Deux poids, deux mesures, le casse-tête des officiers centrafricains de la gendarmerie formés en Russie : interview exclusive avec Romaric Mbilo, politologue, spécialiste de l’armée nationale

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Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Quatre ans. C’est le temps que passent certains de nos jeunes officiers en formation en Russie, loin de leurs familles, loin de chez eux. Quatre ans d’attente, d’espoir, et aujourd’hui d’incompréhension. Pendant ce temps, d’autres stagiaires, partis six mois en Ouganda, leurs décret de grade sont déjà sortis. Comment expliquer ce décalage ? Pourquoi certains sont-ils oubliés quand d’autres avancent ? Monsieur Romaric Mbilo, politologue et spécialiste de l’armée nationale, a accepté de nous parler. Sans détour, avec l’expérience de celui qui connaît le métier de l’intérieur, il nous livre son regard sur une situation qui interroge et qui inquiète.
Corbeau News Centrafrique :Monsieur Romaric, bonjour. Merci d’avoir accepté cette interview. Vous suivez de près l’évolution de nos forces de défense et de sécurité depuis des années. Aujourd’hui, une situation semble anormalement bloquée : plus de vingt-sept de nos futurs officiers sont en Russie depuis 2021 sans perspective de décret de reconnaissance de leur grade. Quelle est votre analyse de ce dossier ?
- Romaric :Bonjour. Je vous remercie de m’offrir cette tribune sur un sujet qui touche au cœur de notre souveraineté militaire. Ce que nous vivons est une anomalie grave. Imaginez : ces jeunes sont partis depuis quatre ans. Ils ont quitté leur pays, leurs familles, pour se former au métier des armes dans des conditions difficiles, et surtout dans le froid. Ils sont toujours là-bas, en attente de la reconnaissance de l’État, mais le silence de Bangui est assourdissant.
CNC :Justement, parlons de ce silence. On apprend qu’une promotion partie en Ouganda pour seulement six mois en 2025 a déjà vu ses décrets d’avancement signés à la mi-décembre. Ils porteront leurs galons dès leur retour. Comment un tel décalage est-il possible ?
- Romaric :C’est l’incompréhension totale. C’est le monde à l’envers ! Dans l’armée, la hiérarchie et la préséance sont basées sur le temps de formation et l’ancienneté. Comment expliquer à un jeune qui entame sa cinquième année d’études militaires en Russie que le petit nouveau, parti six mois en stage en Ouganda, est déjà officier par décret avant même d’avoir remis les pieds sur le sol national ? C’est une insulte au mérite.
CNC :Est-ce que ce blocage administratif ne cache pas une forme de “sanction” politique contre ceux qui ont été formés chez le partenaire russe ?
- Romaric : Si c’est le cas, c’est une faute stratégique. On ne sanctionne pas ses propres enfants pour des questions de géopolitique. Ces élèves ne sont pas les officiers de la Russie, ce sont les officiers de la République Centrafricaine. En refusant de signer leurs décrets alors qu’ils sont encore en terre étrangère, on les fragilise moralement. Quel message envoie-t-on à ceux qui nous représentent à l’extérieur ? Que leur État les oublie au profit de circuits plus “courts” et politiquement plus agiles ?
CNC : Concrètement, quel est l’impact de l’absence de ce décret de galon pour ces jeunes qui sont toujours en Russie ?
- Romaric :L’impact est dévastateur. Juridiquement, ils restent des élèves, des stagiaires. Ils n’ont aucune sécurité de carrière, aucune garantie sur leur solde future. C’est un vide administratif qui les place dans une précarité indigne de leur rang. Pendant ce temps, la promotion ougandaise revient avec des garanties pleines et entières. C’est une rupture d’égalité flagrante devant la loi militaire.
CNC : Monsieur Romaric, pour conclure, la situation semble bloquée au niveau du ministère de la Défense. Quel serait votre dernier mot pour alerter les autorités ?
- Romaric :Je dirais au commandement : attention. Une armée ne tient que par la confiance qu’elle inspire à ses hommes. Si vous créez des officiers de “première zone” et des officiers de “seconde zone” selon le pays de formation, vous détruisez la fraternité d’armes. Signez ces décrets pour les enfants du pays en Russie. Il est temps de ramener la justice sous les drapeaux.
CNC : Monsieur Romaric, merci pour cette franchise qui, nous l’espérons, fera bouger les lignes.
- Romaric :C’est mon vœu le plus cher. Merci à vous.
Propos recueillis par Brahim….
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