
Le conflit autour de la direction du Conseil supérieur islamique de Centrafrique, né après le décès de l’imam Omar Kobine Layama en 2020, connaît un nouvel épisode à Bangui. La bataille entre les deux camps qui revendiquent la direction de cette institution religieuse touche désormais la mosquée du 6e arrondissement, où une association invoque un financement du président Faustin-Archange Touadéra pour demander l’arrêt des travaux de réhabilitation.
En effet, après la disparition d’Omar Kobine Layama, un bureau intérimaire a été mis en place pour assurer la direction du Conseil supérieur islamique. Ahmed Deliris Rattor, alors premier vice-président, a assuré cette période de transition.

La question de la succession s’est ensuite installée au sein de la communauté musulmane. Le renouvellement du bureau national a donné lieu à une nouvelle bataille entre plusieurs responsables religieux, chacun revendiquant la légitimité de son camp.
Le 30 décembre 2025, une assemblée générale a désigné un nouveau bureau exécutif national avec l’imam Abdoulaye Ouassélégue à sa tête. Cette désignation n’a pas mis fin au conflit. Un autre groupe, proche du Président Faustin-Archange Touadera , a continué à revendiquer la direction du Conseil supérieur islamique, créant une situation de double légitimité au sein de la communauté musulmane.
À lire aussi : « L’URSS libérait l’Afrique, Wagner la pille » : Martin Ziguelé brise le tabou de la présence russe
Le conflit gagne la mosquée du 6e arrondissement
La mosquée du 6e arrondissement se retrouve aujourd’hui au cœur de cette confrontation.
Détruit lors des violences de 2018, le lieu de culte est resté pendant plusieurs années sans permettre aux fidèles du secteur d’y accomplir normalement leurs prières. La reconstruction a repris en 2025 avec la mobilisation de plusieurs personnes et des contributions destinées à faire avancer les travaux.
Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, des matériaux ont été fournis par des personnes de bonne volonté. Des fidèles ont également participé aux dépenses nécessaires à la poursuite du chantier. Un comité de reconstruction a été constitué pour suivre les travaux et organiser les besoins matériels.
Les travaux ont connu plusieurs interruptions. La communauté musulmane du secteur a finalement décidé de remettre progressivement le bâtiment en état afin de permettre la reprise des prières, alors même que la reconstruction n’était pas totalement achevée.
Le 29 septembre 2026, une note d’information adressée au commissaire de police du 6e arrondissement a officiellement annoncé la reprise des activités cultuelles dans la mosquée Arrahman de Linguïssa II, notamment la grande prière du vendredi. La mairie du 6e arrondissement et le chef de quartier ont reçu copie du document.
Une mise en demeure change la nature du conflit
Quelques jours plus tard, le conflit prend une dimension nouvelle.
Le 5 octobre 2026, Me Claude Saint Pierre Goubano, avocat de l’Association Mains Tendues de Touadéra (AMTT), adresse une mise en demeure au maire du 6e arrondissement et à l’imam Abdoulaye Ouassérengue.
L’avocat demande l’arrêt immédiat des travaux réalisés sur le bâtiment de la mosquée. Il affirme que l’Association Mains Tendues de Touadéra avait engagé les travaux de reconstruction après avoir reçu des fonds du président de la République.
Dans cette correspondance, l’avocat soutient que l’association avait réalisé les travaux et reproche aux responsables de la mosquée d’être intervenus dans l’enceinte du bâtiment sans son autorisation.
Le même jour, un huissier de justice signifie une sommation d’arrêt des travaux à l’imam Ouassérengue, par l’intermédiaire du muezzin présent à la mosquée de Yapélé, également appelée Al Farouq.
La procédure demande donc aux responsables du lieu de culte de suspendre les travaux sous peine de poursuites judiciaires.
Le financement présidentiel au cœur de la revendication
C’est sur ce point que l’affaire prend une dimension particulière.
La mise en demeure affirme que le président de la République aurait remis des fonds au coordonnateur de l’Association Mains Tendues de Touadéra, Alamine Baraka, pour reconstruire la mosquée.
Cette affirmation n’apparaissait pas, selon les éléments recueillis par la rédaction du CNC, dans les échanges ayant accompagné jusque-là la reconstruction du bâtiment.
La communauté musulmane du 6e arrondissement avait mobilisé différentes contributions pour permettre aux travaux de se poursuivre. Des fidèles avaient également participé aux dépenses et des matériaux avaient été fournis par des personnes de bonne volonté.
La mise en demeure fait donc apparaître un nouvel élément : l’invocation d’un financement présidentiel pour justifier l’intervention de l’association dans la gestion du bâtiment.
Le document ne contient en revanche aucune disposition établissant explicitement que la mosquée serait devenue la propriété personnelle du président de la République. Il établit une revendication de l’association fondée sur le financement qu’elle affirme avoir reçu pour les travaux.
Une bataille religieuse qui dépasse les travaux
Le conflit autour de la mosquée ne peut être séparé de la bataille qui oppose depuis plusieurs mois les deux camps revendiquant la direction du Conseil supérieur islamique.
L’imam Abdoulaye Ouassérengue fait partie des responsables engagés dans cette succession. Sa désignation à la tête d’un bureau exécutif national en décembre 2025 a été contestée par le camp issu du bureau intérimaire.
Le coordonnateur de l’Association Mains Tendues de Touadéra, Alamine Baraka, apparaît lui aussi dans cette séquence. Les informations recueillies par la rédaction du CNC font état de liens familiaux entre ce dernier et certains responsables impliqués dans le conflit institutionnel au sein du Conseil supérieur islamique.
L’imam Abdoulaye Ouassélégue dirige le bureau exécutif national contesté par l’Association Mains Tendues de Touadéra qui revendique des droits sur la mosquée du 6e arrondissement à Bangui.
C’est dans ce contexte que la question de la mosquée du 6e arrondissement prend une portée qui dépasse largement la seule reconstruction d’un bâtiment.
La reprise des prières par les fidèles intervient au moment où les deux camps continuent de se disputer la légitimité à diriger l’institution islamique nationale. La mise en demeure vient désormais ajouter une bataille autour de l’usage du lieu de culte, des travaux réalisés et du financement invoqué par l’association.
Le maire du 6e arrondissement cité dans la procédure
La mise en demeure vise également le maire du 6e arrondissement. Pourtant, les éléments recueillis par la rédaction montrent que son nom apparaît dans la note d’information adressée par l’imam aux autorités locales comme destinataire en copie.
La note avait pour objet d’informer les autorités de la reprise des activités cultuelles dans la mosquée. Elle avait également été transmise au commissaire de police du 6e arrondissement et au chef de quartier.
Aucun élément contenu dans les documents examinés par le CNC ne permet d’établir que le maire aurait ordonné ou financé les travaux de reconstruction. Son implication dans la procédure semble liée, à ce stade, à son statut d’autorité administrative locale informée de la reprise des activités dans le lieu de culte.
Une nouvelle ligne de fracture au sein de la communauté musulmane
Le dossier de la mosquée du 6e arrondissement révèle ainsi une nouvelle étape dans le conflit qui oppose les différents protagonistes de la succession ouverte après le décès d’Omar Kobine Layama.
La question de la direction du Conseil supérieur islamique s’est progressivement déplacée vers les lieux de culte, avec désormais une procédure judiciaire autour d’une mosquée reconstruite après sa destruction en 2018.
L’Association Mains Tendues de Touadéra revendique des droits sur les travaux en invoquant un financement présidentiel. Les responsables de la mosquée contestent cette intervention et ont repris les prières avec les fidèles du secteur.
La rédaction du CNC poursuit ses investigations sur l’origine des financements, la gestion des travaux, les différentes structures qui revendiquent la direction du Conseil supérieur islamique et les conditions dans lesquelles le financement présidentiel est aujourd’hui invoqué dans le différend autour de la mosquée du 6e arrondissement.
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC
Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube
Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65
Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org
Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org




