Centrafrique : l’arrestation de l’ancien Président Duterte ravive l’espoir, mais pourquoi la justice épargne-t-elle Touadéra ?

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
L’arrestation de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, annoncée ce mardi par l’Agence France-Presse (AFP), a fait l’effet d’un électrochoc bien au-delà de Manille. Accusé de crimes contre l’humanité pour sa guerre antidrogue qui a fait des dizaines de milliers de morts, Duterte a été interpellé à l’aéroport de la capitale philippine, en exécution d’un mandat de la Cour pénale internationale (CPI). Cet événement, salué comme une victoire de la justice internationale, résonne particulièrement en République centrafricaine (RCA), où les victimes d’un régime accusé d’exactions massives s’interrogent : pourquoi Faustin-Archange Touadéra, président en exercice depuis 2016, échappe-t-il encore au même sort ?
Sur Twitter (X), la nouvelle de l’arrestation de Duterte a enflammé les discussions parmi les Centrafricains. Des hashtags comme #JusticePourLaRCA ou #TouaderaMustFall circulent, accompagnés de témoignages accablants. « Des villages brûlés, des femmes violées, des corps décapités par Wagner sous les ordres direct de Touadéra. Et la CPI regarde ailleurs ? », s’indigne un utilisateur sous le pseudo @CentrafriqueLibre. Un autre, @MemoireDesVictimes, écrit : « Le nombre de morts sous Touadéra dépasse des dizaines de milliers. Pourquoi Duterte est en prison et pas lui ? ». Ces cris de colère, amplifiés sur la plateforme, dévoilent une frustration croissante : la justice internationale semble à deux vitesses.
Un régime sous l’ombre de Wagner
En Centrafrique, les exactions attribuées aux Mercenaires russes du groupe Wagner, alliés clés de Touadéra, sont documentées depuis des années. Viols, exécutions sommaires, pillages : les rapports d’organisations comme Human Rights Watch ou Amnesty International estiment que des dizaines de milliers de civils ont été victimes de ces violences depuis l’arrivée de Wagner en 2018. « Les Russes ne font pas que protéger Touadéra, ils mènent sa guerre sale », affirme un activiste centrafricain basé à Bangui. « Ils brûlent les corps, déplacent les preuves, bloquent les Casques bleus. Tout est minutieusement organisé pour effacer les traces de leur crime ». Pourtant, Touadéra reste intouchable. Réélu en 2020 dans des conditions chaotique, il a modifié la Constitution en 2023 pour s’octroyer des mandats illimités, s’accrochant au pouvoir avec une détermination qui rappelle d’autres autocrates comme à la Corée du nord.
« Il sait que s’il quitte le palais, à la troisième seconde après son départ du pouvoir, il risque la prison, comme Duterte », explique un juriste centrafricain. « C’est pourquoi il impose une dictature féroce, sans voile, avec des arrestations massives et des tueries. Il veut mourir au pouvoir ».
La justice internationale : un silence assourdissant
La CPI a pourtant montré qu’elle pouvait agir. Vladimir Poutine fait l’objet d’un mandat d’arrêt depuis 2023 pour la déportation d’enfants ukrainiens. Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, est visé depuis 2024 pour des crimes liés au conflit à Gaza. Omar el-Béchir, ex-président soudanais, est recherché depuis 2009 pour génocide au Darfour. Même Uhuru Kenyatta, ancien président kenyan, a été convoqué en 2014 pour les violences post-électorales de 2007-2008, avant que les charges ne soient abandonnées. Alors, pourquoi pas Touadéra ?
Sur les réseaux sociaux, les Centrafricains pointent du doigt une hypocrisie. « Poutine, el-Béchir, Duterte… tous ont été rattrapés. Mais Touadéra, avec Wagner qui décime nos villages, parade librement », tweete @RCA_Vérité. Un autre utilisateur, @PaixPourTous, ajoute : « La CPI a ouvert des enquêtes en RCA, mais où sont les résultats ? Touadéra est au pouvoir, il bloque tout. Il faut le frapper maintenant, pas après sa mort ! ».
Le cas d’Hassan Bouba, ministre arrêté par la cour pénale spéciale en 2021 pour des massacres présumés puis libéré sous la pression de Wagner, illustre cette impunité ambiante. Aujourd’hui toujours membre du gouvernement, il incarne un régime où les criminels prospèrent sous la protection de Touadéra. La Cour pénale spéciale (CPS), créée pour juger les crimes en RCA, est paralysée, critiquée pour son inefficacité et son manque de moyens.
Une arrestation pour la paix ?
« L’arrestation de Duterte prouve que la justice peut agir, même contre les puissants », déclare Marie-Claire, une habitante du quartier Pétévo dont le frère a été tué par des mercenaires en 2021.
« Mais ici, Touadéra est le problème. Tant qu’il reste, la guerre continue. Il faut le mettre en prison de son vivant, comme le veulent les Centrafricains ». Ce sentiment est partagé sur les réseaux sociaux, où des appels à une intervention internationale se multiplient. « La paix en RCA passe par l’arrestation de Touadéra. La CPI doit écouter les victimes, pas les diplomates », écrit @JusticeRCA.
Le parallèle avec Duterte est frappant : tous deux ont dirigé des régimes accusés de crimes graves, mais seul l’un est derrière les barreaux.
« Touadéra se croit invincible parce qu’il a Wagner et la Russie derrière lui», note un observateur politique centrafricain. « Mais Duterte aussi se pensait intouchable. La justice doit frapper fort, maintenant, avant que les morts ne se comptent plus ».
De l’espoir
L’arrestation de Duterte a rallumé une lueur d’espoir en Centrafrique, mais elle met aussi en lumière l’urgence d’agir contre Touadéra. Sur Twitter, les Centrafricains ne se contentent plus de dénoncer : ils exigent des comptes.
« La CPI doit venir le chercher, même dans son palais très sale et nettoyé par des militaires rwandais », déclare @LiberteBangui. « Chaque jour qu’il passe libre, c’est une insulte aux victimes ». La question est simple : si la justice internationale peut arrêter Duterte, pourquoi pas Touadéra ? La réponse, pour beaucoup, réside dans un manque de volonté politique. Mais avec des dizaines de milliers de vies perdues et un pays au bord du chaos, l’inaction n’est plus une option. La paix en Centrafrique passe par un message clair : personne, pas même un président en exercice, ne doit échapper à la justice….
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![À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Une dispute d’adultère dans un village à 45 kilomètres de Ndélé a ouvert une brèche entre la justice de l’État et l’autorité coutumière musulmane, et personne ne sait encore comment elle se refermera. En effet, tout est parti d’un jeune commerçant, propriétaire d’une boutique à 45 kilomètres de Ndélé, . L’homme avait dragué et noué des relations avec deux femmes mariées du village. Les deux maris, profondément blessés par le comportement de ce jeune garçon, ont porté l’affaire devant le sultan-maire Senoussi Ibrahim Kamoune, chef coutumier de la localité. Immédiatement, de son côté, le sultan a convoqué les parties en conflit, prononcé un jugement, exigé une amende et un serment sur le Coran pour le jeune boutiqué. Ce dernier a accepté le jugement et paye l’amende, puis est reparti dans son village. Mais les deux époux trempés n’ont pas digéré la sentence du sultan. Ils ont rattrapé le garçon dans sa boutique et l’ont agressé. Blessé, ce dernier a déposé plainte au tribunal. Invité à la radio locale nommée Ndélé pas loin, le Président du tribunal, interrogé sur l’affaire, a pris la parole pour dire, sans ambages, que le sultan n’avait pas qualité pour trancher une telle affaire, que ce rôle revenait exclusivement à la justice de l’État, et que la démarche du chef coutumier ne cadrait pas avec la loi centrafricaine. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Une partie de la communauté musulmane de Ndélé, ainsi que le Comité islamique de Bamingui-Bangoran, ont pris la défense du sultan, estimant que les propos du président du tribunal et du procureur constituaient une insulte envers leur chef et leur religion. Le sultanat du Dar el-Kouti, rappellent-ils, existait bien avant l’indépendance de la RCA, à une époque où ces magistrats n’étaient pas encore nés. Le président du tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ajouté publiquement que les mariages célébrés dans les quartiers — à la mosquée ou selon les rites coutumiers avec remise de dot aux parents — ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale, et que seul le passage à la mairie confère une validité juridique à une union. Des mots qui ont eu des effets immédiats : une femme a été convoquée au tribunal, son mari informé que leur mariage coutumier n’avait aucune valeur, ce qui a abouti à une séparation. Pour beaucoup d’habitants de Ndélé, cette succession de déclarations touche à quelque chose de plus profond que les règles de procédure. Ce que le président du tribunal présente comme une application normale du droit, la communauté musulmane le ressent comme un effacement délibéré de ses usages, de son organisation sociale, et de l’autorité de celui qui les incarne depuis des générations. Par Barthelemy Kossi Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Ibrahim-Kamoun-Senoussi-sultan-maire-de-Ndele--218x150.jpg)
