Quand le gouvernement prétend combattre les faux diplômes qu’il produit lui-même en masse
Rédigé le 21 avril 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans un communiqué de presse, le ministère de la Justice, par la voix de son ministre d’État Arnaud Djoubaye Abazene, a instruit le Procureur de la République d’engager des poursuites contre près de 600 personnes accusées d’avoir intégré la fonction publique avec des diplômes falsifiés. Le texte officiel met en avant la nécessité de restaurer la crédibilité des institutions et de respecter les règles de recrutement basées sur le mérite et l’équité.
Pourtant, cette annonce arrive au milieu d’une autre polémique qui agite fortement l’opinion publique depuis plusieurs jours. Un arrêté signé par le ministre d’État chargé de l’Éducation nationale, Aurélien Simplice Kongbelet Zingas, a fuité sur les réseaux sociaux.
Ce document liste des noms et attribue des diplômes de baccalauréat à des dizaines de personnes, souvent proches du régime. Beaucoup d’entre elles n’auraient même pas terminé le primaire. L’affaire a pris une telle ampleur que le ministre lui-même a dû organiser un point de presse le samedi 18 avril pour tenter de calmer les esprits.
Malgré cela, des pétitions circulent déjà et rassemblent des milliers de signatures, tandis que les discussions continuent de monter sur les réseaux.
Ce qui rend la situation particulièrement délicate, c’est que le pouvoir est directement impliqué dans cette production massive des faux diplômes.
Ce qui aggrave cette situation, c’est que la nouvelle Constitution du troisième mandat de Touadéra exige le baccalauréat pour pouvoir se présenter aux élections législatives. Or, selon des informations qui reviennent régulièrement, une grande partie des candidats du parti présidentiel MCU, soit environ 80%, ne rempliraient pas cette condition de base. Plutôt que d’exclure ces personnes, le régime préfère choisir de leur fournir les faux diplômes nécessaires par voie d’arrêté ministériel. Cela permettrait de maintenir en lice des candidats qui, autrement, n’auraient pas pu participer.
Cette façon de faire ne concerne pas seulement le domaine politique. D’ailleurs dans le secteur de la santé, des syndicats de soignants ont signalé depuis longtemps l’intégration de personnes présentées comme médecins ou infirmiers, alors qu’elles n’ont suivi aucune formation appropriée. Ces alertes n’ont pas reçu de réponse concrète de la part des autorités. Aujourd’hui, le même gouvernement qui a laissé passer ces cas ressort le dossier des faux diplômes dans l’administration publique pour annoncer des poursuites. Beaucoup y voient une manière de détourner l’attention du scandale lié à l’arrêté du ministère de l’Éducation.
Le communiqué du ministère de la Justice insiste sur l’ouverture d’enquêtes et la fermeté des autorités. Mais pour une partie de l’opinion, cette opération tombe à point nommé pour diluer les responsabilités et orienter le regard vers des fonctionnaires anonymes plutôt que vers les décisions prises au sommet. Pendant ce temps, les captures d’écran de l’arrêté continuent de circuler largement, et la colère ne retombe pas dans les quartiers.
L’administration centrafricaine se trouve une nouvelle fois au centre des débats. Les citoyens attendent des explications claires et des mesures qui s’appliquent de la même manière à tous, sans distinction. Pour l’instant, le débat reste ouvert et les questions persistent.
Par Anselme Mbata
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