifestant un intérêt exclusif pour le sort du commandant de brigade de gendarmerie. Ses propos allaient cependant bien au-delà d’une injonction légale, puisqu’il proférait des menaces directes à l’encontre de l’ensemble de la communauté azandée, affirmant vouloir en finir définitivement avec cette ethnie si ses exigences n’étaient pas satisfaites dans les deux jours.

 

Le calendrier a désormais fait son œuvre et le constat est sans appel. Six mois se sont écoulés depuis cette sortie médiatique. Les quarante-huit heures accordées par l’officier se sont transformées en une attente de six mois, et les otages demeurent toujours entre les mains de leurs ravisseurs dans la brousse de Bambouti. Cette absence de résultats met en relief l’impuissance réelle d’un commandement qui a confondu la gesticulation verbale sur les réseaux sociaux avec l’action de terrain. L’officier de gendarmerie ne possède en réalité aucun moyen logistique pour mener à bien ses menaces, il manque cruellement de véhicules pour transporter ses hommes sur les cent kilomètres qui séparent Obo de Bambouti, et ses troupes souffrent d’un manque criant d’armes et de munitions.

 

Pour compenser ce vide opérationnel, le commandant de compagnie a choisi de s’en remettre totalement aux mercenaires russes du groupe Wagner, espérant que ces forces paramilitaires appliqueraient la force promise dans ses messages. Cette alliance s’est traduite par un déplacement de la violence vers les populations civiles d’Obo, une ville pourtant parfaitement calme où aucun trouble à l’ordre public n’avait été constaté. Sur les indications du commandant, les mercenaires russes ont procédé à des vagues d’arrestations parmi les jeunes civils azandés. Des cultivateurs ont été raflés sur le site de déplacés de Nguili Nguili alors qu’ils s’occupaient de leurs travaux champêtres.

 

La répression a également frappé des jeunes de l’ethnie zandé qui s’étaient pourtant pliés de bonne foi au processus officiel de désarmement et de réinsertion. Ces anciens miliciens, formés par ces mêmes instructeurs russes et intégrés dans l’armée nationale, attendaient la régularisation de leur situation par l’état-major lorsqu’ils ont été capturés à leur domicile. Plusieurs de ces détenus ont été transférés vers la Section de recherche et d’investigation de la gendarmerie à Bangui, tandis que d’autres ont été emprisonnés ou tués. Pendant que la machine policière tente de monter des dossiers fictifs à Bangui pour justifier ces détentions abusives, les véritables auteurs du rapt à Bambouti continuent d’agir en toute liberté, indifférents aux messages de menace d’un officier démuni de tout moyen de coercition

 

Par Éric Nzapa

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