Centrafrique : un accord de paix qui oublie ses victimes

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Le nouvel accord de paix signé à N’Djaména ignore les centaines de milliers de déplacés centrafricains.
L’accord de paix conclu le 19 avril 2025 à N’Djaména entre Bangui et les groupes armés 3R et UPC promet le désarmement et l’intégration des ex-rebelles dans l’appareil d’État. Mais ce texte, négocié sous médiation tchadienne, passe sous silence une réalité dévastatrice : les centaines de milliers de civils qui ont fui les violences de ces mêmes groupes armés.
Plus de 700 000 personnes vivent aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, selon l’UNHCR. 750 000 autres ont trouvé refuge dans les pays voisins. Ces populations ont quitté leurs villages pour échapper aux raids, aux pillages et aux violences sexuelles documentés par Human Rights Watch en 2024. L’Ouham-Pendé et la Haute-Kotto portent encore les cicatrices de ces exactions.
L’accord ne propose aucun mécanisme de justice transitionnelle. Aucune réparation pour les victimes. Aucun plan de retour pour les déplacés. Les leaders des 3R et de l’UPC, Oumar Abdelkader et Ali Darassa, se voient offrir des postes gouvernementaux et des responsabilités militaires. Cette intégration récompense en fait des hommes dont les troupes ont terrorisé les populations civiles.
Dans les camps de déplacés, les conditions restent précaires. L’accès à l’eau potable demeure limité. Les services de santé font défaut. Les enfants grandissent sans école. Pendant ce temps, leurs bourreaux d’hier négocient leur participation au pouvoir. Cette contradiction mine la crédibilité de l’État centrafricain auprès de ses propres citoyens.
L’histoire récente montre les limites de cette approche. L’Accord de 2019 avait déjà privilégié l’apaisement avec les groupes armés sans répondre aux attentes des communautés. Résultat : les violences ont repris dès 2021. Les mêmes acteurs qui signent aujourd’hui avaient alors rompu leurs engagements.
Le Tchad, garant de ce nouvel accord, se contente de superviser les relations entre les parties signataires. Rien n’indique qu’il plaidera pour les victimes ou mobilisera des fonds humanitaires. Son rôle se limite à maintenir un équilibre fragile entre élites armées.
Les consultations populaires ont été absentes du processus. Les leaders communautaires n’ont pas été associés aux négociations. Cette exclusion prive l’accord de légitimité auprès des populations qui en supportent le coût depuis des années. Comment espérer leur adhésion à une paix négociée sans eux ?
En RCA, les fractures ethniques et religieuses alimentent encore les tensions. Les communautés peules accusent les 3R de persécutions ciblées. Les populations de l’Est dénoncent les abus de l’UPC. Ces blessures ne guériront pas par le simple cantonnement des combattants. Elles exigent reconnaissance, vérité et justice.
L’accord de N’Djaména perpétue une logique dangereuse : celle de l’impunité négociée. En Centrafrique, prendre les armes contre l’État peut mener au gouvernement. Cette leçon n’échappera pas aux futurs entrepreneurs de violence. Elle encourage la militarisation de la contestation politique.
Les partenaires internationaux de la RCA doivent exiger des compléments à cet accord. La justice ne peut être sacrifiée sur l’autel de la stabilisation. Les victimes ont droit à la vérité sur les crimes subis. Elles méritent des réparations matérielles et symboliques. Leur retour dans la dignité conditionne la réconciliation nationale.
Sans justice pour les victimes, cet accord ressemble à tous les précédents : un arrangement entre élites qui reporte la résolution du conflit. Les civils centrafricains ont déjà payé un prix trop lourd pour accepter une paix qui les ignore. Leur patience a des limites que ce texte semble méconnaître….
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![Les mercenaires russes du groupe Wagner en débandade à Am-Dafock face à l’offensive des rebelles centrafricains Les mercenaires russes du groupe Wagner en débandade à Am-Dafock face à l'offensive des rebelles centrafricains Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de , Analysant la mise au point de la MINUSCA, Fari Tahéruka Shabazz démontre comment l'organisation onusienne confirme implicitement la déroute des mercenaires russes de Wagner à Am-Dafock. Les derniers développements militaires dans la préfecture de la Vakaga, plus précisément dans la localité frontalière d'Am-Dafock, viennent démentir de manière catégorique la communication officielle de Bangui, une réalité que Fari Tahéruka Shabazz met en évidence en s'appuyant sur les données du terrain. Alors que les canaux gouvernementaux tentaient d'attribuer l'assaut à des éléments terroristes étrangers ou à des contingents venus du Soudan et du Tchad, le rapport de la mission onusienne rétablit les faits : ce sont exclusivement des groupes armés nationaux, notamment des combattants affiliés au Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et au Mouvement démocratique pour le rassemblement du peuple centrafricain, qui ont mené cette opération d'envergure. Cette précision factuelle de l'organisation internationale détruit la rhétorique du pouvoir qui cherche continuellement à externaliser les causes de l'instabilité intérieure. La réalité du terrain montre une offensive purement centrafricaine qui a mis en déroute les forces de l'armée nationale et leurs alliés russes. Les mercenaires du groupe Wagner, présentés depuis des mois comme le bouclier infaillible du régime, ont abandonné leurs positions ou ont été incapables de contenir la poussée des insurgés, fuyant la zone des combats et laissant la population civile sans défense. Le bilan humain communiqué par les Nations Unies apporte un autre démenti aux rumeurs propagées ces dernières heures. Contrairement aux allégations faisant état de la mort d'un casque bleu zambien, la direction de la mission précise que trois soldats de la paix ont été blessés, dont un grièvement, lors d'une patrouille de protection. De plus, la MINUSCA rectifie la nature de l'incident en précisant qu'il s'agissait de tirs dirigés vers sa base opérationnelle temporaire, et non d'une prise d'assaut de ses installations par les forces de l'opposition armée. L'aspect le plus instructif de cette mise au point réside dans l'injonction faite au gouvernement centrafricain. En exigeant explicitement de Bangui qu'il déploie tous les moyens nécessaires pour garantir la protection et l'assistance humanitaire aux populations civiles d'Am-Dafock, la communauté internationale souligne le vide sécuritaire actuel. Cette demande formelle indique clairement que l'État ne contrôle plus cette localité stratégique et que la prétendue reprise de contrôle par les forces régulières et leurs partenaires bilatéraux est une contrevérité. Enfin, l'absence totale de mention des forces de Wagner dans la déclaration officielle de la mission onusienne constitue un choix politique lourd de sens. En choisissant d'ignorer la présence ou la fuite de ces combattants privés, l'organisation refuse de leur accorder la moindre légitimité juridique ou opérationnelle. Pour l'institution internationale, la sécurité régalienne incombe uniquement à l'État centrafricain, et la déroute des forces russes n'est pas un sujet de négociation ni de pitié officielle. Bangui se retrouve ainsi renvoyé à ses propres responsabilités constitutionnelles, démuni de son argumentaire habituel et privé de l'efficacité supposée de ses protecteurs privés, alors même que la situation des populations exige des mesures d'urgence immédiates. Par Ibrahim Moussa Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2026/07/les-rebelles-qui-patrouillent-la-ville-d-amdafok-a-60km-de-birao-218x150.webp)