Centrafrique : premier pays au monde avec plus de 85 % de résistance aux antimicrobiens à cause des faux médicaments. La situation est grave!
Rédigé le 27 avril 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans une interview exclusive accordée à la radio Ndékè-luka, le Dr Junior Romuald Ouéfio Nguérénam, Directeur de la Pharmacie, des Laboratoires et de la Médecine Traditionnelle au ministère de la Santé publique, dresse un bilan sévère de la lutte contre les faux médicaments en République centrafricaine. Il alerte sur les conséquences dramatiques pour la santé de la population.
La lutte contre les médicaments de qualité inférieure et falsifiés ne date pas d’hier. Selon le Dr Ouéfio Nguérénam, elle a débuté dès 2019 avec la fermeture de l’établissement Orof Pharma pour présence de faux médicaments. En 2024, deux conteneurs de 40 pieds remplis de produits contrefaits ont été interceptés et détruits.
En septembre 2025, une vaste opération a conduit à la fermeture de 17 mini-pharmas dans les 5e, 6e et 8e arrondissements de Bangui. Aucune de ces structures n’avait d’autorisation du ministère de la Santé, aucune ne disposait de personnel qualifié, et les conditions de conservation étaient déplorables : produits exposés à des températures allant jusqu’à 45-50°C, dates de péremption falsifiées, et même des actes chirurgicaux ou injections pratiqués sur place.
Le directeur insiste : cette lutte est transversale et multisectorielle. Elle a d’abord touché le milieu formel, avec des contrôles à l’hôpital communautaire et dans d’autres centres publics. Des personnels véreux qui introduisaient des médicaments falsifiés dans les structures officielles ont été identifiés, sanctionnés et, pour la majorité, licenciés.
Des risques sanitaires majeurs
Les conséquences sur la santé publique sont alarmantes. Le Dr Ouéfio Nguérénam cite des données concrètes :
Plus de 2 000 cas d’insuffisance rénale chronique suivis au Centre de Modialyses, touchant même des enfants, souvent après consommation de produits issus des mini-pharmas.Un taux élevé d’hépatites lié à ces médicaments de mauvaise qualité.La République centrafricaine est le premier pays au monde avec un taux de résistance aux antimicrobiens supérieur à 85 %. « Aujourd’hui, si vous donnez un traitement, ça ne marche pas parce que les microbes sont habitués à ces produits-là », explique-t-il.Il évoque également des cas d’empoisonnement dans les communautés, parfois liés à des « drogues » vendues dans ces structures illégales.
Réouverture illégale et réponse judiciaire
Six mois après la fermeture, certaines mini-pharmas ont rouvert leurs portes, commettant ce que le directeur qualifie de « bris de scellés ». Il annonce que la justice est saisie et que les responsables devront répondre de leurs actes.
« Beaucoup de gens pensent que la lutte contre les faux médicaments est une exclusivité du ministère de la Santé. C’est faux », martèle-t-il. La collaboration avec la justice, les forces de défense et de sécurité est essentielle.
Pour renforcer cette lutte, le ministère prévoit :
Une intensification de la sensibilisation auprès des communautés via les médias et divers canaux de communication.Un meilleur approvisionnement des districts et formations sanitaires en médicaments de qualité, sûrs, efficaces et abordables.Un renforcement de la collaboration multisectorielle pour une répression effective.Le Dr Ouéfio Nguérénam rappelle que la loi de 2020 portant sur le médicament et l’exercice de la pharmacie encadre strictement l’ouverture des officines : doctorat en pharmacie obligatoire pour les pharmacies, présence d’un pharmacien responsable technique pour les grossistes, et possibilité de dépôts pharmaceutiques (pharmacies villageoises) dans les zones éloignées sous certaines conditions.
Il conclut fermement : les mini-pharmas ne comblent pas un vide, elles détruisent le système de santé. Leur disparition ne créera pas de manque, car l’État travaille à garantir un accès légal et sécurisé aux médicaments.
Par Brahim Sallé
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