Affaire Sayo : pourquoi l’ex-détenu Maxime Balalou tente de couvrir l’enlèvement de l’ancien ministre Armel Sayo par Wagner ?

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Affaire Sayo : pourquoi l’ex-détenu Maxime Balalou tente de couvrir l’enlèvement de l’ancien ministre Armel Sayo par Wagner ?

 

Maxime Balalou vs Podolski : quand le gouvernement se contredit sur les « alliés » russes
Le clepto-mythomane Maxime Balalou, lors de sa conférence de presse hebdomadaire du lundi 26 janvier 2026

Rédigé le 07 mars 2026 .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

En tentant de justifier l’extraction illégale d’Armel Sayo de la prison du camp de Roux, le ministre Maxime Balalou s’enfonce dans des contradictions qui confirment une manipulation organisée du système judiciaire par les mercenaires russes d’Afrika Corps. Pendant ce temps, l’ancien ministre reste aux mains de ces mêmes mercenaires, sans que la justice centrafricaine ne lève le petit doigt.

Le 4 août 2025, lors de sa conférence de presse hebdomadaire à Bangui, Balalou a affirmé qu’Armel Sayo, extradé du Cameroun et détenu au camp de Roux, aurait fomenté un vaste complot depuis sa cellule. Cette déclaration, présentée comme une réponse aux questions sur la disparition de plusieurs semaines de l’ancien ministre, n’a convaincu ni les journalistes présents ni les observateurs. Elle a au contraire relancé les accusations d’enlèvement organisé par les plus hautes autorités, dans le seul objectif de remettre l’ancien ministre aux mercenaires russes.

À aucun moment Balalou ne présente une preuve tangible. Il se contente de termes vagues : « documents saisis », « vaste complot », « action combinée », pour tenter de justifier une opération d’extraction nocturne menée par des paramilitaires russes avec le soutien du conseiller spécial du président, Cédric Gbaka. Or, cette opération n’avait rien de légal : l’extraction de Sayo avait été précédée d’un ordre improvisé, rédigé à la hâte par un substitut du procureur sous pression directe du ministre conseiller de Touadéra, probablement du Président de la République lui-même.

Cette affaire prend un tour encore plus grave lorsque l’on sait que la fouille de la cellule avait été menée par le ministre conseiller en personne, accompagné de paramilitaires russes, en violation de toutes les procédures carcérales. Le juge d’instruction en charge du dossier n’avait pas ordonné cette perquisition. Aucun procès-verbal n’a été rendu public. Et surtout, aucune commission judiciaire n’a été saisie pour enquêter sur cette prétendue tentative de coup d’État.

Pendant que le gouvernement évoquait des « plans d’attaque de la capitale Bangui », les témoins parlaient d’un scénario monté de toutes pièces pour livrer Sayo à Wagner. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2025, il avait été enlevé au sein même de l’OCRB par un groupe de mercenaires, avant d’être mystérieusement ramené plusieurs semaines plus tard sous la pression diplomatique de Yaoundé, de l’ambassade de France, du CICR et d’autres partenaires internationaux. Ces acteurs avaient exigé des preuves de vie et dénoncé l’exfiltration extrajudiciaire. Ce retour avait alors été présenté par le gouvernement comme un retour à la normale. C’était un mensonge.

Car fin juillet, Sayo n’a été présenté qu’une seule fois, brièvement, devant un juge. Depuis lors, plus rien. L’ancien ministre est toujours aux mains des mercenaires russes, retenu dans une structure carcérale privée qui échappe à tout contrôle judiciaire centrafricain, sans accès à un avocat, sans visite consulaire, sans la moindre procédure transparente. Ce que Balalou appelle la justice, c’est une mise en scène ponctuée de faux-semblants, organisée pour calmer les partenaires étrangers le temps que la pression retombe.

Pour habiller cette séquestration prolongée, Wagner a désormais recours à l’intelligence artificielle. Leurs équipes ont fabriqué une vidéo dans laquelle la voix d’Armel Sayo est clonée pour lui faire prononcer des déclarations qu’il n’a jamais tenues. Le texte, rédigé par IA, lui fait affirmer que la France et l’opposition politique seraient derrière lui. Le résultat est diffusé comme s’il s’agissait d’un véritable témoignage de l’ancien ministre. C’est une falsification grossière, une technique de guerre de l’information que Wagner a déjà rodée au Mali et au Burkina Faso, et qu’ils importent maintenant en Centrafrique pour tromper les Centrafricains.

Balalou ne dit mot sur cette vidéo fabriquée. Lui qui parle de démocratie et d’État de droit ne demande aucune enquête, n’exige aucune vérification, ne condamne pas la manipulation. C’est que ce silence lui convient. L’ancien détenu, devenu porte-parole d’un régime sous tutelle étrangère, sait exactement ce qu’il couvre. Accuser Me Nicolas Tiangaye d’être « aux antipodes de la démocratie » pour avoir posé des questions, qualifier les journalistes de « manipulateurs », c’est la posture d’un homme qui n’a pas de faits à opposer et qui le sait.

L’argument selon lequel Sayo serait coupable parce qu’il aurait reconnu ses fautes est tout aussi creux. Balalou déclarait : « Il reconnaît le tort qu’il a commis à notre pays. » Mais dans quelles conditions ces aveux ont-ils été obtenus ? Après un enlèvement illégal, des semaines de disparition entre les mains de mercenaires, et désormais une fabrication vocale par intelligence artificielle, quelle valeur juridique et morale accorder à de tels propos ?

Plutôt que de faire preuve de transparence, le porte-parole multiplie les contradictions. Il parle de justice indépendante tout en admettant que l’enquête est pilotée par le gouvernement. Il invoque la présomption d’innocence tout en traitant Sayo de criminel. Il se dit attaché aux droits humains tout en justifiant une opération conduite de nuit par des hommes armés sans cadre légal, et en couvrant la détention clandestine prolongée qui s’ensuit.

Dans un pays qui serait réellement un État de droit, aucune extraction n’aurait eu lieu sans décision judiciaire. Aucun détenu ne disparaîtrait entre les mains d’une milice étrangère pendant des semaines, pour n’être présenté à la justice qu’une seule fois, le temps d’une apparition, avant de replonger dans le néant carcéral de Wagner. Et aucune vidéo fabriquée par intelligence artificielle ne circulerait librement pour faire dire à un prisonnier ce que ses geôliers veulent lui faire dire. Balalou le sait. Il préfère parler d’État de droit plutôt que d’expliquer pourquoi une milice étrangère détient un Centrafricain dans sa propre prison privée, sur le sol national, avec la bénédiction muette de Bangui. Ce n’est pas de la gouvernance. C’est de la colonisation.
 

Par Gisèle MOLOMA

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