Hausse du carburant : Faustin-Archange Touadéra demande aux Centrafricains de payer davantage pour financer les salaires publics

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La hausse du prix du carburant est présentée par Faustin-Archange Touadéra comme une nécessité pour permettre à l’État de payer les salaires et ses autres obligations. Mais cette décision transfère une partie de l’effort budgétaire sur l’ensemble de la population.

 

Faustin-Archange Touadéra assume la hausse du prix du carburant et l’explique notamment par les difficultés financières de l’État. Selon lui, le gouvernement doit désormais appliquer une « politique du prix juste » afin de préserver les ressources nécessaires au paiement des salaires et aux autres dépenses publiques.

Hausse du carburant : Faustin-Archange Touadéra demande aux Centrafricains de payer davantage pour financer les salaires publics

 

 

« Il faut que nous puissions payer les salaires, il faut que nous puissions faire face à nos obligations », a expliqué Faustin-Archange Touadéra, en défendant la nécessité de revoir les prix du carburant.

 

Mais derrière cette justification, une question reste posée : pourquoi l’effort demandé pour financer les charges de l’État doit-il principalement passer par une hausse qui touche plusieurs millions de Centrafricains ?

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Une hausse qui dépasse largement les seuls fonctionnaires

 

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La République centrafricaine compte un nombre limité de fonctionnaires par rapport à l’ensemble de sa population. La Banque mondiale estime d’ailleurs que la masse salariale absorbe jusqu’à 73 % des ressources publiques, ce qui réduit fortement les marges disponibles pour les investissements et les services publics.

 

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Mais le problème est que la hausse du carburant ne concerne pas uniquement les agents de l’État.

 

Elle touche les chauffeurs de taxis et de bus, les transporteurs, les commerçants, les agriculteurs, les vendeurs des marchés et les familles. Elle augmente les coûts de déplacement et de transport des marchandises. Elle peut ensuite se répercuter sur les prix des produits alimentaires et des biens de consommation.

 

Un fonctionnaire payé avec un salaire parfois limité subit donc lui-même la hausse lorsqu’il achète ses produits ou se déplace.

 

Mais un vendeur qui ne travaille pas pour l’État la subit également. Un cultivateur qui doit transporter sa production la subit. Une famille qui doit envoyer ses enfants à l’école la subit aussi.

 

La question du financement des salaires devient ainsi une question qui concerne toute l’économie.

 

Les Centrafricains peuvent-ils devenir la principale caisse de l’État ?

 

Le raisonnement défendu par Faustin-Archange Touadéra est que l’État ne peut plus continuer à supporter une partie du coût du carburant. Il affirme notamment que, sur un litre de diesel vendu à 1 250 francs CFA, l’État devait encore payer environ 350 francs pour compléter le prix.

 

Cette déclaration présente donc la hausse comme une mesure destinée à protéger les finances publiques.

 

Mais le consommateur peut légitimement demander quelle part de l’effort budgétaire est demandée aux autres secteurs.

 

Si les recettes publiques sont insuffisantes, quelles économies sont prévues sur les dépenses de fonctionnement ? Quelles recettes supplémentaires peuvent être mobilisées ? Quelles activités économiques disposent encore d’un potentiel fiscal inexploité ?

 

Ces questions prennent une importance particulière alors que la Banque mondiale appelle précisément Bangui à renforcer la mobilisation des recettes intérieures. Son rapport publié en juillet 2026 identifie notamment les secteurs minier et forestier comme des domaines présentant un potentiel supplémentaire de recettes pour l’État.

 

L’or, le diamant et le bois au cœur du débat sur les recettes

 

Le débat ne porte donc pas seulement sur le carburant.

 

La République centrafricaine dispose de ressources minières et forestières importantes. Selon une étude récente de la Banque mondiale, l’or, les diamants et les produits forestiers représentent une part importante des exportations centrafricaines. Le document estime aussi que la mobilisation des recettes intérieures reste limitée.

 

Les données du FMI montrent également le poids des exportations de diamants et de produits du bois dans les recettes extérieures du pays. Pour 2026, le FMI projetait notamment des exportations de diamants à environ 23,6 milliards de francs CFA et celles des produits du bois à 74,2 milliards.

 

Cela ne signifie pas que ces secteurs peuvent, à eux seuls, financer l’ensemble des salaires publics. Mais leur contribution aux finances publiques mérite d’être examinée avec autant d’attention que le prix payé à la pompe.

 

C’est précisément sur ce terrain que se pose la question de la stratégie budgétaire du gouvernement.

 

Pourquoi demander davantage aux consommateurs de carburant avant d’avoir pleinement mobilisé toutes les recettes possibles provenant des secteurs productifs ?

 

Le poids de l’ajustement sur les ménages

 

La difficulté est d’autant plus grande que le carburant constitue une dépense indirecte pour presque toute la population.

 

Même celui qui ne possède pas de véhicule paie une partie de la hausse. Le transporteur répercute son coût supplémentaire. Le commerçant augmente ses prix pour compenser ses dépenses. Le producteur paie davantage pour acheminer sa marchandise. Le consommateur final absorbe finalement une partie de la facture.

 

Le carburant devient ainsi une sorte de prélèvement indirect qui s’étend progressivement à l’ensemble de l’économie.

 

Faustin-Archange Touadéra affirme que cette politique doit permettre à l’État de continuer à payer ses fonctionnaires. Mais les millions de Centrafricains qui ne sont pas fonctionnaires doivent, eux aussi, continuer à vivre avec leurs revenus.

 

La question posée par cette nouvelle hausse est donc moins celle de la nécessité de financer l’État que celle de la répartition de cet effort.

 

Le FMI et la question des recettes intérieures

 

Pour faire face aux difficultés financières et garantir le financement des salaires, l’État mobilise les recettes publiques tout en subissant les recommandations de la Banque mondiale.

Le financement des dépenses publiques ne dépend d’ailleurs pas uniquement du prix du carburant.

 

Les programmes soutenus par le FMI prévoient depuis plusieurs années des réformes destinées à améliorer la mobilisation des recettes, la gestion des dépenses et la transparence du secteur pétrolier. Le FMI avait notamment relevé les difficultés liées aux coûts d’approvisionnement et aux marges dans le marché des carburants centrafricain.

 

La Banque mondiale insiste désormais sur le même problème sous un angle plus large : élargir l’assiette fiscale, améliorer l’administration fiscale, renforcer la transparence et mieux gérer les dépenses publiques.

 

Dans ce contexte, la hausse du carburant apparaît comme l’un des moyens immédiats utilisés pour soulager les finances publiques.

 

Mais elle ne règle pas, à elle seule, le problème structurel des recettes de l’État.

 

Qui doit financer l’État centrafricain ?

 

C’est finalement la question centrale derrière cette hausse.

 

Les fonctionnaires doivent être payés. Les enseignants, les militaires, les agents de santé et les autres fonctionnaires ont besoin de leurs salaires. L’État doit également financer ses obligations.

 

Mais les commerçants, les transporteurs, les agriculteurs, les travailleurs du secteur privé et les ménages ont eux aussi des obligations.

 

Le débat porte donc sur la manière de répartir l’effort.

 

Les ressources minières et forestières, la fiscalité, les entreprises publiques, les droits et taxes à l’exportation, ainsi que la lutte contre les pertes de recettes constituent autant de pistes que les partenaires internationaux demandent à Bangui d’examiner.

 

Pour les Centrafricains, l’enjeu est alors simple : le financement des salaires publics doit-il reposer principalement sur une hausse du coût de la vie, ou l’État peut-il mobiliser davantage les ressources produites par l’économie nationale ?

 

La réponse appartient au gouvernement. Mais elle déterminera directement le poids que les ménages devront encore supporter dans les prochains mois.

 

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