Haut-Mbomou : quand les mercenaires russes trouent le bac de Kadjima en tirant sur un caïman. La population se débrouille depuis un an pour vider l’eau pendant la traversée


Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Il y a des histoires qui résument parfaitement ce que les mercenaires russes font à ce pays. Des histoires qui montrent leur mépris total pour les populations centrafricaines. Des histoires qui prouvent qu’ils se fichent complètement des conséquences de leurs actes. Justement, dans le Haut-Mbomou, sur la rivière de Kadjima entre Zémio et Obo, il existe un bac. Un vieux bac datant de l’époque coloniale. Ce bac permet de traverser la rivière. C’est vital pour la région. Parce que sans ce bac, impossible de transporter des marchandises, de faire circuler les camions, de relier les deux rives. Le bac fonctionne de manière rudimentaire. Il n’y a pas de moteur. Pas de système moderne. Juste un câble qu’on tire à la main. Quand un camion arrive, on le charge sur le bac. Et puis les gens tirent. Avec leurs bras. Avec leurs forces. Pendant que d’autres pagayent avec des bâtons comme dans des pirogues pour faire avancer le bac. C’est pénible. C’est épuisant. Mais ça marche. Enfin, ça marchait. Parce qu’il y a un an, des mercenaires russes sont passés par là.
Pour comprendre le problème, il faut d’abord expliquer ce qu’est ce bac et pourquoi il est si important. Dans le Haut-Mbomou, quand on quitte Zémio pour aller vers Obo, on arrive à la rivière de Kadjima. Cette rivière coupe la route. Il n’y a pas de pont. Donc impossible de passer en voiture. À l’époque coloniale, les Français ont installé un bac pour permettre la traversée. Ce bac, c’est une grande plateforme flottante. On peut y charger des camions, des marchandises, des gens. C’est rudimentaire, mais efficace.

Le bac est relié à un câble qui traverse la rivière d’une rive à l’autre. Pour le faire avancer, il faut tirer ce câble. À la main. Les gens se mettent en file, ils attrapent le câble, et ils tirent. Tous ensemble. Pendant que certains tirent, d’autres montent sur le bac et pagayent avec des bâtons, comme dans des pirogues, pour aider à faire avancer la plateforme.
Quand un gros camion de 15 tonnes ou 25 tonnes arrive, il faut d’abord le décharger un peu. Parce que le bac ne peut pas supporter tout le poids. Alors on enlève une partie de la marchandise. On charge le camion sur le bac. Les gens tirent. Ils pagayent. Et petit à petit, le bac traverse la rivière. Une fois arrivé de l’autre côté, on décharge le camion. Et on ramène le bac vide pour le prochain passage. Tout ça à la main. Sans moteur. Sans système moderne. Juste la force des bras.
C’est épuisant. Mais c’est le seul moyen de traverser. Et pendant des décennies, ça a fonctionné. Les villages autour de la rivière fournissaient la main-d’œuvre. Les gens s’organisaient. Quand un véhicule arrivait, les villageois venaient tirer le bac. C’était une habitude. Une routine.
Mais depuis les activités de la Séléka et de l’UPC dans la région, la population a fui. Les villages autour de la rivière sont vides. Il n’y a presque plus personne. Alors maintenant, quand tu arrives au bac, il faut attendre. Parfois des heures. Jusqu’à ce que des gens arrivent de l’autre côté et ramènent le bac. Et ensuite, il faut se débrouiller pour tirer toi-même. Avec les quelques personnes présentes. C’est devenu encore plus compliqué.
Et puis il y a un an, les mercenaires russes sont arrivés. Ils passaient par là. Ils ont vu la rivière. L’eau était belle. Fraîche. Un des mercenaires a décidé de se baigner. Il faisait chaud. Alors il a plongé. Pour nager. Pour se rafraîchir. Comme si c’était une piscine. Comme s’il était en vacances.
Mais dans la rivière de Kadjima, il y a des caïmans. Beaucoup de caïmans. Les habitants le savent. Ils ne nagent pas dans cette rivière. Ils font très attention. Mais les mercenaires russes, eux, s’en fichent. Ils font ce qu’ils veulent. Sans réfléchir aux conséquences.
Alors le mercenaire nageait tranquillement. Et ses collègues sur la rive ont vu un caïman s’approcher. Un gros caïman. Qui nageait vers leur collègue. Panique. Les mercenaires ont sorti leurs armes. Et ils ont tiré. Des rafales. Des dizaines de coups de feu. Pour faire fuir le caïman. Ou pour le tuer. Ou peut-être juste pour s’amuser. Parce qu’on ne sait jamais avec eux.
Le problème, c’est que leurs balles n’ont pas juste touché le caïman. Elles ont aussi touché le bac. Qui était là, amarré près de la rive. Les balles ont percé la plateforme. Elles ont fait des trous. Plusieurs trous.
Et depuis ce jour-là, le bac prend l’eau. Quand on le charge et qu’on commence à traverser, l’eau rentre par les trous. Elle s’accumule dans le bac. Si on ne fait rien, le bac va couler. Alors il faut écoper. En permanence. Pendant toute la traversée.
Imaginez la scène. Tu charges ton camion sur le bac. Tu commences à traverser. Certaines personnes tirent le câble. D’autres pagayent avec des bâtons. Et maintenant, il faut aussi des gens pour écoper l’eau. Pour vider cette eau qui rentre par les trous. Avec des seaux. Des bidons. N’importe quoi. Tu puises l’eau qui s’accumule dans le bac. Et tu la rejettes dans la rivière. Sans arrêt. Pendant toute la traversée.
C’est devenu un travail supplémentaire. Un travail épuisant. Un travail qui n’existait pas avant. Un travail créé par la bêtise et l’irresponsabilité des mercenaires russes.
Les mercenaires sont repartis. Après avoir troué le bac, ils ont continué leur route. Ils ne sont jamais revenus. Ils n’ont pas réparé. Ils n’ont pas colmater les trous. Ils s’en fichent. Complètement. Totalement.
Et depuis un an, la population locale se débrouille. Elle traverse avec un bac percé. Elle écope l’eau pendant toute la traversée. Elle paye les conséquences d’un acte stupide commis par des mercenaires qui se foutent de tout.
Il aurait suffi de quelques heures de travail pour réparer le bac. Quelques plaques de métal. Un peu de soudure. Ou même juste du calfatage. C’est faisable. C’est simple. Mais personne ne le fait. Les mercenaires russes ne reviendront pas. Le gouvernement central s’en fiche. Les autorités locales n’ont pas de moyens. Et la population locale n’a pas les compétences ni les matériaux pour faire cette réparation.
Alors ils continuent. Jour après jour. Mois après mois. Depuis un an maintenant. Ils traversent avec un bac troué. Ils écopent l’eau. Ils se fatiguent encore plus qu’avant. Ils prennent des risques. Parce qu’un bac qui prend l’eau, c’est dangereux. Si l’eau rentre trop vite, si on n’arrive pas à écoper assez rapidement, le bac peut couler. Avec le camion dessus. Avec les gens dessus. Avec tout.
C’est ça, la réalité de la présence Des mercenaires russes en Centrafrique. Ils passent. Ils détruisent. Ils créent des problèmes. Et ils repartent. Sans jamais assumer les conséquences de leurs actes. Sans jamais réparer ce qu’ils ont cassé. Sans jamais s’excuser. Sans jamais se soucier des populations locales qui vont devoir vivre avec les dégâts qu’ils ont causés.
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