À Bocaranga , les barrières illégales refont surface, et les forces de l’ordre multiplient des exactions sur la population

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Dans la sous-préfecture de Bocaranga et dans des localités voisines, les forces de sécurité continuent de racketter massivement la population sur les routes. Les annonces du gouvernement sur la suppression des barrières illégales restent sans effet.

 

À Bocaranga, les barrières illégales des forces de l’ordre tournent à plein régime. Elles sont  de retour, et ce, sur tous les axes qui relient la ville aux villages environnants. Policiers, gendarmes, militaires et même agents des eaux et forêts se sont installés sur les routes de Bocaranga -Bouar, Bocaranga -Bang, Mbaïmboum et Ngaoundaye. Leur objectif : prélever encore et encore de l’argent sur chaque usagers de la route qui passe.

À Bocaranga , les barrières illégales refont surface, et les forces de l’ordre multiplient des exactions sur la population
Photo CNC

 

Les tarifs varient selon les postes. Ici, 1000 francs CFA à l’aller. Là, 1000 francs au retour. Ceux qui refusent de payer voient leurs marchandises déchargées et fouillées. Dans certains cas, les agents passent aux violences physiques. Rasoul Iangoulé, président de la jeunesse de Bocaranga , le dit sans détour : “Le refus de se soumettre expose à des sévices corporels”.

 

Les conséquences sont visibles. Les commerçants comptent leurs pertes chaque jour. “On peut partir avec 50 000 francs pour faire du commerce, mais sur les barrières, on dépense plus que prévu”, explique l’un d’eux. Beaucoup ont renoncé à se déplacer au-delà de 15 ou 20 kilomètres. Trop risqué, trop cher. Résultat : les produits de première nécessité deviennent rares sur les marchés et leurs prix grimpent.

 

Les femmes du marché sont aussi exaspérées. “En tant que mères, on ne peut pas laisser nos enfants souffrir. On a demandé aux soldats d’arrêter de réclamer 500 francs, 1 000 francs aux gens qui essaient de nourrir leur famille. On leur parle, mais ils ne changent pas”.

 

Les conducteurs de moto-taxi subissent le même sort. À chaque barrière, c’est la même routine : fouille obligatoire, argent à donner, menaces si on proteste. Même entre eux, les soldats se disputent le contrôle de ces postes. Il arrive qu’ils se battent, armes à la main, pour garder ou prendre une barrière rentable. La population assiste, impuissante, à ces affrontements.

 

Le gouvernement a pourtant annoncé à plusieurs reprises vouloir supprimer ces barrières. Des missions ont été envoyées, des réunions ont été tenues, des numéros de téléphone ont été distribués pour que les citoyens signalent les abus. Mais sur le terrain, rien ne change. Pire, les barrières se multiplient.

 

Cette situation n’a rien de surprenant. Le gouvernement Touadéra n’a pas versé les primes globales d’alimentation (PGA) aux soldats depuis des années. Ces primes leur permettent normalement de se nourrir. Sans elles, les forces de sécurité se débrouillent autrement. Les barrières deviennent leur source de revenus. Et l’État ferme les yeux.

 

Ce n’est un secret pour personne dans le pays. Le pouvoir fait semblant de vouloir résoudre le problème tout en laissant ses agents se servir directement sur la population. Une manière de compenser l’absence de salaires décents et de primes sans que cela ne coûte rien au Trésor public. Les citoyens de Bocaranga  paient à la place de l’État.

 

Le sous-préfet intérimaire de Bocaranga , Jean-Louis Gomokoen, dit être au courant. Il évoque des “stratégies mises en place” mais refuse d’en dire plus. Lors de notre rencontre, il a mentionné une réunion organisée pendant une visite présidentielle à Paoua. Des fonctionnaires avaient distribué des numéros pour signaler les problèmes. “Malheureusement, nos frères ne le font pas”, a-t-il déclaré.

 

Cette réponse déplace la responsabilité sur les victimes. Comme si les habitants avaient le pouvoir de faire cesser un système qui profite à ceux qui portent les armes. Comme si un simple coup de fil pouvait arrêter des soldats affamés qui n’ont pas reçu leur solde.

 

Les habitants de Bocaranga  ne réclament rien d’extraordinaire. Ils veulent simplement que les barrières disparaissent, comme le gouvernement l’a promis. Ils aimeraient voir une mission venir sur place, parcourir les axes concernés et mettre fin à ce racket organisé. Ils espèrent pouvoir à nouveau circuler librement, vendre leurs produits sans être dépouillés, nourrir leurs familles sans payer un tribut à chaque kilomètre.

 

Pour l’instant, ils attendent. Comme ils attendent depuis des années que l’État tienne ses promesses. Pendant ce temps, sur la route de Boire, de Bang ou de Mbaïmboum, de Ngaoundaye, les barrières restent en place. Et les forces de sécurité continuent d’encaisser.

 

Juliette Maïguélé….

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