Élections par internet sans électricité : comment voter quand on n’a ni courant ni connexion ?

Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
À moins de trois mois du premier tour de la présidentielle du 28 décembre 2025, le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) dénonce une situation absurde : les listes électorales sont uniquement consultables en ligne alors que la majorité de la population n’a accès ni à l’électricité ni à internet.
Martin Ziguelé , porte-parole du BRDC, a donné un exemple personnel qui résume le problème : “Mon nom figure dix-sept fois sur la liste virtuelle”. Cette multiplication d’inscriptions témoigne du chaos qui règne dans le fichier électoral. Mais le problème va bien au-delà des doublons et des erreurs techniques.
En République centrafricaine, moins de 10% de la population dispose d’un accès régulier à l’électricité. Dans de nombreuses localités, il n’existe ni routes praticables, ni eau potable courante, encore moins de connexion internet. Comment les habitants de ces zones peuvent-ils vérifier leur inscription sur des listes électorales disponibles uniquement en ligne ?
Cette question n’est pas rhétorique. Des millions de Centrafricains se trouvent dans l’impossibilité matérielle de consulter le fichier électoral. Ils ne savent pas s’ils sont inscrits, où ils doivent voter, si leurs informations sont correctes. Cette ignorance forcée les prive de facto de leur droit de vote.
Le BRDC rappelle que depuis 1992, toutes les Élections pluralistes en République centrafricaine ont été précédées par l’affichage public des listes électorales dans les bureaux de vote et les unités administratives. Cette pratique permettait à chaque citoyen de vérifier son inscription sans avoir besoin d’équipement technologique.
Cette fois, le régime Touadéra a décidé de rompre avec cette tradition. Le président a convoqué le corps électoral sans garantir l’affichage physique des listes, condition pourtant prévue par le code électoral. Cette violation délibérée prive les citoyens d’un mécanisme fondamental de transparence électorale.
L’Autorité Nationale des Élections justifie cette absence d’affichage par le manque de moyens financiers. Mais cette excuse ne tient pas. Si l’ANE n’a pas les moyens d’imprimer et d’afficher des listes électorales – une opération qui nécessite essentiellement du papier et de l’encre – comment peut-elle prétendre organiser quatre scrutins simultanés nécessitant l’impression de millions de bulletins et le déploiement de matériel dans tout le pays ?
Cette contradiction démolit l’argument du manque de moyens. La vérité est ailleurs : le régime ne veut pas que les citoyens puissent vérifier les listes électorales. L’affichage physique permettrait de constater les fraudes, les inscriptions fantaisistes, les exclusions arbitraires. En limitant l’accès aux listes à une consultation en ligne impossible pour la majorité, le pouvoir se donne les moyens de manipuler le fichier sans contrôle citoyen.
Martin Ziguelé pose la question qui dérange : “Comment parler de compétition démocratique quand personne ne sait s’il est électeur ou non ?” Cette interrogation met le doigt sur l’absurdité fondamentale de la situation. Des Élections où les citoyens ne peuvent pas vérifier leur inscription ne sont pas des élections démocratiques.
Pour le BRDC, cette organisation fragilise la crédibilité du scrutin et confirme la volonté du régime de contrôler totalement le processus électoral. Imposer une consultation en ligne dans un pays sans électricité ni internet revient à instaurer un mécanisme d’exclusion systématique de la majorité de la population.
Cette exclusion n’est pas accidentelle. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large du régime pour organiser des élections sur mesure. Moins il y aura de contrôle citoyen, plus il sera facile de fabriquer les résultats souhaités. Moins les gens pourront vérifier leur inscription, plus il sera simple d’empêcher certains de voter tout en ajoutant des électeurs fantômes.
L’opposition voit dans cette démarche une nouvelle preuve que la présidentielle et les scrutins associés se dérouleront dans des conditions viciées qui ne permettront pas au peuple centrafricain d’exprimer librement sa volonté.
Cette situation pose aussi la question de la complicité passive des partenaires internationaux. La communauté internationale finance en partie le processus électoral centrafricain. Les bailleurs de fonds acceptent-ils que leur argent serve à organiser des élections où les listes électorales restent inaccessibles à la majorité des citoyens ?
Le paradoxe est complet : on parle de modernisation du processus électoral avec des listes consultables en ligne, mais cette prétendue modernité exclut 90% de la population qui n’a pas accès aux technologies nécessaires. C’est une modernité de façade qui cache une régression démocratique.
Les Centrafricains des zones rurales – qui représentent la majorité de la population – se retrouvent doublement exclus. D’abord parce qu’ils n’ont pas les moyens techniques de consulter les listes en ligne. Ensuite parce que le régime refuse d’afficher ces listes physiquement dans leurs localités.
Le BRDC a raison de dénoncer cette situation sans précédent. Jamais dans l’histoire électorale centrafricaine post-1992, les citoyens n’avaient été privés de la possibilité de vérifier physiquement leur inscription sur les listes électorales.
Cette régression témoigne de la dérive autoritaire du régime Touadéra qui accumule les violations des règles démocratiques : Constitution imposée par la force, convocation électorale dans l’illégalité, listes électorales inaccessibles, refus du dialogue avec l’opposition.
Les élections de décembre 2025 s’annoncent comme une parodie démocratique où les citoyens voteront sans savoir s’ils sont inscrits, dans des conditions opaques, pour des résultats probablement fabriqués. Le régime appelle cela de la souveraineté. Le reste du monde appelle cela une dictature qui ne dit pas son nom.
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