Centrafrique : quand Touadéra nie la faillite économique de son propre régime

Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Dans son entretien accordé à la chaine française France 24, Faustin-Archange Touadéra a balayé d’un revers de main les accusations d’échec économique portées contre lui. Face aux questions sur la pauvreté croissante, l’absence d’infrastructures et la dégradation du niveau de vie des centrafricains, Baba Kongoboro a répondu avec un calme déconcertant que “la République centrafricaine revient de très loin” et que “des progrès ont été réalisés”. C’est pathétiquement incroyable.
En effet, depuis dix ans, les indicateurs économiques du pays chutent chaque année. Le revenu moyen n’a pas augmenté. Les exportations restent chaotiques. Les salaires de certains fonctionnaires des institutions sont irréguliers. Les hôpitaux fonctionnent sans équipement. Les chantiers annoncés, routes, universités, logements, barrages, se réduisent à des promesses répétées à chaque discours présidentiel. Pourtant, Touadéra continue de présenter cette inertie comme une “reconstruction nationale”, en parlant d’un pays qui “relève la tête”.
La réponse du président Baba Kongoboro traduit une stratégie bien connue : nier la réalité en invoquant la patience et le temps. Il affirme qu’“on ne peut pas tout résoudre en même temps”, tout en oubliant qu’il dirige depuis 2016. Les difficultés économiques deviennent ainsi des justifications politiques. Il dépeint la pauvreté comme une fatalité historique, non comme le résultat d’une gouvernance défaillante.
Son langage est celui d’un chef d’État détaché des faits. Aucun mot sur l’inflation. Sur la dette. Sur la fuite des capitaux. Sur la dépendance croissante envers l’aide étrangère. Touadéra se retranche derrière un discours de résilience, transformant la misère en preuve de courage national. Il prétend que la situation du pays s’améliore parce qu’elle n’est plus catastrophique, oubliant que la simple survie d’un État ne saurait tenir lieu de développement.
Dans cette interview, le président Faustin-Archange Touadera alias Baba Kongoboro ne parle ni de réformes ni de résultats. Il se contente de dire que “le peuple lui fait confiance”. Un argument de foi plutôt qu’un bilan. Le ton rassurant masque une impasse totale : celle d’un pouvoir incapable de produire du changement, mais encore capable de nier l’évidence.
Regardons les chiffres. En 2016, quand Touadéra est arrivé au pouvoir, le PIB par habitant de la Centrafrique était d’environ 400 dollars. En 2025, après dix ans de règne, il est toujours d’environ 400 dollars. Peut-être même moins si on ajuste avec l’inflation. Dix ans sans croissance réelle. Dix ans sans amélioration du niveau de vie. Dix ans sans création de richesse.
Les exportations du pays restent dominées par les ressources naturelles non transformées. Or, diamants, bois. Les mêmes produits qu’il y a vingt ans. Aucune industrialisation. Aucune diversification économique. Aucune valeur ajoutée. Le pays exporte des matières premières brutes et importe tout le reste. Y compris la nourriture.
Les infrastructures sont inexistantes ou dans un état catastrophique. L’axe Bangui-Bambari, Bangui-Berberati, pourtant considérés comme prioritaires, reste impraticables pendant la saison des pluies. Les autres routes du pays sont encore pires. Certaines régions sont complètement enclavées. Impossible d’acheminer des marchandises. Impossible de circuler librement.
Les écoles manquent de tout. De manuels. De tables. De chaises. Parfois même de toits. Dans la totalité des régions du pays, ce sont les parents d’élèves qui paient des maîtres parents pour que leurs enfants puissent étudier. Parce que l’État n’envoie plus d’enseignants. Ou alors il les envoie sans les payer.
Les hôpitaux sont des mouroirs. Notre reportage à l’hôpital pédiatrique de Bangui l’a montré de manière glaçante. Des bébés qui agonisent pendant deux heures sans voir un seul médecin. Des agents de santé indifférents. Des doctoresses qui crient sur les parents. Un système complètement effondré.
Et quand on pose la question à Touadéra, il répond que “la République centrafricaine revient de très loin”. Revenir de loin vers où ? Vers nulle part ? Vers la même misère qu’avant ? Vers la même pauvreté ? Vers le même sous-développement ?
Touadéra invoque constamment le passé pour justifier son inaction présente. Il parle d’un “État failli” en 2016. Comme si le fait que le pays était en crise en 2016 justifiait qu’il soit toujours en crise en 2025. Comme si dix ans de pouvoir ne suffisaient pas pour changer quelque chose. N’importe quoi.
Il affirme qu’“on ne peut pas tout résoudre en même temps”. C’est vrai. Personne ne demande à Touadéra de tout résoudre en même temps. Mais après dix ans, on peut au moins demander qu’il résolve quelque chose. Une seule chose. N’importe laquelle. Une route. Une école. Un hôpital. Une usine. Un emploi. N’importe quoi.
Mais non. Rien. Dix ans de pouvoir et aucun résultat tangible. Aucune réalisation concrète. Aucun changement visible dans la vie quotidienne des Centrafricains.
Les chantiers annoncés depuis 2016 n’ont jamais vu le jour. Les routes promises n’ont jamais été construites. Les logements sociaux promis n’ont jamais été bâtis. Les barrages hydroélectriques annoncés n’ont jamais été réalisés.
Tout reste au stade de l’annonce. Du discours. De la promesse. Et à chaque nouvelle année, Touadéra refait les mêmes promesses. Comme si les Centrafricains avaient la mémoire courte. Comme si personne ne se souvenait des promesses de l’année précédente.
Dans l’interview de France 24, Touadéra n’a donné aucun chiffre. Aucune statistique. Aucun indicateur économique. Aucun résultat concret. Il s’est contenté de formules creuses. “Nous avons progressé”. “Le pays relève la tête”. “La reconstruction est en marche”.
Des mots vides. Des phrases toutes faites. Un discours rodé qui ne correspond à aucune réalité vécue par les Centrafricains.
Le journaliste lui a posé des questions précises. Sur la pauvreté. Sur l’absence de routes. Sur l’absence d’écoles. Sur l’absence d’hôpitaux. Touadéra n’a répondu à aucune de ces questions de manière concrète. Il a simplement nié. Il a nié l’évidence. Il a nié la réalité.
Il a même demandé si ces constats relevaient de “l’opinion” du journaliste ou des Centrafricains eux-mêmes. Comme si la pauvreté était une question d’opinion. Comme si les routes en ruine étaient une question de point de vue. Comme si les hôpitaux sans médecins étaient une affaire de perception.
C’est du mépris. Du mépris pour le journaliste qui pose des questions légitimes. Du mépris pour les Centrafricains qui vivent cette misère quotidiennement. Du mépris pour la réalité elle-même.
Touadéra vit dans une bulle. Une bulle où tout va bien. Où le pays progresse. Où le peuple est reconnaissant. Où les institutions fonctionnent. Une bulle complètement déconnectée de la réalité centrafricaine.
Dans cette bulle, il n’y a pas d’inflation. Pas de dette. Pas de fuite des capitaux. Pas de dépendance envers l’aide étrangère. Pas de corruption. Pas de détournements. Pas de misère. Tout va bien. Le pays se développe. Le peuple est heureux.
Mais en dehors de cette bulle, la réalité est tout autre. L’inflation ronge le pouvoir d’achat des familles. La dette publique explose. Les capitaux fuient vers l’étranger. Le pays dépend entièrement de l’aide internationale pour fonctionner. La corruption est généralisée. Les détournements sont systématiques. La misère est partout.
Touadéra transforme la misère en preuve de courage national. Il présente la pauvreté comme une fatalité historique. Il dépeint les difficultés économiques comme des justifications politiques. “Nous revenons de loin”. “Nous ne pouvons pas tout faire en même temps”. “Il faut du temps”.
Mais le temps, Touadéra l’a eu. Dix ans. Dix ans, c’est largement suffisant pour montrer des résultats. Pour construire quelque chose. Pour changer quelque chose. N’importe quel dirigeant sérieux aurait pu, en dix ans, construire au moins quelques routes. Ouvrir au moins quelques écoles. Équiper au moins quelques hôpitaux. Créer au moins quelques emplois.
Mais pas Touadéra. Lui, il se contente de parler. De promettre. De nier. Et de demander encore plus de temps. Encore cinq ans. Encore dix ans peut-être. Pour continuer à ne rien faire.
Par Gisèle MOLOMA
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC




