
À Bayanga, l’Union européenne soutient l’électrification de la ville et plusieurs infrastructures, pendant que les intérêts russes liés à Wagner poursuivent leur présence dans le secteur minier centrafricain.
Il suffit de regarder ce qui se passe à Bayanga pour mesurer la différence entre deux formes de présence étrangère en Centrafrique.

À lire aussi : Centrafrique : à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, le KNK préconise une véritable souveraineté nationale
D’un côté, l’Union européenne finance et accompagne des projets destinés à améliorer directement les conditions de vie des populations. L’électrification de Bayanga par l’énergie solaire en est un exemple. Le projet doit permettre à la ville de disposer d’une nouvelle infrastructure énergétique et d’améliorer progressivement l’accès à l’électricité.
À lire aussi : Après Carnot, la barbarie gagne Mboki : Un conducteur agressé et blessé par un gendarme de deuxième classe
De l’autre côté, la Russie continue d’entretenir une présence économique et sécuritaire étroitement liée à l’exploitation des ressources naturelles centrafricaines. Le modèle associé au groupe Wagner repose notamment sur les secteurs de l’or et du diamant. À Ndassima, dans la préfecture de la Ouaka, l’exploitation est passée de l’artisanat à une échelle industrielle sous le contrôle d’intérêts liés à Wagner. (Wikipédia)
Deux visions de la présence étrangère
La différence est frappante.
Lorsqu’un projet européen est engagé à Bayanga, il s’agit de construire une infrastructure dont les habitants doivent bénéficier directement. L’électricité doit alimenter les ménages, les commerces, les services publics et les activités économiques.
Le financement extérieur est ainsi transformé en équipement visible sur le terrain.
Le modèle russe apparaît différent. Depuis l’arrivée des mercenaires russes en Centrafrique, les activités économiques liées à leur présence se sont développées autour des ressources naturelles. Des enquêtes ont documenté l’implication de structures liées à Wagner dans l’or, le diamant et le bois. (Le Monde.fr)
La question centrale n’est donc pas de savoir si la Russie apporte quelque chose à la Centrafrique. La question est de savoir ce que la population centrafricaine reçoit réellement en retour de l’exploitation de ses ressources.
Des sous-sols riches, des populations pauvres
La Centrafrique possède de l’or, des diamants et d’autres ressources minières. Pourtant, ces richesses ne se traduisent pas automatiquement par des routes, des écoles, des hôpitaux, de l’électricité ou des services municipaux correctement financés.
C’est précisément là que le contraste devient difficile à ignorer.
À Bayanga, une ville confrontée à de graves difficultés financières, la perspective de voir arriver l’électricité grâce à un projet soutenu par l’Union européenne représente une réalisation concrète.
Dans le même temps, dans les zones minières, l’exploitation de l’or constitue une activité économique considérable. À Ndassima, les intérêts liés à Wagner ont notamment transformé une exploitation artisanale en opération industrielle. Le Monde rapportait en 2024 que les entreprises liées à Wagner concentraient leurs activités centrafricaines sur l’extraction de l’or et des diamants et que l’exploitation de Ndassima était passée à l’échelle industrielle. (Le Monde.fr)
La propagande ne remplace pas les infrastructures
C’est ici que le débat sur la coopération russe mérite d’être posé autrement.
La Russie communique beaucoup sur son partenariat avec Bangui, son soutien sécuritaire et son amitié avec la Centrafrique. Cette communication est particulièrement visible dans l’espace public et sur les réseaux sociaux.
Mais une politique étrangère ne se mesure pas uniquement au nombre de drapeaux, aux discours d’amitié ou aux campagnes de communication.
Elle se mesure aussi à ce qu’elle laisse derrière elle.
Une centrale solaire, un réseau électrique, une école, un centre de santé ou un bâtiment administratif constituent des réalisations dont la population peut directement bénéficier. L’exploitation industrielle d’une mine, elle, doit produire des recettes, des emplois, des infrastructures et des retombées économiques pour le pays si elle doit être présentée comme un partenariat gagnant-gagnant.
C’est cette différence qu’il faut regarder.
Que rapporte réellement l’exploitation des ressources ?
La question devient encore plus importante lorsque les activités minières sont entourées d’opacité.
Dans le cas de Ndassima, le transfert du permis d’exploitation de l’entreprise canadienne Axmin à Midas Resources, une société présentée comme proche des intérêts russes, a été largement documenté. L’affaire a également fait l’objet de contestations sur le plan juridique. (TVA Nouvelles)
À Yidéré, dans le nord-ouest de la Centrafrique, les russes exploitent également en grande quantité industrielle.
Ces réalités posent une question simple : combien les ressources extraites rapportent-elles réellement à l’État centrafricain et aux populations des zones concernées ?
Les infrastructures à Bayanga, soutenues par l’Union européenne, contrastent avec l’exploitation des ressources naturelles par des intérêts russes, notamment dans les secteurs de l’or et du diamant.
Il ne suffit pas que l’or sorte du sous-sol centrafricain. Il faut savoir dans quelles conditions il est extrait, par qui, sous quels permis, avec quelles obligations fiscales et quelles contreparties pour le pays.
L’Europe construit, la Russie doit aussi rendre des comptes
Le débat ne consiste pas à présenter l’Union européenne comme parfaite et la Russie comme l’unique problème de la Centrafrique.
Il s’agit de comparer les résultats.
À Bayanga, l’Union européenne contribue à un projet d’électrification qui doit bénéficier directement à la population. Cette approche s’inscrit dans une logique de développement des infrastructures.
La Russie, elle, a construit son influence en Centrafrique autour de la sécurité, de la communication politique et d’un réseau d’intérêts économiques dont le secteur minier occupe une place importante. Les activités liées à Wagner dans l’or et le diamant sont documentées depuis plusieurs années. (Le Monde.fr)
La Centrafrique n’a donc pas besoin de choisir ses partenaires sur la base de slogans. Elle doit les juger sur les résultats.
Si un partenaire étranger extrait des ressources valant des millions ou des milliards de francs CFA, la population doit pouvoir voir les retombées de cette exploitation. Elle doit retrouver ces richesses dans les routes, l’électricité, les écoles, les centres de santé, les emplois et les recettes publiques.
Autrement, le partenariat risque de ressembler davantage à une relation d’exploitation qu’à une coopération.
À Bayanga, le contraste est déjà visible : pendant que des partenaires européens participent à la construction d’infrastructures destinées aux habitants, la question demeure entière sur les bénéfices que les Centrafricains tirent réellement de l’exploitation de leurs propres ressources naturelles par les intérêts russes.
Par Chantale Pendé
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC
Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube
Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65
Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org
Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org




